La violence des gangs inquiète l’ONU

La violence liée aux gangs a fait au moins 159 morts dans le pays cette année.
Photo: Dieu Nalio Chery Associated Press La violence liée aux gangs a fait au moins 159 morts dans le pays cette année.

Le bureau des Nations unies en Haïti (Binuh) s’est déclaré mercredi préoccupé par la recrudescence de l’insécurité liée aux gangs qui cause la mort de nombreuses victimes innocentes, et a appelé les autorités à arrêter les chefs de bandes.

« La population des quartiers contrôlés par des bandes armées endure un niveau de violence intolérable : entre janvier et juin 2020, le Binuh a documenté qu’au moins 159 personnes ont été tuées et 92 autres blessées — y compris des enfants, en raison de la violence liée aux gangs », indique la représentation de l’ONU dans un communiqué de presse.

Depuis le début de l’été, des affrontements entre gangs rivaux ont causé la mort de nombreux habitants de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, notamment à Cité Soleil. Et les principaux axes routiers de la province sont régulièrement bloqués par des bandes armées qui rançonnent les passagers et détournent les marchandises.

Perpétrés à trois semaines d’intervalle, mi-juillet et début août, les meurtres par balle de deux nourrissons, âgés de huit et quatre mois, avaient suscité une vive émotion au sein de la population, mais aucune réaction des autorités nationales ni de l’ONU jusqu’à ce mercredi.

Fin juin et début juillet, deux manifestations pacifiques organisées dans la capitale pour dénoncer ce climat d’insécurité avaient été réprimées avec force par la police. Des membres de gangs avaient ensuite défilé dans les rues du centre-ville, exhibant leurs armes et tirant régulièrement en l’air. Aucune unité de police n’était intervenue pour interrompre cette marche, retransmise en direct sur les réseaux sociaux par certains participants.

Dans son communiqué, le Binuh encourage « les autorités haïtiennes à poursuivre les auteurs présumés de crimes, d’abus ou de violations des droits de l’homme et d’exécuter le mandat d’amener émis à l’encontre de plusieurs chefs de gangs, notamment Jimmy Cherizier, alias “Barbecue” ».

Ancien policier, ce chef de gang serait impliqué dans plusieurs attaques et incendies perpétrés depuis novembre 2017 dans des quartiers pauvres. Alors qu’il fait l’objet d’un avis de recherche depuis février 2019, « Barbecue » a été filmé début avril en train de superviser une distribution de kits alimentaires, organisée par la police nationale dans la capitale haïtienne.

À l’instar d’organisations de la société civile, le haut responsable officiant en tant que « protecteur du citoyen » à Haïti dénonce l’impunité favorisée par l’État. « Les bandits sont protégés par certaines autorités politiques, par certaines autorités du pouvoir central, tandis que la population est prise en otage, abandonnée à elle-même », a déploré début août Renan Hedouville à l’AFP.

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