Guaidó appelle au boycottage

Pour Juan Guaidó, le scrutin du 6 décembre, organisé par le pouvoir en place, est une «fraude».
Photo: Yuri Cortez Agence France-Presse Pour Juan Guaidó, le scrutin du 6 décembre, organisé par le pouvoir en place, est une «fraude».

Juan Guaidó renouvelle, dans un entretien à l’AFP, ses appels au boycottage des élections législatives dimanche au Venezuela, qu’il juge frauduleuses, et compte sur un soutien populaire lors d’une consultation concurrente organisée dans la foulée.

Il parie également sur le maintien des sanctions américaines par le nouveau gouvernement du futur président Joe Biden, et du soutien de l’Union européenne pour les uniformiser et les amplifier.

Dans son appartement reconverti en bureau depuis la mise sous séquestre de ses locaux à Caracas, celui qui est reconnu par plus de 60 pays comme le président par intérim du Venezuela juge « difficile d’appeler une élection » le scrutin législatif du 6 décembre.

Pour lui, cette élection organisée par le pouvoir en place est une « fraude », terme qu’il avait utilisé pour qualifier la présidentielle de 2018 qui avait permis la réélection de Nicolás Maduro.

« L’objectif de Maduro n’est même pas de gagner en légitimité », peste-t-il, mais d’« anéantir l’alternative démocratique au Venezuela », assure le président du parlement monocaméral, seule institution qui échappe au président socialiste depuis les dernières législatives de 2015.

Juan Guaidó, dont la popularité s’est fortement érodée, compte sur une « consultation » parallèle pour entériner une prolongation du mandat de l’actuelle Assemblée nationale et promouvoir de nouvelles sanctions contre le gouvernement Maduro.

Le vote, sous forme de référendum, doit avoir lieu entre le 5 et le 12 décembre, sans le concours du Conseil national électoral (CNE), dont il récuse l’indépendance.

Les Vénézuéliens seront appelés à dire s’ils soutiennent « tous les mécanismes de pression, à l’intérieur comme à l’extérieur » du Venezuela pour organiser des « élections présidentielle et législatives libres » et s’ils rejettent ou non les législatives planifiées par le pouvoir.

Homologuer les sanctions

Convaincu que ses alliés internationaux lui renouvelleront leur soutien, il affirme que la prochaine étape consistera à « homologuer les sanctions » contre le gouvernement en place.

Il espère que le président américain désigné, Joe Biden, ratifiera les sanctions du gouvernement Trump sortant, et que ces mesures trouveront un écho en Europe et en Amérique latine, toutes deux réticentes à imposer des restrictions économiques telles que celles qui sont imposées par Washington.

« Nous devons articuler le gouvernement des États-Unis avec l’Europe et avec les pays d’Amérique latine […] afin d’uniformiser les sanctions », explique-t-il. « Non seulement il faut les amplifier, mais il faut aussi établir des normes pour empêcher la dictature de les contourner », dit le chef d’un parlement sans pouvoir, la Cour suprême aux mains des chavistes annulant toutes les décisions votées par l’Assemblée.

M. Guaidó insiste sur la nécessité de « maintenir la pression internationale » et parallèlement revigorer la « pression populaire » qui s’est essoufflée durant la pandémie de COVID-19.

Il évoque des « incitations » offertes à l’armée vénézuélienne, clef de voûte du système politique qui a toujours soutenu Maduro, pour qu’elle participe à une éventuelle transition.

Reçu à la Maison-Blanche par Trump, Juan Guaidó voit depuis son leadership érodé par les nombreuses fractures au sein de l’opposition, certains lui reprochant son incapacité à pouvoir renverser Nicolás Maduro assis derrière un bureau.

« Personne ne propose d’action militaire, ni comme première, ni comme deuxième, ni comme troisième option », balaie-t-il d’un revers de main, rappelant les sanctions internationales, les accusations de trafic de drogue portées contre le leader vénézuélien aux États-Unis, ainsi que les nombreux rapports de violations des droits de l’homme au Venezuela.

Un soutien américain bipartite

M. Guaidó affirme avoir approché Joe Biden par l’intermédiaire de membres du Congrès américain afin de conserver le « soutien bipartite » des démocrates et des républicains.

Il n’a cependant pas encore parlé directement au président élu ou à son entourage.

Les conseillers de Joe Biden, quant à eux, ont déclaré qu’ils exploreront les contacts directs avec Maduro.

« Ce serait une tragédie », avertit M. Guaidó, se rassurant néanmoins du fait que Joe Biden ait qualifié M. Maduro de « dictateur ».

Ces dernières semaines, de hauts dirigeants du pouvoir vénézuéliens ont menacé d’emprisonner ceux qui préconisaient des sanctions contre les leaders du gouvernement.

Juan Guaidó fait fi des menaces et assurera qu’il ne s’exilera pas comme l’a fait l’autre figure de l’opposition Leopoldo Lopez, réfugié en Espagne : « J’assume le risque de rester au Venezuela », dit-il, jugeant sa présence « centrale » pour maintenir la pression pour « des élections présidentielle et parlementaires libres ».

« Les menaces ne sont pas nouvelles et elles ne vont pas nous empêcher de faire notre devoir », s’enhardit ce père de 37 ans.

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