Bolivie: cinq morts dans les rangs des pro-Morales

Des heurts émaillent les manifestations qu’organisent chaque jour les partisans d’Evo Morales.
Photo: Juan Karita Associated Press Des heurts émaillent les manifestations qu’organisent chaque jour les partisans d’Evo Morales.

Cinq paysans favorables au président déchu Evo Morales ont été tués vendredi lors d’affrontements avec la police et l’armée en Bolivie, dont la nouvelle dirigeante Jeanine Añez a haussé le ton contre son prédécesseur en exil au Mexique, le menaçant de poursuites s’il revenait dans son pays.

La Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) a toutefois confirmé les cinq décès ainsi qu’un nombre indéterminé de blessés. Elle a dénoncé dans un communiqué « l’usage disproportionné de la force policière et militaire », notamment des armes à feu pour réprimer des manifestations.

Les incidents ont éclaté dans la banlieue de Cochabamba, où des milliers de cultivateurs de coca se sont affrontés toute la journée avec les forces de l’ordre. Les manifestants tentaient de rejoindre le centre-ville, situé à 18 km, pour y protester contre le nouveau gouvernement de la présidente intérimaire Jeanine Añez. Mais ils ont été bloqués par la police, qui les a empêchés de franchir un pont.

Les manifestants « portaient des armes, des fusils, des cocktails Molotov, des bazookas artisanaux et des engins explosifs », a affirmé le commandant de la police de Cochabamba, le colonel Jaime Zurita. « Ils utilisent de la dynamite et des armes mortelles comme des [fusils] Mauser 765. Ni les forces armées ni la police ne sont équipées d’un tel calibre, je suis inquiet », a-t-il ajouté. Les manifestants ont été dispersés après la tombée de la nuit par la police antiémeutes, appuyée par l’armée et un hélicoptère.

Evo Morales s’était proclamé vainqueur de la présidentielle du 20 octobre, prétendant ainsi effectuer un quatrième mandat. Mais l’opposition a crié à la fraude et de nombreuses manifestations, parfois très violentes, ont eu lieu. Une mutinerie au sein de la police et enfin son lâchage par l’armée l’ont poussé à quitter la présidence. Depuis qu’Evo Morales a annoncé sa démission, ce sont ses partisans qui affichent leur colère, assurant que son départ était dû à un « coup d’État » fomenté par l’opposition.

Rompre avec l’ancien régime

Cherchant à imprimer sa marque, Jeanine Añez rompt dans le même temps progressivement les relations fraternelles qu’entretenait Evo Morales avec les gouvernements de gauche latino-américains — Cuba et Venezuela en tête. Sa ministre des Affaires étrangères a ainsi annoncé l’expulsion des diplomates vénézuéliens nommés par Nicolás Maduro, après avoir reconnu l’opposant Juan Guaidó comme président par intérim du Venezuela.

Au plan intérieur, Mme Añez, une ex-sénatrice de droite, a jugé qu’Evo Morales était « parti de lui-même » pour le Mexique après sa démission dimanche. S’il rentrait au pays, il devrait « répondre devant la justice » d’irrégularités lors de la présidentielle du 20 octobre et d’« accusations de corruption », a-t-elle ajouté, lors d’une réunion avec la presse étrangère.

Trois jours après s’être proclamée présidente par intérim de ce pays andin enclavé, Mme Añez s’est engagée à « organiser des élections [présidentielle et législatives, NDLR] transparentes ».

La rupture la plus marquante avec la présidence d’Evo Morales qu’opère Jeanine Añez concerne les relations de la Bolivie avec ses voisins latino-américains. La ministre des Affaires étrangères Karen Longaric a ainsi annoncé l’expulsion prochaine de l’ensemble du personnel diplomatique vénézuélien qui « représente le gouvernement de [Nicolás] Maduro » car il a fait preuve d’«ingérence ».

Dans le même ordre d’idées, la Bolivie va quitter l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) qui réunit notamment Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et plusieurs pays des Caraïbes, et l’Unasur, créée en 2008 à l’initiative d’Hugo Chávez et de son homologue brésilien de l’époque, Luiz Inácio Lula da Silva.

Cuba a pour sa part dénoncé l’arrestation de six de ses citoyens en Bolivie, accusés de manière « calomnieuse » de financer les manifestations contre le nouveau gouvernement. Le gouvernement bolivien a annoncé que Cuba allait rapatrier « 725 citoyens cubains qui remplissent des tâches de coopération dans différents secteurs ».