L’apathie de Bolsonaro face au coronavirus soulève l’ire des Brésiliens

Le mouvement « panelaço contra Bolsonaro » (traduction libre : concert de casseroles contre Bolsonaro) prend de l’ampleur dans les grandes villes du Brésil, où l’apathie du président Bolsonaro face à la pandémie provoque une grogne populaire.
Photo: Miguel Schincariol Agence France-Presse Le mouvement « panelaço contra Bolsonaro » (traduction libre : concert de casseroles contre Bolsonaro) prend de l’ampleur dans les grandes villes du Brésil, où l’apathie du président Bolsonaro face à la pandémie provoque une grogne populaire.

« C’est difficile de devoir composer avec un virus et un lombric, en même temps. »

La critique, formulée lundi matin par l’ancien maire de São Paulo Fernando Haddad, sur Twitter, est sévère à l’endroit du président brésilien, Jair Bolsonaro. Mais elle semble de plus en plus partagée par les Brésiliens, qui, depuis plusieurs jours, expriment leur profond mécontentement par leur fenêtre, chaque soir, en tapant sur des casseroles, pour dénoncer l’apathie du populiste face à la crise du coronavirus.

C’est qu’en dépit des alertes des autorités sanitaires brésiliennes, le président minimise toujours la gravité de la situation et critique vertement les gouvernements locaux qui ont décidé de combattre la propagation du virus avec des mesures et des fermetures auxquelles Bolsonaro ne semble toujours pas croire.

« La situation est en train d’empirer ici, résume Ana Carolina, documentariste, jointe par Le Devoir à Curitiba, dans le sud du pays, où elle vit en isolement volontaire. Ce sont les gouvernements des États qui agissent pour compenser le manque d’action du président. Plusieurs de ses partisans sont d’ailleurs en train de se retourner contre lui. »

Alors que le mouvement « panelaço contra Bolsonaro » (traduction libre : concert de casseroles contre Bolsonaro) prend de l’ampleur dans les grandes villes du pays, le soir, aux fenêtres des maisons, le président a maintenu sa ligne de conduite dimanche soir lors d’une entrevue sur le réseau privé Globo, durant laquelle il a accusé les gouverneurs de plusieurs États de prendre des « mesures exagérées » qui « allaient coûter des millions d’emplois ».

« Les gens vont bientôt se rendre compte qu’ils se font abuser par les gouverneurs et par la grande majorité des médias sur la question du coronavirus », a-t-il dit, tout en insistant sur le fait qu’il ne fallait « pas paniquer ». La veille, sur les ondes de CNN Brasil, Bolsonaro a qualifié d’« irresponsable » l’état d’urgence décrété par les municipalités de São Paulo et de Rio de Janeiro pour forcer la distanciation physique entre les personnes sur leur territoire afin d’enrayer la propagation de la maladie. Selon lui, « un remède en surdose peut finir par devenir un poison ».

Plus de 1500 cas d’infection au coronavirus ont été recensés au Brésil à ce jour ; 25 personnes en sont mortes.

Un tournant

« La crise du coronavirus est en train de marquer un tournant dans la présidence de Bolsonaro, estime Ana Carolina. Il vient de s’aliéner une grande partie de la population en faisant tout pour protéger l’économie et rien pour sauver la population. » Le Brésil compte 210 millions d’habitants. Les deux tiers des contaminations ont été recensés à São Paulo, mégalopole où vivent 12 millions d’individus.

La semaine dernière, le ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, a affirmé sur les ondes de la radio publique NPR aux États-Unis que, dans les circonstances, le « système de santé » brésilien allait « tout simplement s’effondrer d’ici la fin du mois d’avril ».

Deux sondages dévoilés lundi ont confirmé la débâcle du populiste, dont la posture face à la crise n’est soutenue désormais que par un tiers de la population. Une proportion de 54 % est toutefois en accord avec les mesures prises par les gouvernements locaux, indique l’institut brésilien Datafolha. Et 15 % des électeurs de Bolsorano en 2018 disent regretter leur choix, indique le même coup de sonde.

La pandémie est en train de s’accélérer à travers le monde, a indiqué le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lundi, lors de son point de presse quotidien, en soulignant que les 100 000 derniers cas d’infection sont apparus dans les quatre derniers jours, contre 67 jours pour les 100 000 premiers cas et 11 jours pour les deuxièmes. Il y a plus de 350 000 cas confirmés à l’échelle de la planète et 15 000 morts.

Vendredi, dans un éditorial qui a fait beaucoup de bruit, le quotidien conservateur Estadão a dénoncé un président « qui utilise un moment aussi délicat dans l’histoire du pays pour se promouvoir et s’inventer des ennemis, particulièrement la presse, afin de renforcer son autoritarisme de manière à peine voilé ». Et d’ajouter : « Les scientifiques du monde entier ont du mal à trouver un traitement contre la COVID-19. Au Brésil, il est évident que c’est l’incompétence du gouvernement actuel qui est incurable. »