Présidentielle en Bolivie: Evo Morales revendique la victoire, mais reste ouvert à un second tour

Evo Morales assure qu’il a obtenu une avance de plus de dix points sur son adversaire Carlos Mesa.
Photo: Aizar Raldes Agence France-Presse Evo Morales assure qu’il a obtenu une avance de plus de dix points sur son adversaire Carlos Mesa.

Le chef de l’État bolivien, Evo Morales, qui a revendiqué jeudi la victoire dès le premier tour de l’élection présidentielle, a néanmoins laissé la porte ouverte à un éventuel second tour si les résultats définitifs allaient dans ce sens, alors que le dépouillement du scrutin de dimanche fait polémique.

« Nous avons gagné au premier tour », a lancé le président socialiste devant la presse, affirmant que le décompte officiel portant sur un peu plus de 98 % des bulletins lui donnait 46,83 % des voix contre 36,7 % à Carlos Mesa, son adversaire libéral. Soit un écart supérieur aux 10 points de pourcentage nécessaires pour l’emporter dès le premier tour.

Peu après, il a dit pour la première fois ne pas écarter définitivement la possibilité d’un second tour. « Si nous ne gagnons pas avec 10 points d’écart, nous respecterons » le résultat. « S’il faut aller au second tour, nous irons », a-t-il déclaré.

 

 

Alors que le résultat officiel n’est toujours pas connu, la tension va croissant dans le pays. Le président sortant, âgé de 59 ans, qui brigue un quatrième mandat, s’était dit mercredi sûr de l’emporter face à Carlos Mesa, 66 ans, qui réclame un second tour et dénonce une manipulation du scrutin.

Au fil du dépouillement, l’écart entre les deux principaux candidats évoluait très légèrement.

Jeudi à 10 h, la page internet du Tribunal suprême électoral (TSE) faisait état d’un décompte portant sur 98,61 % des bulletins et donnant 46,88 % à M. Morales contre 36,66 % à M. Mesa, soit un écart supérieur à 10 points.

Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40 % des suffrages et 10 points d’avance sur le deuxième.

Grève générale

Mercredi, une grève générale a été émaillée d’incidents entre partisans des deux camps, notamment à La Paz et à Santa Cruz, capitale économique de la Bolivie et bastion de l’opposition, dans l’est du pays, d’où est partie la grève générale.

« Plus jamais, Evo plus jamais ! » criaient les manifestants.

« Ce mouvement va durer jusqu’à ce qu’on nous confirme le second tour », a lancé à la foule Luis Fernando Camacho, le président de l’influent Comité Pro-Santa Cruz, une organisation conservatrice rassemblant commerçants, entrepreneurs et simples citoyens, qui avait appelé à la grève.

Une partie des Boliviens, qui dénonce une « autocratie », n’a pas digéré la décision de M. Morales, au pouvoir depuis 2006, de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre à l’occasion d’un référendum en 2016.

Mobilisation

Le chef de l’État, premier indigène à la tête de la Bolivie, a qualifié la grève générale de « coup d’État » ourdi par la droite. Il a appelé ses partisans à la mobilisation.

Carlos Mesa a lui aussi appelé ses partisans à la « mobilisation permanente ». Il a annoncé la formation d’un collectif de partis politiques de droite et du centre pour faire pression en vue d’un second tour.

En réponse, plusieurs milliers de mineurs, d’autochtones et de travailleurs se sont réunis mercredi dans sur la place San Francisco de La Paz, avec l’église coloniale du même nom et les montagnes en toile de fond, en soutien à Evo Morales.

« Mesa n’est pas pour nous [les indigènes]. Nous n’allons pas laisser cela arriver, nous sommes la majorité. [...] Ils parlent de fraude, mais ils sont racistes et nous discriminent. Avant, les sœurs [indigènes] ne pouvaient pas entrer dans les bureaux, aujourd’hui ce n’est plus le cas. On ne veut pas revenir au passé », confiait Justina Loza, 43 ans, une femme portant chapeau melon et pollera, une lourde robe traditionnelle.

La mission d’observation électorale de l’Organisation des États américains (OEA) en Bolivie a pour sa part estimé mercredi que la « meilleure solution » serait de déclarer un ballottage entre les deux candidats. L’Église catholique a abondé en ce sens.

Après de premiers chiffres partiels, dimanche soir, laissant entrevoir un second tour, de nouveaux résultats diffusés lundi avaient pratiquement donné la victoire au chef de l’État sortant, suscitant de la part de l’opposition et des observateurs internationaux des soupçons de fraude.