Vacance du pouvoir en Bolivie, les autorités appellent «à la paix»

Morales a été lâché par l’armée dimanche, après trois semaines de violentes manifestation.
Photo: Aizar Raldes Agence France-Presse Morales a été lâché par l’armée dimanche, après trois semaines de violentes manifestation.

La deuxième vice-présidente du Sénat bolivien, l’opposante Jeanine Añez, appelée en vertu de la Constitution à succéder au poste de chef de l’État à Evo Morales après sa démission, a annoncé lundi la prochaine convocation d’une élection présidentielle afin que « le 22 janvier nous ayons un président élu ».

« Nous allons convoquer des élections avec des personnalités qualifiées qui vont conduire le processus électoral afin de refléter ce que veulent tous les Boliviens », a-t-elle déclaré à son arrivée au Parlement.

Les successeurs prévus par la Constitution en cas de départ du président ont en effet tous démissionné avec lui : le vice-président Alvaro Garcia, la présidente et le vice-président du Sénat et le président de la Chambre des députés.

« Nous avons déjà un calendrier. Je crois que la population demande en criant que nous ayons un président élu le 22 janvier », a-t-elle ajouté, évoquant la date prévue, avant la crise, de la prise de ses fonctions par le prochain président de Bolivie.

Cette sénatrice de 52 ans, membre du parti d’opposition Unidad Democratica, n’a pas caché son émotion en appelant à la fin des violences.

« Vous allez m’excuser, mais je suis émue (...) Je vous demande, pour l’amour de Dieu de mettre fin à cette violence. Nous voulons seulement la démocratie, nous voulons seulement la liberté », a ajouté Jeanine Añez.

La Bolivie se trouvait lundi sans dirigeant, à la suite de la démission forcée la veille de son président Evo Morales, lâché par l’armée, après trois semaines de violentes manifestations.

 

 

Dimanche soir, Mme Anez, a revendiqué son droit à devenir chef de l’État par intérim « avec le seul objectif d’appeler à de nouvelles élections », a-t-elle dit sur la télévision Unitel.

L’Organisation des États américains (OEA) a appelé lundi « à la paix et au respect de la loi » pour résoudre la crise politique en Bolivie et demandé « une réunion urgente » du Parlement bolivien « pour garantir le fonctionnement des institutions et nommer de nouvelles autorités électorales pour garantir un nouveau processus électoral ».

Tags, vitrines brisées, commerces pillés : les signes de la nuit de violence qui a secoué La Paz dans la foulée de la démission de Morales étaient encore visibles.

Lundi matin, l’ex-président a appelé ses opposants, qu’il a qualifiés de « racistes et putschistes », à ramener la paix dans le pays. « Qu’ils assument la responsabilité de pacifier le pays et de garantir la stabilité politique », a-t-il twitté.

Il a également remercié de leur fidélité tous les hauts responsables politiques qui ont démissionné pour le suivre.

« Je renonce à mon poste de président ». La déclaration dimanche soir du leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, mettait fin à une journée marquée par de nouvelles violences dans les rues, un appel de l’OEA à de nouvelles élections et des démissions en série de ministres et députés, après les attaques contre certains d’entre eux.

Evo Morales s’était retrouvé de plus en plus isolé alors que la crise politique s’accélérait brutalement dans le pays andin où grève générale et manifestations paralysaient l’activité depuis une dizaine de jours

Mais le coup fatal a été porté par l’armée et la police, qui lui ont retiré dimanche leur soutien dans l’après-midi, l’appelant à démissionner « pour le bien de la Bolivie ».

Evo Morales a annoncé dans la soirée qu’un mandat d’arrêt « illégal » avait été lancé contre lui, ce qu’a démenti le chef de la police.

La police a en revanche arrêté immédiatement la présidente du Tribunal suprême électoral (TSE), Maria Eugenia Choque, ainsi que son vice-président, sur ordre du parquet qui enquête sur des irrégularités commises dans le scrutin d’octobre.

Lundi, le ministre de l’Intérieur Carlos Romero, un des derniers à ne pas avoir donné sa démission, s’est réfugié dans l’ambassade d’Argentine à La Paz, selon le quotidien argentin Clarin.

La rue célébrait dimanche

Dimanche soir, des milliers d’habitants ont déferlé dans les rues du pays pour célébrer le départ d’Evo Morales, agitant le drapeau bolivien entre rires et larmes, après la violente vague de contestation au cours de laquelle trois personnes ont été tuées et 383 blessées.

« Cet imbécile (Morales), qui ne sait pas réfléchir, est parti par la fenêtre, quelle bonne nouvelle, on est heureux », confiait à l’AFP Reggina Sojas, commerçante de 61 ans, venue se réjouir sur l’avenue El Prado, le principal axe de La Paz.

À La Paz et à El Alto, une ville proche de la capitale bolivienne et favorable à Morales, l’annonce de sa démission a été accueillie par des violences. Des domiciles de personnalités opposées à Morales ont été incendiés, et des dizaines de personnes semaient la peur au cours de la nuit dans le quartier aisé d’Achumani, dans le sud de La Paz, selon les médias locaux.

Un coup d’État dénoncé

Retranché dans son fief politique, la zone de production de feuille de coca de Chimoré, dans la région de Cochabamba (centre), Evo Morales, en annonçant sa démission, a affirmé : « Mon péché (est) d’être indigène, d’être producteur de coca ».

Né dans la misère, cet ancien berger de lamas avait gravi les échelons syndicaux jusqu’à devenir il y a 13 ans le premier chef d’État indigène du pays.

Dès l’annonce de sa démission, la police a d’ailleurs commencé à enlever des édifices publics un drapeau symbole des peuples indigènes, la whipala.

Evo Morales est un des derniers représentants de la « vague rose » qui a déferlé au tournant des années 2000 sur l’Amérique latine, faisant virer à gauche le Brésil, l’Argentine, le Chili, l’Équateur et le Venezuela, la majorité de ces pays ayant depuis rebasculé à droite.

Dimanche soir, il a reçu le soutien immédiat des présidents cubain et vénézuélien, Miguel Diaz-Canel et Nicolas Maduro, ainsi que du président élu argentin Alberto Fernandez, et lundi celui de Moscou, qui tous ont parlé de « coup d’État ».

Lundi, le gouvernement espagnol a critiqué le rôle de l’armée et de la police boliviennes dans la démission du président Morales.