Le ministre de la Santé brésilien proche de la porte de sortie

Le ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, qui prône la distanciation sociale et le confinement, est en total désaccord avec Jair Bolsonaro qui a souvent décrié «l’hystérie» autour d'«une petite grippe» et prôné le retour au travail des Brésiliens, pour sauvegarder l’économie.
Photo: Sergio Lima Agence France-Presse Le ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, qui prône la distanciation sociale et le confinement, est en total désaccord avec Jair Bolsonaro qui a souvent décrié «l’hystérie» autour d'«une petite grippe» et prôné le retour au travail des Brésiliens, pour sauvegarder l’économie.

Le sort du populaire ministre brésilien de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, en désaccord total sur la lutte anticoronavirus avec le président Jair Bolsonaro, ne tenait apparemment plus qu’à un fil mercredi. La démission en matinée de l’un de ses plus proches collaborateurs a accru les rumeurs d’un limogeage imminent de M. Mandetta.

« Le secrétaire à la Surveillance et à la Santé du ministère, Wanderson de Oliveira, a présenté sa démission », a annoncé le ministère dans un bref message envoyé à la presse. Peu avant, le quotidien Folha de Sao Paulo avait publié une lettre dans laquelle M. de Oliveira, élément clé dans la stratégie de lutte contre la COVID-19, disait au revoir à ses collaborateurs et annonçait le départ imminent de son ministre. « La gestion de Mandetta a pris fin et nous devons nous préparer à partir ensemble », a-t-il écrit. Pour divers médias brésiliens, M. Mandetta, un médecin de formation de 55 ans, a annoncé à son équipe qu’il serait limogé cette semaine.

Le ministre, qui prône la distanciation sociale et le confinement, est en total désaccord avec Jair Bolsonaro qui a souvent décrié « l’hystérie » autour d'« une petite grippe » et prôné le retour au travail des Brésiliens, pour sauvegarder l’économie. Le limogeage d’un ministre extrêmement populaire auprès de Brésiliens très inquiets avait été qualifié par anticipation par des éditorialistes de « suicide politique » pour M. Bolsonaro, à un moment où le Brésil fait face à une possible hécatombe. Le pays déplore plus de 1500 morts du coronavirus et attend le pic de la pandémie vers la fin du mois d’avril.

Course contre la montre

Le pays est engagé dans une course contre la montre à l’approche du pic de la pandémie de coronavirus, certains hôpitaux étant déjà au bord de la saturation et manquant cruellement de personnel, de respirateurs, de masques.

Dans ce pays aux dimensions continentales de 210 millions d’habitants, la population semble respecter de moins en moins les règles de distanciation sociale qui retarderait le pic et donnerait un peu d’air à un système de santé précaire. Les gouverneurs de la plupart des États ont pris des mesures plus ou moins strictes, mais le président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, ne cesse de remettre en cause le confinement.

 

À voir en vidéo

Le dernier bilan officiel fait état de plus de 25 000 cas confirmés et 1532 décès. Mais la plupart des spécialistes considèrent ces chiffres largement sous-estimés, le Brésil étant un des pays les moins actifs en termes de dépistage. Les autorités sanitaires de l’État de Sao Paulo, le plus peuplé du pays, prévoient même 111 000 morts sur six mois, presque autant que le total de décès dans le monde entier à ce jour.

Au moins cinq hôpitaux de Sao Paulo ont déjà leurs lits de soins intensifs occupés à 70 % par des patients atteints de la COVID-19. La proportion ne cesse d’augmenter. Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Minas Gerais (UFMG) et d’Harvard a montré que le système de santé municipal pourrait se voir saturé dès le 19 avril si des mesures de confinement plus strictes ne sont pas adoptées.

Le gouverneur de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, lui-même contaminé par le coronavirus, craint que son État soit à court de respirateurs dès le 28 avril.