Bolivie: la présidente par intérim tente de pacifier le pays

Une manifestante brandit un Wiphala, le drapeau andin indigène multicolore que l'ex-président Evo Morales a introduit comme symbole national en 2009.
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Une manifestante brandit un Wiphala, le drapeau andin indigène multicolore que l'ex-président Evo Morales a introduit comme symbole national en 2009.

La nouvelle présidente bolivienne par intérim, Jeanine Añez, tentait jeudi de pacifier le pays deux jours après son accession au pouvoir à la suite de la démission forcée d’Evo Morales, tandis que des manifestations demandant sa démission se poursuivaient.

Comme la veille, une manifestation en provenance de la ville voisine d’El Alto est arrivée en milieu d’après-midi au centre de La Paz.

Ces milliers de manifestants portaient des Wiphalas, le drapeau andin indigène multicolore qu’Evo Morales a introduit comme symbole national en 2009, et scandaient « maintenait, oui, une guerre civile ! ».

« Non au coup d’État civico-policier », pouvait-on lire sur une des banderoles.

« Nous voulons qu’Evo revienne », a déclaré Nery, femme aymara de 28 ans, portant la « pollera », la jupe traditionnelle. « On est très en colère contre cette dame [Añez] qui s’est autoproclamée » présidente, ajoute-t-elle en mâchant des feuilles de coca.

Pour l’heure, le rassemblement se déroulait dans le calme. La veille, au premier jour de fonction de Mme Añez, des affrontements ont éclaté dans l’après-midi entre des manifestants partisans d’Evo Morales et les forces de l’ordre à La Paz et ailleurs dans le pays.

Une vingtaine de personnes avaient été arrêtées dans la capitale administrative, selon les médias locaux.

Signe de l’inquiétude de la communauté internationale, l’ONU a dépêché sur place le diplomate Jean Arnault, pour « dialoguer avec toutes les parties » et « trouver une issue pacifique à la crise », a annoncé le porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric.

« Nous venons pacifier le pays », a assuré jeudi matin le ministre de la Défense, Fernando Lopez Julio, au cours d’une cérémonie militaire, quelques heures après la nomination mercredi soir du gouvernement.

Dans l’après-midi, des pourparlers ont débuté avec le Mouvement vers le socialisme (MAS), a annoncé le chef de cabinet de la présidence, Jerjes Justiniano. « Nous avons installé une plateforme de dialogue », a-t-il déclaré à des médias. Pour l’heure, le MAS n’avait pas confirmé.

C’est avec deux exemplaires de la Bible à la main et sous les « Gloire à Dieu ! » que la sénatrice de droite Jeanine Añez, 52 ans, a pris mardi ses fonctions à la tête du pays, à la faveur d’une vacance de pouvoir provoquée par les démissions successives de M. Morales et de ses successeurs constitutionnels.

« Nous reviendrons »

Pour la deuxième journée consécutive, La Paz tentait de retrouver jeudi des airs de normalité, les commerces rouvrant leurs portes et les bus et les cabines de téléphérique fonctionnant à nouveau.

Les cours restaient toutefois suspendus et les abords de la place Murillo, où se trouve le siège du gouvernement, gardés par un imposant dispositif des forces de l’ordre.

Depuis Mexico, où il est arrivé mardi pour y bénéficier de l’asile politique, Evo Morales s’est dit prêt à rentrer en Bolivie pour « apaiser » la situation.

« Nous reviendrons tôt ou tard », a-t-il assuré mercredi lors d’une conférence de presse.

Le nouveau gouvernement de La Paz a annoncé qu’il allait présenter une réclamation officielle à Mexico, estimant qu’un exilé politique ne devrait pas être autorisé à faire des déclarations politiques de ce type.

Une vague de protestation contre la réélection contestée de M. Morales pour un quatrième mandat lors du scrutin du 20 octobre a fait en trois semaines dix morts et quelque 400 blessés.

Au sud de la capitale administrative, les barricades qui bloquaient la route depuis trois semaines pour protester contre l’ancien chef de l’État, ont été levées.

La première décision de politique étrangère de Mme Añez a été de reconnaître jeudi le dirigeant de l’opposition vénézuélienne Juan Guaidó en tant que président du Venezuela, faisant volte-face par rapport à l’alliance entre Evo Morales et le président socialiste Nicolas Maduro.

Juan Guaidó a été reconnu en tant que président par intérim du Venezuela par une cinquantaine de pays, dont les États-Unis, qui jugent illégitime le pouvoir exercé par Nicolas Maduro.

Mercredi soir, la Chambre des députés bolivienne a de nouveau siégé et élu son président, le socialiste Sergio Choque, membre du parti d’Evo Morales. Le Sénat en revanche n’a pas repris ses activités.

Après les États-Unis mercredi, qui ont reconnu Mme Añez comme présidente de la Bolivie, la Russie a reconnu de facto la nouvelle dirigeante, tout en continuant de dénoncer un « coup d’État » dans ce pays.