Haïti: faible mobilisation de l’opposition après la signature de l’accord

Des manifestants demandant le départ du président, Jovenel Moïse, dimanche à Port-au-Prince
Photo: Valérie Baeriswyl Agence France-Presse Des manifestants demandant le départ du président, Jovenel Moïse, dimanche à Port-au-Prince

Quelques centaines de manifestants ont défilé dimanche dans les rues de la capitale haïtienne pour réclamer le départ du président Jovenel Moïse, au lendemain de l’accord signé entre opposants et membres de la société civile, visant à organiser la transition politique dans le pays après son départ.

« J’ai l’espoir que ma génération parvienne à changer cette nation. Depuis que je suis né, c’est crise sur crise dans le pays. Aujourd’hui, on va avoir une autre nation qui ne sera plus celle des pressions et des corrompus », espère Mackenson Eprimé, 29 ans, dans le cortège d’opposants.

Selon l’ONU, au moins 42 personnes sont mortes depuis mi-septembre dans des manifestations organisées dans les principales villes en Haïti pour exiger la démission du président Jovenel Moïs, un mouvement paralysant les activités économiques du pays.

Samedi soir, après deux jours de discussions parfois houleuses dans un hôtel de la capitale, les opposants se sont accordés pour choisir son successeur parmi les juges de la Cour de cassation et le prochain premier ministre au sein des partis de l’opposition.

La signature du document a été formalisée dimanche matin dans un local syndical de la capitale, cérémonie qui a donné lieu à des altercations entre des militants qui exigeaient de parapher le texte conjointement avec les responsables des groupes politiques.

L’accord ne contient aucun calendrier précis quant à la concrétisation de cette transition politique, ce qui suscite la crainte chez certains jeunes contestataires.

« Il faut qu’ils nous disent quel jour Jovenel va partir du pouvoir parce qu’on sait qu’il y a une série d’individus dans l’opposition qui ne luttent que pour régler leurs affaires personnelles et s’enrichir », dénonce un autre manifestant, Jeanty Manis.

« Le peuple souffre, le peuple a faim, le peuple est plongé dans la misère et le chômage. On quittera la rue quand ces problèmes seront enfin abordés », assure le jeune homme qui réside dans un quartier populaire de Port-au-Prince.

Parmi les organisations de l’opposition, seul le parti Fanmi Lavalas de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide n’a pas signé l’accord mais a assuré, via un communiqué de presse, continuer de participer aux discussions sur l’organisation du régime de transition.

Depuis la chute de la dictature des Duvalier en 1986, l’histoire du pays est caractérisée par l’instabilité politique qui entrave son développement économique.

Au cours des trois dernières décennies, seul un président démocratiquement élu, René Préval, a pu achever ses mandats tout en transmettant le pouvoir à un successeur élu au suffrage universel.