Venezuela: victoire «symbolique» de Juan Guaidó

Porté par ses partisans, Juan Guaidó s’est rendu au Parlement, mardi, pour en revendiquer la présidence. 
Photo: Cristian Hernandez Agence France-Presse Porté par ses partisans, Juan Guaidó s’est rendu au Parlement, mardi, pour en revendiquer la présidence. 

L’opposant vénézuélien Juan Guaidó est parvenu mardi à prêter serment comme président du Parlement en forçant le passage jusqu’au perchoir, une victoire « symbolique » sur le chavisme,puisque Nicolas Maduro continue d’exercer le pouvoir.

Cette journée houleuse a été marquée par des actes de violence aux abords du parlement envers des diplomates et des journalistes.

Des diplomates européens et du Japon qui comptaient assister à la séance ont été pris pour cible par des « colectivos » et certains « durement frappés », a indiqué une source diplomatique sous couvert de l’anonymat.

Les colectivos sont des groupuscules fidèles au pouvoir chaviste que l’opposition qualifie de « paramilitaires » violents.

Juan Guaidó a, lui, réussi à forcer le passage que lui bloquait une haie de forces de l’ordre casquées devant le parlement et à se frayer un chemin jusqu’au perchoir… qu’occupait jusqu’à ce moment-là Luis Parra, un rival de l’opposition qui revendique, lui aussi, la présidence du Parlement.

« Nous sommes bien là », a déclaré Juan Guaidó, qui a ensuite prêté serment comme président de l’Assemblée nationale, fort de sa réélection par cent députés d’opposition dimanche.

« Au nom du Venezuela, je jure de remplir les devoirs de président par intérim », a-t-il ajouté, la main droite levée.

Car Juan Guaidó se prévaut de son statut de président du Parlement pour continuer de revendiquer celui de président par intérim, que lui reconnaissent près de 60 pays, et mener son « combat » contre Nicolas Maduro.

Il accuse l’héritier du défunt Hugo Chávez (1999-2013) d’être un « usurpateur » depuis l’élection « frauduleuse » de 2018 qui lui a permis de se maintenir au pouvoir.

Juan Guaidó a d’ailleurs appelé ses compatriotes à manifester jeudi, vendredi et samedi contre Nicolas Maduro.

«Il est l’heure de se dresser et de se dresser avec force», a-t-il lancé lors d’une conférence de presse. «Nous allons nous mobiliser pour des activités de rue jeudi et vendredi, et samedi nous serons tous dans la rue», a-t-il ajouté, sans donner de détails sur les lieux ou même la façon dont ces «activités de rue» allaient se dérouler.

La résistance de Maduro

Juan Guaidó tente d’évincer Nicolas Maduro depuis un an, avec le soutien du gouvernement Trump. Sans succès, jusqu’à maintenant. Maduro a toujours la haute main sur l’armée et jouit du soutien de la Russie, de la Chine et de Cuba.

Et la prestation de pouvoir de Juan Guaidó mardi n’a pas « grand-chose à voir avec le pouvoir », relève le politologue Luis Vicente Leon.

Dans son bras de fer avec l’opposition, le pouvoir chaviste a privé l’Assemblée nationale de tous ses pouvoirs législatifs il y a trois ans. Ses décisions sont systématiquement annulées par la Cour suprême.

La valeur réelle de Juan Guaidó, ajoute Luis Vicente Leon, est « celle du symbole de lutte et d’unité » de l’opposition, très divisée, notamment sur l’opportunité de participer aux élections législatives qui doivent avoir lieu cette année.

Mardi, en arrivant au parlement, Juan Guaidó a tenté de donner l’image d’une opposition unie face « au dictateur » Nicolas Maduro.

Arrivés dans la matinée aux grilles du parlement, qui ne compte qu’une seule Chambre au Venezuela, l’opposant et plusieurs dizaines de députés ont buté contre une haie de gardes casqués qui les empêchaient de passer.

« C’est pas une caserne ici ! » leur a lancé Juan Guaidó avant, une demi-heure plus tard, de parvenir à forcer le passage et à se frayer un chemin jusqu’au perchoir pour prêter serment.

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, l’a aussitôt « félicité » pour sa réélection « légitime ». Et le département d’État a affirmé qu’en cas d’arrestation de Juan Guaidó, Washington prendrait des mesures « qui vont bien plus loin » que celles prises jusqu’ici contre le pouvoir chaviste, dont une kyrielle de sanctions économiques.