Le socialiste Andrés Arauz devra affronter un adversaire à définir

Des supporteurs du candidat Yaku Perez, avocat de gauche, à Quito, lundi
Photo: Camila Buendia Agence France-Presse Des supporteurs du candidat Yaku Perez, avocat de gauche, à Quito, lundi

Le socialiste Andrés Arauz, dauphin de l’ex-président Rafael Correa, en tête pour la présidentielle en Équateur, devra affronter le 11 avril un adversaire à définir, son concurrent indigène Yaku Perez dénonçant toutefois un complot pour l’empêcher d’aller à ce second tour.

Arauz, un économiste de 36 ans candidat de la coalition Union pour l’espérance (Unes), a obtenu dimanche 32,14 % des suffrages, selon des résultats portant sur 98 % des actes électoraux du premier tour de dimanche, enregistrés par le Conseil national électoral (CNE).

L’avocat de gauche Yaku Perez, 51 ans, du parti indigène Pachakutik, et l’ex-banquier Guillermo Lasso, 65 ans, du mouvement Créer des opportunités (Creo, droite), se disputaient vote à vote la deuxième place.

Quelque 13,1 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour désigner, parmi 16 candidats, un record, le successeur de l’impopulaire président Lenin Moreno, ex-allié de Correa qui achèvera son mandat de quatre ans le 24 mai. Perez, écologiste et premier indigène à parvenir aussi loin à une présidentielle, était à 19,86 %.

Au coude-à-coude

Il était talonné par le vétéran Lasso à 19,60 %, qui se présente pour la troisième fois après avoir perdu de 2 points contre Moreno en 2017, et a dit espérer une victoire en avril.

« Il se complote une fraude […] pour empêcher que nous arrivions au second tour », a pour sa part dénoncé Perez lundi à la presse.

Il a affirmé que certaines de ses voix avaient été transférées à d’autres participants, montrant du doigt Lasso et ses alliés, ainsi que Correa, selon lui « paniqué » à l’idée qu’il aille au second tour. Aucune autorité n’a fait état d’irrégularités. « Il n’y a aucun doute, nous sommes en première place », s’est de son côté félicité Arauz, adoubé par l’ex-président Correa (2007-2017), figure de la gauche latino-américaine qui a lui aussi crié « victoire ».

Le CNE, qui donnait un léger avantage à Perez sur Lasso dès une première projection dimanche soir, continuait à réviser lundi 13,69 % des actes des bureaux de vote, pour inconsistances, ce qui retardait les résultats définitifs. La mission des observateurs de l’Organisation des États américains (OEA) a recommandé à la population d’attendre « dans le calme les résultats, aux responsables politiques de se conduire de manière responsable et au CNE d’apporter des garanties de transparence, certitude et sécurité juridique à tous les impliqués dans le processus ».

Des politologues, tel Simon Pachano, de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso), avaient avancé que le leader indigène, de gauche mais anti-corréiste, pouvait réserver une « surprise ».

« Le peuple nous a donné son soutien et cela a été plus que démontré dans les résultats officiels », a estimé Perez, appelant à veiller devant le CNE pour que « la décision des Équatoriens soit respectée ».

Il bénéficie de la popularité du soulèvement social de 2019. Déclenchée par une hausse des prix des carburants dans le cadre d’une aide du Fonds monétaire international (FMI), la révolte s’était soldée par 11 morts et avait fait vaciller le gouvernement.

Perez unit le vote des indigènes (7,4 % de la population) « à celui de la gauche non corréiste et d’autres secteurs comme les jeunes », selon M. Pachano.

Dans l’ombre de Correa

S’il est deuxième, les Équatoriens voteront pour un second tour inédit entre deux solutions de rechange de gauche, l’une nationaliste ayant soif de revanche, l’autre environnementaliste et partisane d’un « État plurinational, digne, honnête et inclusif ».

La campagne a tourné autour du grand absent du scrutin : Correa, qui vit en Belgique depuis son départ du pouvoir. Condamné l’année dernière par contumace à huit ans de prison pour corruption, il a dû renoncer à briguer la vice-présidence.

Prêt à « construire un projet d’unité nationale », Arauz a déclaré, dans une interview à l’AFP, que, s’il était élu, il entretiendrait une « excellente relation » avec les États-Unis du président démocrate, Joe Biden.

Mais il poussera à la révision, jusque par les instances internationales, du cas de son mentor, farouche critique de Washington, et en fera son conseiller.

À l’issue d’un processus obéré par la COVID-19, qui a fait plus de 15 000 morts dans ce pays de 17,4 millions d’habitants, les électeurs devaient aussi choisir les 137 députés du Parlement monocaméral.

Du fait de la fragmentation des forces politiques, le gouvernement n’y détiendrait pas de majorité et devra « chercher des consensus », selon le politologue Esteban Nichols, de l’Université andine Simon Bolivar.

La crise suscite un fort mécontentement. Déjà affecté par la chute des cours du pétrole, principal produit d’exportation, l’Équateur a doublé sa dette et craint une contraction de son économie de 8,9 % en 2020.

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