Vers un retour de la lutte armée en Colombie?

Le haut-commissaire du gouvernement colombien pour la paix, Miguel Ceballos, réagissant en point de presse jeudi à l’annonce d’un groupe de dissidents FARC
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le haut-commissaire du gouvernement colombien pour la paix, Miguel Ceballos, réagissant en point de presse jeudi à l’annonce d’un groupe de dissidents FARC

D’anciens chefs de la guérilla des FARC, qui se sont marginalisés du processus de paix en Colombie, ont réapparu jeudi en treillis et munis de fusils pour annoncer la reprise de la lutte armée, dénonçant « la trahison » par l’État du pacte de 2016.

« Nous annonçons au monde que le deuxième Marquetalia (berceau de la rébellion marxiste en 1964) a commencé, au nom du droit universel des peuples à se lever en armes face à l’oppression », a affirmé l’ex-numéro deux des FARC, Ivan Marquez, dans une vidéo de 32 minutes diffusée sur YouTube.

Le président colombien Iván Duque, qui a tenté de modifier l’accord de paix selon lui trop laxiste envers les anciens guérilleros, a réagi en annonçant une offensive. « J’ai ordonné la création d’une unité spéciale afin de poursuivre ces criminels avec des capacités renforcées de renseignement, d’enquête et de mobilité sur tout le territoire colombien », a-t-il déclaré, du palais présidentiel Casa Nariño à Bogota.

Dans la vidéo, Ivan Marquez apparaît avec d’autres anciens chefs rebelles, également retournés à la clandestinité, dont son bras droit, Jesus Santrich. Ils sont entourés de 17 hommes et femmes équipés de fusils, devant le sigle FARC-EP (Forces armées révolutionnaires de Colombie — Armée du peuple).

Il y annonce « la poursuite des opérations de guérilla en réponse à la trahison par l’État des accords de paix de la Havane » qui ont permis le désarmement de quelque 7000 combattants des FARC, transformées depuis en parti politique sous le nom de Force alternative révolutionnaire commune.

Revers

L’ONU, qui supervise l’application du pacte, a condamné cette annonce, mais souligné qu’il s’agissait d'« un groupe réduit d’ex-combattants » et que l’« immense majorité des hommes et des femmes » de l’ex-guérilla continuaient d’être « engagés en faveur de la paix ».

Il s’agit cependant d’un revers pour le processus de paix et pour M. Duque, par ailleurs déterminé à évincer du pouvoir son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, qui fin juillet avait déclaré qu’Ivan Marquez et Jesus Santrich étaient « bienvenus au Venezuela » voisin.

Le haut-commissaire du gouvernement pour la paix, Miguel Ceballos, avait précédemment qualifié l’annonce de « très préoccupante », mais pas surprenante. « Il n’y a aucune surprise pour le gouvernement. Malheureusement, ces personnes avaient, par leur comportement, déjà clairement exprimé qu’elles tournaient le dos à l’accord de paix », a-t-il dit.

Ivan Marquez était le chef de la délégation des rebelles aux négociations de paix menées pendant quatre ans à Cuba avec le gouvernement du président centriste de Juan Manuel Santos (2010-2018).

Outre Jesus Santrich, recherché pour trafic de drogue présumé et passé à la clandestinité il y a trois mois, apparaît aussi l’ancien commandant Hernán Darío Velásquez, alias El Paisa.

Ivan Marquez précise que le nouveau groupe coordonnera ses « efforts avec la guérilla de l’ELN et avec ces camarades qui n’ont pas replié leurs drapeaux ».

Ligne dure

L’Armée de libération nationale (ELN), la dernière guérilla active en Colombie, s’est renforcée ces dernières années, passant de 1800 à environ 2300 combattants, selon les autorités.

Des pourparlers de paix, entamés pendant l’année 2017, ont été enterrés par le gouvernement actuel, à la suite notamment d’un attentat contre l’école de police de Bogota revendiqué par l’ELN et qui a fait 22 morts en janvier dernier.

Les groupes dissidents des FARC comptent aussi quelque 2300 combattants, qui se consacrent surtout au trafic de drogue et à l’exploitation minière clandestine, selon les services de renseignement militaires.

Le chef du parti FARC, Rodrigo Londoño, alias Timochenko, a dénoncé un « coup bas », mais estimé que « la grande majorité des gens restent dans le processus » de paix.