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La pandémie comme écran de fumée devant l’exploitation de l'Amazonie

L’attitude frondeuse de Jair Bolsonaro en Amazonie survient alors que le président est au plus bas dans les sondages en raison de sa gestion chaotique de la pandémie de COVID-19 au Brésil. Le politicien perd ses appuis politiques et cherche donc à renouer avec sa base.
Photo: Ricardo Oliveira Agence France-Presse L’attitude frondeuse de Jair Bolsonaro en Amazonie survient alors que le président est au plus bas dans les sondages en raison de sa gestion chaotique de la pandémie de COVID-19 au Brésil. Le politicien perd ses appuis politiques et cherche donc à renouer avec sa base.

Le Brésil a enregistré mercredi son plus haut niveau de décès en 24 heures depuis le début de la pandémie, 633 morts, pour un total qui vient de franchir la barre des 8000 dans un pays où la COVID-19 n’est plus seulement une crise sanitaire.

Sous la houlette du populiste Jair Bolsonaro, elle est également en train de devenir un « écran de fumée » derrière lequel se cache désormais le gouvernement ultraconservateur du président brésilien, pour poursuivre son plan de réduction des droits des indigènes de l’Amazonie et justifier l’appropriation de leurs terres par les puissants lobbies agricoles et miniers.

En mars dernier, 253 km2 de forêt amazonienne ont été déboisés par la coupe ou par le feu, selon les données du système d’alerte de la déforestation (SAD) de l’Instituto do Meio Ambiente e Homem da Amazônia (Imazon), basé à Belém dans le nord du pays et qui se base sur des images satellites enregistrées depuis 2008 dans la région amazonienne. Il s’agit d’une croissance de 279 % par rapport à la même période l’an dernier.

Par un décret, le gouvernement brésilien cherche à légitimer l’appropriation des terres publiques protégées, comme celles habitées par les tribus des Premières Nations depuis des décennies, dénoncent plusieurs groupes de défense des droits des indigènes, et ce, en réduisant considérablement le pouvoir déjà restreint du FUNAI, l’agence gouvernementale chargée des affaires autochtones.

La mesure de régulation foncière vise à faire passer le plus rapidement dans la légalité l’occupation de terrains obtenus de manière illégale par leurs nouveaux propriétaires, y compris dans les réserves autochtones ou dans les espaces protégés à des fins environnementales. Les parlementaires brésiliens ont jusqu’au 19 mai prochain pour adopter ce décret, ce que les grands cultivateurs et éleveurs, les minières et les développeurs de l’Amazonie les poussent à faire rapidement.

« Le gouvernement poursuit son comportement criminel en négligeant la protection des indigènes, a résumé la leader autochtone Sônia Guajajara dans les pages du Diário do Centro do Mundo (Journal du centre du monde, littéralement) cette semaine. « FUNAI n’est pas un organisme indigène depuis longtemps, dit-elle. Aujourd’hui, il agit contre les peuples pour servir les intérêts du gouvernement. »

Pour Paulo Barreto, chercheur au sein de l’ONG Imazon, ce renforcement des politiques de Bolsonaro en Amazonie s’inscrit dans une tendance à la hausse depuis l’arrivée au pouvoir du populiste, tendance qui s’accentue alors que les regards du reste du monde sont tournés ailleurs en raison de la pandémie. « Jair Bolsonaro ne cesse d’affaiblir l’application de la loi en plus de lancer des attaques directes contre les indigènes dans ses discours qui donnent un sentiment d’impunité aux plus grands », a-t-il expliqué par voie de communiqué. Et comme les marchés ne réagissent pas avec assez d’énergie pour exclure des chaînes d’approvisionnement tous ces voleurs de terre, la pratique de l’occupation illégale se poursuit. »

À travers le pays, 49 procureurs fédéraux réclament depuis plusieurs semaines que les changements apportés aux règles de fonctionnement du FUNAI pour servir les intérêts des industriels soient annulés en raison de leur caractère anticonstitutionnel. « L’Amazonie fonctionne comme une Bourse. Ce que disent les dirigeants du pays influence vraiment le comportement des gens », a dit l’un d’eux, Daniel Azevedo, de Porto Velho, la capitale de l’État de Rondônia, cité par The Guardian. « Cela envoie le message que, si vous déboisez maintenant, en 2020 ou 2021, vous deviendrez bientôt propriétaire de cette zone. La conséquence est que la forêt va être fortement dévastée au cours des prochaines années. »

L’attitude frondeuse de Bolsonaro en Amazonie survient alors que le président est au plus bas dans les sondages en raison de sa gestion chaotique de la pandémie de COVID-19 au Brésil. Le politicien perd actuellement ses appuis politiques et cherche à renouer avec une base électorale qui l’a élu en 2018 en soutenant en grande majorité son discours sur le développement des ressources naturelles et du potentiel économique de l’Amazonie.

Pour Bolsonaro, il n’est pas normal que les indigènes brésiliens contrôlent 12,5 % du territoire actuellement délimité comme leurs terres ancestrales. Une perspective qui séduit les « gauchos », ces Blancs du sud du pays, souvent conservateurs, qui cherchent à faire de l’argent en Amazonie et qui soutiennent avec force les élus qui leur déboisent le chemin.

Les peuples d'Amazonie demandent une aide de 5 millions

Les peuples indigènes d’Amazonie ont appelé mercredi la communauté internationale à constituer un « fonds d’urgence » de 5 millions de dollars pour les protéger du coronavirus et éviter un « ethnocide » des gardiens de la plus vaste forêt tropicale de la planète. « Comme peuples indigènes, nous sommes en danger d’extinction », a déclaré José Gregorio Diaz, dirigeant vénézuélien de la Coordination des organisations indigènes du bassin amazonien (Coica), regroupant des Amérindiens des neuf pays se partageant cette région. Lors d’une conférence de presse virtuelle, il a précisé que « seulement 5 millions de dollars » étaient nécessaires pour constituer un « fonds d’urgence pour l’Amazonie », afin d’aider « directement » plus de 3000 communautés indigènes, démunies face au risque de contagion. « Si nous continuons à attendre [une intervention de] l’État, nous allons mourir, et nous ne voulons pas disparaître », a-t-il lancé.

Agence France-Presse


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