L’ONU dénonce la «répression» des manifestations au Chili

«Les policiers n’ont, à plusieurs reprises, fait aucune distinction entre manifestants pacifiques et manifestants violents», indique le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.
Photo: Martin Bernetti Agence France-Presse «Les policiers n’ont, à plusieurs reprises, fait aucune distinction entre manifestants pacifiques et manifestants violents», indique le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

L’ONU a dénoncé vendredi dans un rapport les « multiples violations des droits de la personne » commises par la police lors des manifestations au Chili, des abus que « regrette » le gouvernement chilien tout en soulignant le « contexte » de violence dans lequel elles ont été commises.

Ce rapport a été élaboré par des experts du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, qui se sont rendus au Chili du 30 octobre au 22 novembre.

« La majorité » des protestataires ont manifesté de « manière pacifique » mais « la gestion des manifestations par les policiers s’est déroulée d’une manière fondamentalement répressive », a déclaré la cheffe de la mission, Imma Guerras-Delgado, lors de la présentation à Genève du rapport.

Celui-ci souligne le « nombre élevé de violations graves des droits de la personne » et contient des exemples précis de torture, de mauvais traitements et de viols perpétrés par des carabiniers contre des détenus, dont beaucoup auraient été détenus de manière arbitraire.

Pendant sa mission, l’équipe du Haut-Commissariat a pu documenter 113 cas de torture et de mauvais traitements, et 24 cas de violences sexuelles sur des femmes, des hommes et des jeunes filles, commis par des membres de la police et des militaires.

Les experts de l’ONU dénoncent aussi le « nombre alarmant de personnes » — environ 350 — souffrant de blessures aux yeux ou au visage, la majorité étant liées à des tirs de plombs.

Le rapport indique que, sur la base des informations recueillies auprès d’une grande variété de sources, « les policiers n’ont, à plusieurs reprises, fait aucune distinction entre manifestants pacifiques et manifestants violents ».

« Les fusils antiémeutes ont été utilisés de manière indiscriminée et inappropriée », a expliqué Mme Guerras-Delgado, soulignant que les policiers ont tiré en étant trop près des manifestants.

« La police a une responsabilité dans la commission de violations des droits de la personne. En ce qui concerne les responsabilités individuelles au sein de la police, nous ne pouvons pas tirer de conclusion. Elles devront être établies au niveau national », a-t-elle relevé.

28 000 détenus

Selon les informations officielles citées dans le rapport, plus de 28 000 personnes ont été détenues entre le 18 octobre et le 6 décembre, et la plupart d’entre elles ont été libérées. En présentant le rapport, Mme Guerras-Delgado a indiqué qu’environ 1600 sont encore détenues selon les autorités.

« Nous regrettons profondément les plaintes reçues par l’équipe de la Haut-Commissaire […] Chacune d’entre elles fait l’objet d’une enquête et sera [le cas échéant] sanctionnée », a réagi la sous-secrétaire d’État chilienne en charge des droits de l’homme, Lorena Recabarren.

« À partir du 18 octobre, le Chili a vécu une situation imprévue et inédite de violence […] C’est cette situation de violence, et non les manifestations pacifiques […], qui nous a décidés à décréter l’état d’urgence. Cette décision n’a pas été prise à la légère », a-t-elle ajouté, parlant au nom du gouvernement chilien.

Le mouvement de contestation sociale qui secoue le Chili depuis le 18 octobre est le plus grave depuis le retour de la démocratie en 1990.