La présidente demande au Parlement d’approuver une loi pour convoquer des élections

La présidente par intérim de la Bolivie, Jeanine Añez, conserve la possibilité de promulguer un décret présidentiel pour convoquer des élections.
Photo: Jorge Bernal Agence France-Presse La présidente par intérim de la Bolivie, Jeanine Añez, conserve la possibilité de promulguer un décret présidentiel pour convoquer des élections.

La présidente par intérim de la Bolivie, Jeanine Añez, a envoyé mercredi un projet de loi au Parlement visant à organiser de nouvelles élections présidentielles et législatives, un mois après le scrutin présidentiel du 20 octobre qui a marqué le début d’une violente crise politique.

Le texte, qui doit être approuvé par le Parlement, où le Mouvement vers le socialisme (MAS) de l’ex-président Evo Morales est majoritaire, annulerait l’élection présidentielle organisée il y tout juste un mois et à l’issue de laquelle M. Morales avait été proclamé réélu pour un quatrième mandat.

Il permettrait aussi la mise en place d’un nouveau Tribunal suprême électoral (TSE) chargé de définir une date pour le nouveau scrutin. L’institution électorale s’était retrouvée au coeur d’une polémique sur le décompte des voix de la présidentielle.

Mme Añez, qui conserve la possibilité de promulguer un décret présidentiel pour convoquer des élections, a déclaré en conférence de presse vouloir ainsi créer un « consensus national ».

Dans la matinée, la présidente par intérim avait annoncé qu’elle convoquerait des élections présidentielles et législatives dans les prochaines heures. « Si Dieu le veut, aujourd’hui, dans la matinée, nous allons convoquer les élections, comme le réclame tout le pays », avait-elle déclaré à la presse.

La grave crise post-électorale qui secoue le pays a fait 32 morts. Le parquet a notamment revu à la hausse, à huit morts, le bilan des heurts mardi entre les forces de l’ordre et des partisans d’Evo Morales près de la raffinerie de Senkata, à quelques kilomètres de La Paz.

Démission et exil

Les échauffourées ont éclaté quand l’armée et la police ont dégagé l’usine de combustible située à El Alto que des manifestants occupaient depuis la semaine dernière pour faire pression sur Mme Añez et exiger sa démission.

Evo Morales, président indigène de Bolivie, a démissionné le 10 novembre sous la pression de la rue et après avoir été lâché par l’armée. Il est ensuite parti en exil au Mexique.

Depuis Washington, l’Organisation des États américains (OEA), qui avait estimé que le scrutin d’octobre avait été entaché d’irrégularités, a approuvé une résolution appelant à la tenue « en toute urgence » de nouveaux scrutins en Bolivie.

Depuis la démission d’Evo Morales, ses partisans manifestent quotidiennement dans les rues de La Paz et dans certaines villes de province.

De violents heurts ont eu lieu vendredi à Cochabamba (centre), fief de M. Morales, où neuf personnes ont été tuées dans des affrontements avec la police et l’armée.

Un « génocide », dit Morales

Depuis son exil mexicain, Evo Morales a appelé mercredi la communauté internationale à mettre fin à la répression des manifestants, une répression qu’il a assimilée à un « génocide ».

« Je lance un appel à la CIDH [Commission interaméricaine des droits de l’homme], à l’ONU pour qu’elle dénonce et freine ce massacre de frères indigènes qui demandent la paix, la démocratie et le respect de la vie dans les rues », a écrit sur Twitter M. Morales, premier président indigène de son pays.

Dans la matinée de mercredi, le ministre de l’Intérieu Arturo Murill a diffusé devant la presse l’enregistrement d’une conversation téléphonique qu’il a présentée comme étant celle d’Evo Morales s’adressant à un leader du mouvement de protestation. « Ne laissez aucune denrée alimentaire dans les villes, nous allons tout bloquer et encercler » les villes, dit la voix que M. Murillo attribue à l’ancien président.

Cet ordre, a poursuivi le ministre, « est un crime contre l’humanité ». « Dans les prochaines heures, nous allons porter plainte devant les instances internationales », a-t-il averti.

Une pénurie d’aliments se fait sentir dans les magasins et les restaurants de La Paz en raison des blocages de routes qui mènent aux régions agricoles de la Bolivie, dans le centre et l’est du pays.

Depuis le déblocage de la raffinerie de Senkata, une cinquantaine de camions-citernes ont pu aller approvisionner les stations-services de La Paz et de sa région.

Parallèlement, le gouvernement intérimaire participe à un dialogue initié lundi par l’Église qui réunit tous les partis et la société civile. Rien n’a encore filtré de ces pourparlers.