Maduro reprend le Parlement, Guaidó lance sa consultation

Avec la majorité au Parlement, Nicolas Maduro a désormais acquis à sa cause tous les leviers institutionnels du pays, de la Cour suprême à l’armée, son principal soutien.
Photo: Yuri Cortez Agence France-Presse Avec la majorité au Parlement, Nicolas Maduro a désormais acquis à sa cause tous les leviers institutionnels du pays, de la Cour suprême à l’armée, son principal soutien.

La très forte abstention aux législatives au Venezuela a permis au président, Nicolás Maduro, de prendre le contrôle du Parlement unicaméral, consolidant encore son pouvoir et privant le leader de l’opposition, Juan Guaidó, de son piédestal pour mener la contestation.

Président du Parlement jusqu’au 5 janvier, date prévue de l’installation de la nouvelle Assemblée nationale, Juan Guaidó avait appelé au boycottage des législatives dimanche, pour jouer son va-tout sur une consultation populaire appelant à proroger son mandat et à organiser des élections « justes et libres ».

Le soutien populaire

Avec un taux de participation de 31 % (5,2 millions de votants), ces législatives ont été les plus boudées de l’ère démocratique vénézuélienne, amorcée en 1958.

L’absence dans les urnes des deux tiers du corps électoral contraste avec les 71 % de participation enregistrés lors des législatives de 2015 où l’opposition avait mis un terme à 15 années d’hégémonie chaviste.

Cependant, le président de l’institut de sondage Datanalisis, Luis Vicente Leon, considère que ce fort taux d’abstention est davantage le fait d’une « méfiance à l’égard des politiques » que de l’appel au boycottage lancé par l’opposition.

Pour l’analyste politique Rafael Alvarez, il s’agit d’une simple « réédition » des élections présidentielles de mai 2018, où Nicolás Maduro a été élu pour un second mandat malgré 52 % d’abstention.

Le taux de participation pour jauger des forces en présence est également l’enjeu de la consultation populaire lancée lundi par Juan Guaidó. Horacio Medina, membre du comité d’organisation de la consultation, espère franchir « un plancher de 7 millions » de participants.

Mais, quel que soit le chiffre, il sera remis en question.

Maduro contrôle tout

Maduro « voulait s’enlever un caillou dans la chaussure » en prenant le contrôle du Parlement, a souligné Rafael Alvarez. Le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), au pouvoir, et ses alliés l’ont fait en recueillant 67,6 % des suffrages exprimés. « Nous avons entamé une nouvelle phase de reconstruction du Parlement et de redressement de notre pays », s’est félicité M. Maduro.

Avec la majorité au Parlement, Maduro a désormais acquis à sa cause tous les leviers institutionnels du pays, de la Cour suprême à l’armée, son principal soutien.

Le Parlement unicaméral présidé par Juan Guaidó était jusqu’ici le seul contre-pouvoir contrôlé par l’opposition, mais ce pouvoir n’est que symbolique. Toutes ses décisions sont annulées par la Cour suprême, et c’est l’Assemblée constituante, dotée de pouvoirs absolus et uniquement formée de militants chavistes élus en 2017, qui dans la pratique assume les tâches législatives.

Le gain du Parlement permettra à Maduro de se conformer aux « formalités » institutionnelles et commerciales avec les pays « amis » — Chine, Russie, Turquie, Iran et Cuba — qui ont besoin d’une « approbation législative » pour de futurs accords commerciaux, explique M. Alvarez.

Guaidó joue son va-tout

« Ce qu’il lui reste, c’est la rue, il ne doit pas la perdre », a estimé M. Alarcon, bien que la popularité de Juan Guaidó se soit érodée au fil du temps, car il n’a pas rempli sa promesse de renverser Nicolás Maduro.

Mobilisation de masse dans les rues, sanctions internationales, rien n’y a fait. Et la population est lassée par une interminable crise économique qui a poussé des millions de Vénézuéliens à émigrer pour survivre.

Le boycottage des élections n’y changeant rien, « l’opposition est obligée de se repenser et de se réorganiser », a convenu M. Alarcon. Juan Guaidó joue son va-tout sur une « consultation populaire » de lundi à jeudi, où il réclame le soutien de la population pour espérer se maintenir à la tête du Parlement.

« La réponse à la fraude […] est d’agir dans la rue », a-t-il lancé lundi, clamant que, « hier [dimanche], il n’y a pas eu d’élection ».

Avec sa victoire électorale, Nicolás Maduro est en passe de « faire disparaître l’opposition traditionnelle » et de « la remplacer » par des partis minoritaires qui ont participé au scrutin législatif et « ne s’opposeront pas à lui », a estimé M. Alarcon.

M. Alvarez estime que Nicolás Maduro va forcer « un grand nombre d’anciens députés à s’exiler », car ils ne seront désormais plus protégés par leur immunité parlementaire.

Guaidó a lui assuré qu’il ne quitterait pas le pays. « J’assume le risque de rester au Venezuela », a-t-il déclaré la semaine dernière dans une interview à l’AFP.

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