Brésil: Jair Bolsonaro et la diplomatie de la terre brûlée

La dernière cible de Jair Bolsonaro en date? L’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet, qu’il a interpellé en se félicitant que le régime Pinochet ait liquidé des «communistes [comme] son père», mort en prison sous la torture en 1974.
Photo: Evaristo Sa Agence France-Presse La dernière cible de Jair Bolsonaro en date? L’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet, qu’il a interpellé en se félicitant que le régime Pinochet ait liquidé des «communistes [comme] son père», mort en prison sous la torture en 1974.

Il a offensé ou insulté des dirigeants de l’ONU, de la France, de l’Allemagne, de pays scandinaves : le président Jair Bolsonaro s’est lancé dans une politique de la terre brûlée jugée inquiétante pour les relations du Brésil avec le reste de la planète.

Le chef de l’État d’extrême droite s’est affranchi jusqu’à la grossièreté des codes internationaux de bonne conduite, autour de deux grands thèmes : la souveraineté du Brésil sur l’Amazonie et les droits de la personne.

Sur une infographie éloquente du quotidien Estado de São Paulo illustrant les « polémiques internationales de Jair Bolsonaro », 12 pays ou régions étaient récemment signalés, dans tous les continents hormis l’Asie-Pacifique.

Sa dernière cible en date : l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet, qu’il a interpellé en se félicitant que le régime du général Augusto Pinochet ait liquidé des « communistes [comme] son père », mort en prison sous la torture en 1974.

La Haute-Commissaire aux droits de la personne de l’ONU venait d’évoquer « un rétrécissement de l’espace démocratique » au Brésil.

En pleine crise franco-brésilienne sur les incendies en Amazonie, M. Bolsonaro a raillé le physique de la première dame Brigitte Macron, dans des propos jugés « extraordinairement irrespectueux » par Emmanuel Macron.

Il a laissé un ministre traiter de « crétin opportuniste » le président français et un autre, celui de l’Économie Paulo Guedes, asséner que Mme Macron était « vraiment moche ». Une rhétorique incendiaire et vulgaire qui ne semble plus connaître ni filtres ni limites et fait honte à nombre de Brésiliens, soulignent les commentateurs.

À la chancelière allemande Angela Merkel qui suspendait ses subventions à un fonds de préservation de l’Amazonie, Jair Bolsonaro a conseillé de « reboiser l’Allemagne ». À Oslo, qui a fait de même, il a répliqué en diffusant des vidéos de « la mise à mort de baleines parrainée par la Norvège » (tournées en fait au Danemark).

Il ne va pas changer de comportement. Les dirigeants étrangers vont devoir faire avec pendant toute sa présidence.

Des relations déjà sabordées

En Amérique latine, son apologie de la dictature de Pinochet a choqué le Chili.

Quant à l’Argentine, grand partenaire commercial, Jair Bolsonaro a déjà sabordé les relations avec le probable futur président Alberto Fernandez, en estimant que « l’Argentine se rapproche [...] du chaos ». Ce dernier l’a accusé en retour d’être « raciste, misogyne et violent ».

« D’un point de vue diplomatique, le style [de Jair Bolsonaro], la manière dont il s’exprime, c’est un désastre », dit Christian Lohbauer, un expert en relations internationales de l’Université de São Paulo (USP).

« On ne gère pas les relations internationales en organisant [...] des concours d’insultes », a ainsi estimé dimanche le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, auquel M. Bolsonaro avait fait l’affront d’aller chez le coiffeur au moment prévu de leur rencontre, fin juillet à Brasilia.

Pourquoi tant d’outrances ? « C’est inédit, mais ce serait une erreur de dire que ce gouvernement est fou ou irrationnel, [ses membres] savent ce qu’ils font », estime Monica Herz, une professeure associée en relations internationales à l’Université PUC de Rio.

Jair Bolsonaro a « un projet politique très extrémiste de droite », qui est « dangereux, et pas seulement au Brésil », dit-elle. Il « ne parle qu’aux 30 % de Brésiliens qui penchent très fortement vers l’extrême droite ».

Avec les récentes polémiques, l’ex-militaire a joué sur la fibre nationaliste pour tenter de remobiliser sa base électorale, à l’heure où seuls 41 % des Brésiliens approuvent son action.

M. Bolsonaro partage avec le président américain Donald Trump « un style non civilisé, mal élevé », mais « bien sûr M. Trump a plus de pouvoir que lui », relève M. Lohbauer.

L’économie brésilienne, déjà chancelante, est menacée de boycottages potentiellement catastrophiques si l’Amazonie est pillée : exportations de viande, de cuir ou de soja. L’accord de libre-échange UE-Mercosur est loin d’être formalisé.

Impact à long terme

La posture belliqueuse du gouvernement « aura un impact à long terme », au-delà de la présidence de Bolsonaro, prédit Mme Herz. « En termes de prestige et de légitimité, [le Brésil va] payer un prix très, très élevé » et aura notamment plus de mal à se faire entendre dans les négociations multilatérales et bilatérales.

Fin septembre, les dirigeants mondiaux vont suivre avec intérêt le discours inaugural de Jair Bolsonaro devant l’Assemblée générale de l’ONU. Il parlera de l’Amazonie, avec « patriotisme ».

« Quand 57 millions de Brésiliens ont voté pour lui, ils savaient à quoi s’attendre », dit M. Lohbauer au sujet de l’ex-député célèbre pour ses provocations.

« Il ne va pas changer de comportement. Les dirigeants étrangers vont devoir faire avec pendant toute sa présidence », prédit-il.