Des milliers d'Équatoriens manifestent contre la hausse du prix de l’essence

Des manifestants ont affronté à la police antiémeute à Quito, lors des manifestations contre la décision du président équatorien Lénine Moreno de sabrer dans les subventions sur l'essence.
Photo: Rodrigo Buendia Agence France-Presse Des manifestants ont affronté à la police antiémeute à Quito, lors des manifestations contre la décision du président équatorien Lénine Moreno de sabrer dans les subventions sur l'essence.

Des violences ont éclaté mercredi entre manifestants et forces de l’ordre dans les rues de Quito, capitale quadrillée par la police, lors d’une grande manifestation contre la hausse du prix de l’essence décidée par le gouvernement.

Alors que le cortège principal, réunissant plusieurs milliers de protestataires, dont de nombreux indigènes, défilait dans le centre historique, des manifestants masqués ont affronté la police à coups de pierres et de cocktails molotov. Celle-ci a riposté en faisant usage de gaz lacrymogène, a constaté l’AFP.

Les fumées lacrymogènes se mêlant à celles des pneus incendiées par les protestataires ont envahi le centre-ville colonial, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Les manifestants exigent que le président Lenin Moreno rétablisse les subventions au carburant, supprimées après un accord conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de 4,2 milliards de dollars.

Depuis plusieurs jours, les indigènes, acteurs-clés de ce conflit, affluent vers la capitale depuis les différentes provinces du pays, à pied ou à bord de camionnettes, avec l’intention de faire plier le gouvernement.

« Nous voulons que ces mesures soient abolies pour que le peuple retrouve sa tranquillité », a déclaré à l’AFP César Garcia, 52 ans, un des dirigeants indigènes.

La capitale, où les cours ont été suspendus depuis plusieurs jours et où les transports publics se faisaient rares, tournait au ralenti.

En janvier 2000, de violentes manifestations indigènes auxquelles avaient participé les organisations indigènes dans un contexte de crise économique, avaient fait chuter le président Jamil Mahuad. Dans un passé récent, l’Équateur a connu une période d’instabilité, trois présidents ayant été renversés entre 1997 et 2005 à la suite de mouvements populaires.

Les incidents ont mis sous pression le gouvernement du président Lenin Moreno, un libéral de 66 ans arrivé au pouvoir sous la bannière socialiste. Il a ordonné mardi un couvre-feu nocturne autour des lieux de pouvoir.

M. Moreno, qui avait déplacé lundi le siège du gouvernement vers la capitale économique du pays, Guayaquil, avait déjà proclamé l’état d’urgence pendant 60 jours afin que les forces armées puissent rétablir l’ordre. Le couvre-feu aura la même durée.

Dans une tentative de désamorcer la situation, le chef de l’État a ouvert mardi la porte à une médiation des Nations unies et de l’Église catholique.

Occupation de champs pétroliers

« Il y a eu des rapprochements et nous avons parlé avec certains dirigeants » des manifestants, a déclaré mardi M. Moreno.

En face, la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (Conaie), principal organe représentatif des peuples autochtones du pays, a « décidé de poursuivre la mobilisation nationale contre les mesures économiques », selon son communiqué qui ne mentionne pas de contacts avec le gouvernement.

Le petit pays andin est secoué depuis début octobre par un mouvement social inédit depuis 2007, marqué par des blocages de routes et de puits pétroliers en Amazonie, des manifestations parfois violentes et des grèves.

L’occupation de plusieurs champs pétroliers par des manifestants a conduit les autorités à suspendre les opérations de son principal oléoduc, le Trans-Equatorian Oil Pipeline System (SOTE), paralysant le transport de 68 % de sa production.

L’Équateur, qui a annoncé la semaine dernière son retrait de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), a extrait quelque 531 000 barils par jour de pétrole brut entre janvier et juillet cette année.

Lenin Moreno a accusé son prédécesseur Rafael Correa (2007-2017), ex-allié devenu son adversaire politique, d’avoir « activé » un « plan de déstabilisation » avec l’aide du président vénézuélien Nicolas Maduro.

« S’il est nécessaire que je sois candidat, je le serai », a déclaré M. Correa à la presse à Bruxelles, où il vit depuis qu’il a quitté le pouvoir en 2017 à l’issue de son troisième mandat.

L’ex-dirigeant socialiste ne pouvant se présenter à un quatrième mandat présidentiel depuis une récente réforme, il a dit envisager une candidature de vice-président. L’ancien président équatorien, réclamé par la justice de son pays, a estimé que le gouvernement de Lenin Moreno tenterait « d’empêcher [s] a participation ». « Que vont-ils inventer ? Que je dois aller en prison ».

La décision du président Moreno de supprimer des subventions des carburants d’un montant total de 1,3 milliard de dollars (l’économie équatorienne est dollarisée) est entrée en vigueur jeudi. Cela a entraîné des hausses des prix des carburants allant jusqu’à 123 %. Le litre est ainsi passé en moyenne de 0,48 à 0,63 dollar, selon globalpetrolprices.com.