Donald Trump marque des points sur l’immigration

Une section du mur frontalier financé par le Pentagone est érigée le long de la rivière Colorado, le mardi 10 septembre 2019 à Yuma, en Arizona.
Photo: Matt York Associated Press Une section du mur frontalier financé par le Pentagone est érigée le long de la rivière Colorado, le mardi 10 septembre 2019 à Yuma, en Arizona.

Décisions favorables de la Cour suprême, tour de vis du Mexique à la frontière : Donald Trump marque des points précieux sur l’immigration, sujet politiquement difficile sur lequel il s’est longtemps cassé les dents.

Ces développements tombent à pic pour le président des États-Unis au moment où l’horizon économique américain s’assombrit et où, de l’Afghanistan à la Corée du Nord, ses initiatives diplomatiques capotent ou s’enlisent.

« De grandes victoires en justice sur la frontière ces derniers temps ! », s’est réjoui jeudi le milliardaire républicain.

Donald Trump le sait : s’il veut, comme en 2016, faire de la fermeté sur l’immigration un sujet central de sa campagne 2020, il a besoin de changements tangibles.

Pendant que le Congrès reste les bras croisés, le gouvernement Trump utilise tous les outils à sa disposition pour résoudre la crise à la frontière sud

Or, la décision de la haute cour sur le droit d’asile, annoncée jeudi soir et vivement dénoncée par les organisations de défense des droits de la personne, est forte. Son effet sera réel, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont concernées.

Concrètement, le gouvernement américain peut désormais refuser d’examiner une demande d’asile d’une personne qui n’en a pas déjà formulé une dans un pays tiers traversé durant son exil. Les migrants venus du Honduras, du Guatemala ou du Salvador devront ainsi formuler une demande au Mexique avant de pouvoir le faire aux États-Unis.

Ce jugement représente un tournant de taille dans la politique migratoire américaine qui autorisait depuis des décennies toute personne a déposer une demande quelle que soit la façon dont elle était arrivée sur le sol américain.

« ÉNORME victoire », a tweeté Ken Cuccinelli, directeur par intérim des services de l’immigration. « Pendant que le Congrès reste les bras croisés, le gouvernement Trump utilise tous les outils à sa disposition pour résoudre la crise à la frontière Sud ».

Même s’il ne s’agit que d’une décision temporaire, elle pourrait bien, de fait, rester en place jusqu’à l’élection présidentielle du 3 novembre 2020.

Pression sur le Mexique

Le Mexique, qui redoute de voir s’envoler le nombre de demandes d’asile, a exprimé son vif désaccord. « Nous avons une politique très différente au Mexique et nous n’allons pas la changer », a souligné le ministre des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard.

Autre source de satisfaction pour Donald Trump : la pression mise sur le Mexique a permis, selon ses termes, des « progrès incroyables réalisés à la frontière Sud ». Les échanges avec son homologue mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, sont désormais systématiquement qualifiés d’« excellents » par l’exécutif.

Menaces de tarifs douaniers à l’appui, il a de fait obtenu des Mexicains un durcissement des contrôles chez eux avec le déploiement de soldats à la frontière Sud — où arrivent la majorité des migrants — comme au Nord.

Reste le « mur magnifique » à la frontière, projet emblématique entre tous, promis le jour du lancement de sa campagne, le 16 juin 2015.

Cet édifice, dont la description et l’ampleur ont varié au fil des meetings, est, depuis son arrivée à la Maison-Blanche, une source de frustration quasi quotidienne pour l’ex-magnat de l’immobilier.

S’il reste à ce stade largement théorique, Donald Trump a pu trouver, ces derniers mois, quelques motifs de satisfaction.

Le Congrès refuse obstinément de débloquer des fonds. Il trouve des voies de contournement, va frapper à la porte du Pentagone.

Début septembre, le ministère de la Défense a débloqué 3,6 milliards de dollars US pour financer la construction de 280 km. Pour ce faire, il a décidé de « reporter » 127 projets de construction et de modernisation de locaux militaires aux États-Unis et à l’étranger prévus dans son budget 2019.

Sans surprise, les nominations à la Cour suprême de deux juges conservateurs — Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh — commencent par ailleurs à porter leurs fruits. Et cette bascule de la Cour dans le camp conservateur devrait assurer à Donald Trump d’autres bonnes nouvelles à venir.

Fin juillet, la haute cour lui a offert une autre victoire en autorisant l’utilisation de 2,5 milliards de dollars venus du Pentagone pour le mur. Cette décision a été obtenue à cinq voix contre quatre, selon une ligne de partage idéologique très nette.