L’interminable plateau de l’épidémie au Brésil

Le Brésil semble bloqué depuis trois mois dans un interminable plateau, avec environ 1000 décès quotidiens en moyenne et de nombreuses disparités entre les régions.
Photo: Carl de Souza Agence France-Presse Le Brésil semble bloqué depuis trois mois dans un interminable plateau, avec environ 1000 décès quotidiens en moyenne et de nombreuses disparités entre les régions.

Six mois après avoir recensé son premier cas de COVID-19, le Brésil a atteint samedi le seuil des 120 000 morts et ne semble pas voir la lumière au bout du tunnel de cette hécatombe.

Peuplé de 212 millions d’habitants, le plus grand pays d’Amérique latine est le deuxième le plus touché au monde après les États-Unis (plus de 180 000 décès et près de 6 millions d’infections).

Contrairement à l’Europe et à l’Asie, où les courbes de contaminations et de décès ont augmenté rapidement avant de chuter à l’issue de plusieurs semaines de confinement, le Brésil semble bloqué depuis trois mois dans un interminable plateau, avec environ 1000 décès quotidiens en moyenne et de nombreuses disparités entre les régions.

« Le Brésil est unique au monde. Depuis le début de la pandémie, ses courbes sont différentes de celles des autres pays, elles évoluent plus lentement », explique à l’AFP Christovam Barcellos, chercheur de la Fiocruz, institut de référence en santé publique.

« Les courbes sont stables à présent, mais à un niveau très dangereux : environ 1000 décès et 40 000 nouveaux cas confirmés par jour. Et le pic n’a pas encore été atteint », estime-t-il.

Sachant, par ailleurs, que les chiffres officiels sont considérés comme largement sous-estimés par la communauté scientifique.

« Manque de coordination »

Le premier cas a été confirmé le 26 février : un homme d’affaires de Sao Paulo revenant d’un voyage en Italie. Le premier décès a été enregistré le 16 mars.

À l’époque, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro fustigeait l’« hystérie » autour d’une « petite grippe ».

Et il a continué à minimiser la pandémie à mesure que le bilan s’alourdissait, lançant même un « et alors ? » glaçant quand le seuil des 5000 morts a été atteint.

Lui-même contaminé par la COVID-19 en juillet, il n’a cessé de vanter les mérites de l’hydroxychloroquine, en dépit des études scientifiques prouvant son inefficacité contre le virus.

Il n’a pas hésité à taxer de « dictateurs » les gouverneurs des États ayant pris des mesures de confinement qu’il juge plus nocives que le virus.

La plupart des spécialistes considèrent que le manque de cohésion des pouvoirs publics est une des principales raisons pour lesquelles le Brésil n’est pas parvenu à diminuer le rythme des contaminations.

« C’est terrible, il y a un manque total de coordination de la part du gouvernement fédéral, c’est une autre caractéristique de la pandémie au Brésil », insiste Christovam Barcellos.

Touchant au départ les personnes les plus aisées revenant de voyages à l’étranger, le coronavirus a ensuite fait des ravages chez les populations les plus vulnérables, notamment dans les favelas, les quartiers pauvres surpeuplés des grandes villes.

Et dans la forêt amazonienne, les peuples indigènes, déjà décimés par des maladies venues de l’extérieur par le passé, ont aussi payé un lourd tribut à la COVID-19.

Bolsonaro populaire

Malgré une gestion chaotique de la pandémie, le président Bolsonaro est plus populaire que jamais.

Il y a 15 jours, un sondage de l’institut Datafolha le créditait de 37 % d’opinions favorables, cinq points de plus qu’en juin. Et 47 % des sondés considèrent qu’il n’est pas responsable des morts causées par la pandémie.

Début août, quand le Brésil s’apprêtait à atteindre le seuil symbolique des 100 000 morts, il affirmait qu’il avait la « conscience tranquille » d’avoir fait « tout son possible ».

Le président Bolsonaro est particulièrement populaire auprès des Brésiliens les plus pauvres qui touchent les allocations de 600 réais (environ 93 euros) versées par le gouvernement pour soulager les populations les plus touchées par l’impact économique de la pandémie.

« Bolsonaro est un vrai phénomène, une force politique qu’on ne peut ignorer », reconnaît Michael Mohallem, professeur de droit de la Fondation Getulio Vargas.

« Mais sa posture est vraiment choquante. Au-delà du déni, il a souvent manqué de respect aux personnes endeuillées. Comme le nombre de morts est scandaleusement élevé, il en paiera sans doute le prix un jour », a-t-il conclu.

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