Le Canada appelé à aider les Vénézuéliens

Un camp de réfugiés à Bogotá, en Colombie. Quelque 4,5 millions de Vénézueliens ont quitté leur pays.
Photo: Ivan Valencia Associated Press Un camp de réfugiés à Bogotá, en Colombie. Quelque 4,5 millions de Vénézueliens ont quitté leur pays.

Une grave crise humanitaire sévit toujours sur notre continent. Pour redonner des conditions de vie plus décentes aux Vénézuéliens qui ont fui leur pays, le Canada devrait rehausser l’aide qu’il dirige vers cette région, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

« L’ampleur [de la crise vénézuélienne] est énorme, comparable à la crise syrienne en termes numériques. Évidemment, la dynamique et les causes sont totalement différentes, mais les conséquences humaines sont sans doute de la même gravité », affirme la directrice Amériques du HCR, Renata Dubini, en entretien avec Le Devoir.

 
4,5 millions
C’est le nombre de Vénézuéliens qui ont quitté leur pays ravagé par la violence, les pénuries et la pauvreté.

« Je crois qu’il serait très apprécié que le Canada prenne acte de l’envergure de cette crise et donne la même réponse qu’il a donnée aux Syriens » il y a quelques années, poursuit Mme Dubini. Actuellement, quelque 4,5 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays ravagé par la violence, les pénuries et la pauvreté. En comparaison, la guerre en Syrie a poussé à l’exode 5,6 millions de personnes.

Mme Dubini était de passage à Ottawa jeudi et vendredi pour discuter de la situation migratoire au Venezuela. Elle revenait tout juste de Bruxelles, où avait lieu une conférence internationale organisée par l’Union européenne visant à renforcer l’engagement de la communauté internationale dans la région.

Près d’un an après le début du face-à-face politique entre Nicolás Maduro et Juan Guaidó, les pays voisins sont « arrivés à saturation » et ont besoin d’aide. Près de 80 % des Vénézuéliens en fuite trouvent actuellement refuge en Amérique latine et dans les Caraïbes. La Colombie est l’hôte de 1,4 million d’entre eux (l’équivalent de 2,9 % de sa propre population) et le Pérou, de près de 900 000 (2,8 % de sa population).

« Il ne faut pas oublier que le Venezuela a été un pays terriblement généreux avec ses voisins, souligne la directrice. Pendant des décennies, il a reçu beaucoup de Colombiens, de Péruviens, d’Argentins, de Brésiliens. Il y a une dette morale et de la reconnaissance dans ces pays. On voit une fraternité entre les gens, au-delà de l’agenda politique de chaque gouvernement. »

Mais Renata Dubini explique que, comme le soutien international a cruellement fait défaut dans la région, un certain sentiment de xénophobie s’est développé au sein de communautés d’accueil. La forte solidarité envers les Vénézuéliens commence à s’essouffler.

Des centaines de milliers de Vénézuéliens vivent aujourd’hui dans les pays voisins sans documents d’identité ou permis de séjour. D’autres effectuent des « mouvements pendulaires » entre un pays proche et leur terre d’origine, ce qui leur permet de ramener quelques dollars à la maison. Des femmes s’exilent temporairement pour aller accoucher.

Aider les voisins

Dans le contexte de la timide réponse internationale, Renata Dubini se réjouit cependant du fait que le Canada milite pour faciliter l’accès des pays voisins du Venezuela au Mécanisme mondial de financement concessionnel de la Banque mondiale. Ottawa tente de faire en sorte que la Colombie, l’Équateur et peut-être même le Brésil puissent bénéficier de ces sommes prévues pour les pays à revenu intermédiaire qui accueillent des réfugiés.

Politiquement, le Canada, seul pays du Nord membre du Groupe de Lima, s’oppose au « régime illégitime et dictatorial de Nicolás Maduro, responsable de violations des droits de la personne ». Sur le plan humanitaire, Ottawa a consacré plus de 55 millions depuis 2017 au soulagement de la crise vénézuélienne, surtout dans les pays d’accueil voisins.

La semaine dernière à Bruxelles, la Colombie a détaillé ses besoins en financement. Environ 210 millions sont nécessaires annuellement pour offrir une éducation convenable aux 200 000 enfants et adolescents vénézuéliens dans ses écoles. Une somme de 340 millions permettrait en outre d’offrir un toit et de l’eau courante aux personnes accueillies.

Le gouvernement du Pérou a pour sa part indiqué que 170 millions étaient nécessaires pour offrir une assurance médicale aux Vénézuéliens sur son sol. En éducation, les besoins s’élèvent à 90 millions.

Selon un document péruvien présenté à Bruxelles, la crise migratoire syrienne a généré une aide internationale de 22 milliards, tandis que seulement 200 millions ont été amassés pour la crise vénézuélienne jusqu’à présent.

Renata Dubini croit aussi que le Canada, conformément à sa « tradition » en la matière, pourrait faciliter l’accueil de Vénézuéliens au pays. « Je crois qu’il y a des opportunités dans les différents programmes, pas seulement les programmes de réinstallation », dit-elle. Les Vénézuéliens sont très qualifiés et pourraient avantageusement s’intégrer à la main-d’oeuvre canadienne, soutient-elle.

« Le fait que cette crise arrive sur le propre continent du Canada devrait mobiliser l’attention des Canadiens et des autorités canadiennes. »