L’ONU met fin à 15 ans de missions de paix en Haïti

En mars 2014, un soldat brésilien du contingent de maintien de la paix de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) patrouillant dans le bidonville de Cité Soleil à Port-au-Prince.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse En mars 2014, un soldat brésilien du contingent de maintien de la paix de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) patrouillant dans le bidonville de Cité Soleil à Port-au-Prince.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a mis fin mardi à 15 ans d’opérations de paix en Haïti, auxquelles va succéder une simple mission politique, en déplorant dans le même temps la grave crise politique, économique et sociale qui secoue ce pays.

Lors d’une réunion du Conseil consacrée à la diminution radicale de la présence de l’ONU dans le pays le plus pauvre du continent américain, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft, a salué « un jour historique » tout en notant l’impasse dans laquelle se trouve le pays.

« Nous appelons toutes les parties en Haïti à oeuvrer pacifiquement pour répondre aux défis économiques et sociaux auxquels fait face le pays », a-t-elle dit, en rappelant que les États-Unis étaient le premier donateur bilatéral avec 5,2 milliards de dollars d’aides depuis le séisme de 2010.

Le système a ses gardiens, ses héritiers et ses victimes

Tous les indicateurs sont actuellement au rouge en Haïti et dans un rapport publié mardi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, se montre particulièrement pessimiste. « La longue crise multidimensionnelle » qui touche Haïti « depuis juillet 2018 ne semble guère en passe d’être désamorcée ou résolue », a-t-il écrit. « J’exhorte tous les acteurs à mettre de côté leurs divergences et leurs intérêts particuliers et à oeuvrer de concert pour sortir le pays de cette situation de plus en plus inquiétante », a-t-il ajouté.

Haïti est dirigé par un gouvernement démissionnaire depuis des mois et des élections législatives prévues fin octobre ont été repoussées sine die. L’opposition, mais aussi plusieurs composantes de la société civile, multiplie les manifestations pour demander la démission du président Jovenel Moïse.

Celui-ci a affirmé mardi qu’il serait « irresponsable » de sa part de démissionner, alors que de larges manifestations se sont multipliées depuis fin août à travers le pays pour exiger son départ.

Le chef d’État haïtien a reconnu sa part de responsabilité dans la crise politique, mais a surtout blâmé « le système » comme responsable des difficultés de développement du pays. « Le système a ses gardiens, ses héritiers et ses victimes. […] Le système est une couleuvre à plusieurs têtes qui se régénère dans les transitions », a expliqué M. Moïse, évoquant les régimes de transition ayant suivi les chutes du dictateur Jean-Claude Duvalier en 1986 et du président Jean-Bertrand Aristide en 2004.

La colère populaire contre le président, décrié par les opposants les plus radicaux depuis son arrivée au pouvoir en février 2017, s’est accentuée fin août à la suite d’une pénurie de carburants généralisée à travers le pays.