Bolivie: des observateurs internationaux vont enquêter sur le scrutin

Des partisans d'Evo Morales marchant à La Paz, mercredi
Photo: Aizar Raldes Agence France-Presse Des partisans d'Evo Morales marchant à La Paz, mercredi

Des observateurs internationaux de l’Organisation des États Américains (OEA) vont entamer une enquête sur le décompte des résultats à l’élection présidentielle bolivienne, après la réélection dès le premier tour du président Evo Morales, au pouvoir depuis 2006.

« Nous avons conclu un accord entre l’État de Bolivie et l’OEA pour que puisse se réaliser l’audit intégral des élections du 20 octobre », a annoncé mercredi le ministre des Affaires étrangères Diego Pary lors d’une conférence de presse.

L’enquête commencera le 31 octobre, stipule l’accord qui doit être signé mercredi.

Détail important : le rapport qui sera rendu à l’issue de l’audit sera « contraignant pour les deux parties », c’est-à-dire que le gouvernement bolivien comme les observateurs internationaux devront respecter son résultat final.

« Vérification des procès-verbaux », « vérification du processus électoral », « accès aux équipements et installations » : la Bolivie devra « garantir et faciliter » l’accès aux observateurs de l’OEA afin qu’ils puissent « réaliser » leur enquête sur le décompte officiel, a déclaré le ministre.

Lors de la campagne présidentielle, deux candidats s’étaient détachés : le président sortant socialiste Evo Morales, premier chef de l’État indigène et de gauche du pays, qui briguait un quatrième mandat, pourtant rejeté par référendum en février 2016, et le libéral centriste Carlos Mesa, qui a gouverné entre 2003 et 2005.

Après de premiers chiffres partiels le soir du vote, qui laissaient entrevoir un second tour inédit, de nouveaux résultats, diffusés plus de 20 heures après, avaient pratiquement donné la victoire à M. Morales, suscitant de la part de l’opposition et des observateurs internationaux des soupçons de fraude.

Cinq jours plus tard, le Tribunal suprême électoral annonçait la victoire d’Evo Morales, avec un écart de plus de dix points, lui permettant de s’imposer au premier tour.

Depuis le lendemain du scrutin, de violents incidents ont éclaté dans le pays, avec une grève générale qui dure depuis une semaine, des blocages dans plusieurs villes et des affrontements entre civils qui ont fait des dizaines de blessés.

Carlos Mesa, le rival d’Evo Morales à l’élection présidentielle, a annoncé mercredi qu’il rejetait cette enquête dans les conditions actuelles : « nous n’acceptons pas l’audit dans les termes convenus unilatéralement » dans l’accord signé entre le gouvernement et l’OEA, a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

Selon lui, « l’audit sur lequel se sont mis d’accord l’OEA et le candidat du Mouvement pour le socialisme (parti d’Evo Morales) n’a pas pris en compte le pays, ni nos conditions, à commencer par le fait de ne pas reconnaître les résultats du décompte proclamés par le Tribunal suprême électoral, ainsi que la nécessité d’avoir des représentants de la société civile dans le processus ».

Luis Fernando Camacho, le président de l’influent Comité Pro-Santa Cruz, une organisation conservatrice rassemblant commerçants, entrepreneurs et simples citoyens, à la tête de la contestation, continue également de réclamer l’annulation de l’élection.

Plus de 40 blessés ont été recensés, dont cinq par balles, depuis le début de la semaine, dans plusieurs affrontements entre pro et anti Morales à Santa Cruz (est), capitale économique du pays, La Paz et Cochabamba (centre).