Appel à la grève générale au Chili

Une sixième journée de manifestation s’est déroulée dans les rues de Santiago, mercredi.
Photo: Martin Bernetti Agence France-Presse Une sixième journée de manifestation s’est déroulée dans les rues de Santiago, mercredi.

Des milliers de personnes manifestaient à Santiago et dans d’autres villes du Chili mercredi, au premier jour d’une grève générale susceptible d’attiser une crise sociale qui a déjà fait 18 morts, dont un enfant de quatre ans.

Ce petit garçon a été tué, ainsi qu’un jeune homme, quand un automobiliste ivre a foncé mardi sur un groupe de manifestants dans la région de Concepcion (Sud-Ouest), a annoncé le gouvernement.

Le Chili connaît depuis le 18 octobre ses pires violences depuis une trentaine d’années, liées à une explosion de colère dans la population qui se traduit par des actions de protestation et des pillages, malgré les gestes que vient de faire le président conservateur, Sebastian Piñera, en vue de tenter d’apaiser la situation.

Outre les 18 morts, les troubles ont jusqu’à présent fait 269 blessés et abouti à environ 1900 arrestations, selon l’Institut national des droits de la personne (INDH).

À Santiago, qui, à l’instar de dizaines d’autres villes, a été placée en état d’urgence, les contestataires devaient se retrouver mercredi sur la Plaza Italia, au coeur de la capitale, où des centaines de milliers de Chiliens ont manifesté depuis vendredi.

« VIVE LA GRÈVE ! Nous le disons fort et clair : assez des hausses de prix et des abus ! », a publié sur Twitter mardi soir la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), la principale confédération syndicale du Chili, qui a appelé à un arrêt de travail de deux jours, comme une vingtaine d’autres organisations de travailleurs et d’étudiants.

Toutes ont condamné la décision d’imposer l’état d’urgence dans neuf des seize régions, de recourir au couvre-feu et de faire intervenir les forces armées. Elles réclament l’abandon des mesures d’exception entrées en vigueur, insistant sur « le retour des militaires dans leurs casernes ». Quelque 20 000 soldats et policiers ont en effet été déployés et c’est la première fois que l’armée patrouille dans les rues depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990).

Les puissants syndicats des mines de cuivre — dont le Chili est premier producteur mondial —, le personnel du secteur de la santé et les employés des ports ont rejoint le mouvement.

Chercher une sortie de crise

« Je ne crois pas que ce qu’a dit Piñera serve à grand-chose, parce qu’aujourd’hui encore plus de gens vont se mobiliser et les troubles vont continuer », témoignait Karla Araneda, une femme de 38 ans qui travaille dans un commerce situé à deux pas du siège du gouvernement.

L’annonce d’une hausse de 3,75 % du prix du ticket de métro — suspendue depuis — a provoqué vendredi les premières manifestations, devenues ensuite un mouvement social majeur nourri par le ressentiment face à la situation socio-économique et aux inégalités dans ce pays de 18 millions d’habitants.

Pour sortir de la crise, le chef de l’État a pris mardi un virage social, à l’issue d’une réunion avec les forces politiques à laquelle le Parti socialiste, le principal parti de l’opposition, et d’autres formations de gauche ont toutefois refusé de participer.

M. Piñera s’est ainsi prononcé en faveur de l’augmentation de 20 % du minimum retraite, du gel des tarifs de l’électricité et d’une hausse du salaire minimum. Il a également évoqué la réduction des rémunérations des parlementaires et des hauts fonctionnaires, de pair avec la baisse du nombre des sièges au Parlement et une limitation du nombre de leurs mandats successifs.

Reconnaissant n’avoir pas anticipé ce qui se passe actuellement, il a demandé « pardon » à ses compatriotes. Un changement de ton spectaculaire de la part de celui qui considérait dimanche le Chili comme « en guerre contre un ennemi puissant ».

Les syndicalistes exigent cependant pour leur part du gouvernement un programme social préparé en commun.

Les manifestations et la grève à l’appel des syndicats devraient mettre à l’épreuve la reprise au compte-gouttes des activités pour quelque 7,5 millions d’habitants de l’agglomération de Santiago.

Le trafic devrait y être partiellement rétabli mercredi sur trois lignes du métro, fermé depuis vendredi à la suite de destructions de stations, et environ 5000 bus ainsi que des taxis devaient compléter le dispositif. L’une de ses sept lignes avait déjà en partie recommencé à fonctionner lundi.

Les magasins et les banques ouvrent de leur côté par intermittence et les cours restent suspendus dans les écoles de 7 des 52 quartiers de la capitale.

La Bolivie s’enfonce dans la crise

Une grève générale a commencé mercredi en Bolivie, où de nouveaux incidents ont éclaté pour protester contre le dépouillement des bulletins de vote après la présidentielle de dimanche qui donne quasiment la victoire au président sortant, le socialiste Evo Morales, pour lequel ce mouvement est un « coup d’État ».

 

« Un processus de coup d’État est en cours […] la droite s’est préparée, avec le soutien international, à un coup d’État », a déclaré mercredi devant la presse le dirigeant socialiste de 59 ans, faisant allusion aux manifestants qui « ne laissent pas le dépouillement des bulletins de vote se faire ».

 

De nouveaux affrontements avec les forces de l’ordre ont eu lieu dans la soirée à La Paz et ailleurs en Bolivie et le feu a été mis au tribunal électoral départemental à Santa Cruz (Est), principale ville et locomotive économique du pays et bastion de l’opposition au gouvernement. Trois autres instances locales chargées de superviser les scrutins ont été incendiées depuis dimanche. « Je veux appeler le peuple bolivien à se mobiliser de manière pacifique et dans le cadre de la Constitution, pour défendre la démocratie », a encore dit Evo Morales, qui a décrété « un état d’urgence ».