En Bolivie, le président Morales compare la grève générale à un «coup d'État»

La décision de M. Morales de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre lors d’un référendum en 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l’opposition, qui estime que le régime pourrait tourner à l’autocratie en cas de nouvelle victoire . 
Photo: Jorge Bernal Agence France-Presse La décision de M. Morales de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre lors d’un référendum en 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l’opposition, qui estime que le régime pourrait tourner à l’autocratie en cas de nouvelle victoire . 

Le chef de l’État bolivien Evo Morales a dénoncé la grève générale déclenchée mercredi dans son pays à l’appel de l’opposition, la comparant à un « coup d’État », dans ses premières déclarations publiques depuis l’élection présidentielle de dimanche.

« Un processus de coup d’État est en cours. [...] La droite s’est préparée, avec le soutien international, à un coup d’État », a déclaré devant la presse le dirigeant socialiste, après le début d’un mouvement de débrayage à l’initiative d’organisations de la société civile proches de l’opposition.

« Jusqu’à présent, humblement, nous avons supporté [cela] pour éviter des violences. Nous n’avons pas été à la confrontation et nous n’entrerons pas dans une confrontation », a-t-il poursuivi.

« Mais je veux appeler le peuple bolivien à se mobiliser de manière pacifique et dans le cadre de la Constitution, pour défendre la démocratie », a encore dit Evo Morales, qui a décrété « un état d’urgence ».

« Comment se manifeste le coup d’État ? En ne laissant pas le dépouillement des bulletins de vote se faire, en incendiant des structures de l’Etat, comme les tribunaux électoraux départementaux, en menaçant les locaux de campagne [du parti au pouvoir] », a-t-il martelé.

« Je suis presque totalement sûr que, avec le vote des zones rurales, nous allons gagner au premier tour » la présidentielle, depuis laquelle le comptage des voix fait polémique.

Après de premiers résultats partiels, dimanche soir, laissant entrevoir un second tour inédit entre Evo Morales et le centriste Carlos Mesa, de nouveaux résultats diffusés lundi par l’autorité électorale avaient quasiment donné la victoire au chef de l’État sortant, suscitant dans l’opposition et parmi les observateurs internationaux des soupçons de fraudes.

Le coup d’envoi de la grève nationale a été donné mardi soir dans l’est du pays par Luis Fernando Camacho, président de l’influent Comité Pro-Santa Cruz, une organisation de la société civile établie à Santa Cruz, capitale économique du pays et bastion de l’opposition.

Il a donné jusqu’à mercredi midi aux autorités électorales pour confirmer qu’il y aurait un second tour.

En réponse, un groupe de syndicats ouvriers et paysans proches du pouvoir, la Conalcam, a enjoint à ses militants de défendre les résultats officiels et appelé à un rassemblement mercredi à La Paz qui devrait être une démonstration de force en soutien à M. Morales.

Signe du malaise entourant le dépouillement, le vice-président du Tribunal suprême électoral bolivien (TSE), Antonio Costas, a annoncé mardi sa démission en critiquant le système de décompte.

Mardi soir, de nouveaux incidents ont éclaté à La Paz, où des manifestants ont affronté la police à proximité de l’hôtel où se trouve l’autorité électorale. « Non, non, non, je n’ai pas envie de vivre dans une dictature, comme au Venezuela! », scandaient-ils, dressant des barricades.

« Inquiétude et surprise » 

Dès lundi, les observateurs de l’Organisation des États américains (OEA) ont fait part de leurs « profondes inquiétude et surprise face au changement radical et difficile à justifier concernant la tendance des résultats préliminaires ».

Mardi, tentant de donner de nouveaux gages de transparence, le gouvernement a proposé aux observateurs de l’OEA de mettre en place « au plus vite, une commission pour mener un audit de tout le processus de décompte officiel ». Une réunion sur la Bolivie est prévue mercredi à Washington, au siège de l’OEA.

« Nous n’allons pas reconnaître ces résultats qui font partie d’une fraude réalisée de manière honteuse et qui est en train de placer la société bolivienne dans une situation de tension inutile », a dénoncé lundi à Santa Cruz M. Mesa, qui exige un second tour.

Les États-Unis ont rejeté « la tentative du tribunal électoral de corrompre la démocratie bolivienne en retardant le dépouillement ».

L’Union européenne a fait part mardi de « graves préoccupations » et l’Espagne a appelé à la « transparence » et au « respect des processus ».

Pour la première fois, le TSE a pris la parole mardi pour se défendre. « Nous n’avons rien à cacher », a lancé la présidente Maria Eugenia Choque. « Il n’est pas possible de frauder », a ajouté Edgar Gonzales, un des magistrats du TSE, car « la population a accès aux procès-verbaux ».

La décision de M. Morales de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre lors d’un référendum en 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l’opposition, qui estime que le régime pourrait tourner à l’autocratie en cas de nouvelle victoire

La Bolivie s’enfonce dans la crise

Une grève générale a commencé mercredi en Bolivie, où de nouveaux incidents ont éclaté pour protester contre le dépouillement des bulletins de vote après la présidentielle de dimanche qui donne quasiment la victoire au président sortant, le socialiste Evo Morales, pour lequel ce mouvement est un « coup d’État ».

« Un processus de coup d’État est en cours […] la droite s’est préparée, avec le soutien international, à un coup d’État », a déclaré mercredi devant la presse le dirigeant socialiste de 59 ans, faisant allusion aux manifestants qui « ne laissent pas le dépouillement des bulletins de vote se faire ».

De nouveaux affrontements avec les forces de l’ordre ont eu lieu dans la soirée à La Paz et ailleurs en Bolivie et le feu a été mis au tribunal électoral départemental à Santa Cruz (Est), principale ville et locomotive économique du pays et bastion de l’opposition au gouvernement. Trois autres instances locales chargées de superviser les scrutins ont été incendiées depuis dimanche. « Je veux appeler le peuple bolivien à se mobiliser de manière pacifique et dans le cadre de la Constitution, pour défendre la démocratie », a encore dit Evo Morales, qui a décrété « un état d’urgence ».