Le Brésil ouvre une porte timide à l’aide internationale

Mardi, près de 2500 hommes et une quinzaine d’avions étaient toujours mobilisés pour combattre l’ensemble des foyers d’incendie en Amazonie.
Photo: Lula Sampaio Agence France-Presse Mardi, près de 2500 hommes et une quinzaine d’avions étaient toujours mobilisés pour combattre l’ensemble des foyers d’incendie en Amazonie.

Il a dit : non. Il dit maintenant : oui, mais… Le président du Brésil, Jair Bolsonaro, s’est montré ouvert mardi à accepter l’aide internationale de 20 millions de dollars des membres du G7 pour combattre les feux de forêt en Amazonie, d’abord à condition que le président français, Emmanuel Macron, retire ses « insultes » à son endroit, puis à condition qu’elle « n’aille pas à l’encontre de la souveraineté brésilienne » et que la gestion des fonds soit sous la responsabilité du Brésil.

La rhétorique belliqueuse vient entretenir la tension entre le Brésil et la France, mais chercherait également à entretenir une inertie par rapport aux incendies de forêt, dont le dirigeant actuel brésilien souhaite tirer profit.

« Les politiques environnementales de Jair Bolsonaro sont mauvaises et catastrophiques, entre autres pour l’habitat de centaines de communautés autochtones de l’Amazonie, résume à l’autre bout du fil l’éthicienne de l’environnement et professeure de philosophie de l’Université Laval Marie-Hélène Parizeau. Ces incendies jouent le jeu du président, qui veut les déloger pour coloniser par la suite les terres brûlées. C’est la stratégie utilisée depuis toujours. »

Les politiques environnementales de Jair Bolsonaro sont mauvaises et catastrophiques, entre autres pour l’habitat de centaines de communautés autochtones de l’Amazonie

Après un refus catégorique de l’aide du G7 annoncé lundi soir par la présidence brésilienne, M. Bolsonaro a ouvert timidement la porte mardi tout en jetant de l’huile sur le feu dans ses relations tendues avec la France, pays hôte du sommet du G7 à l’origine de cette initiative.

« Monsieur Macron doit retirer les insultes qu’il a proférées contre ma personne », a-t-il lancé avant une rencontre avec les neuf gouverneurs d’État d’Amazonie touchés par une vague d’incendies. Depuis dimanche, 1659 nouveaux départs de feu ont été recensés au Brésil par l’Institut national de recherche spatiale (INPE), dont plus de la moitié en Amazonie. Ces feux de forêt touchent également durement la Bolivie, près de la frontière avec le Paraguay et le Brésil.

De l’huile sur le feu

« D’abord, il m’a traité de menteur et, ensuite, d’après mes informations, il a dit que notre souveraineté sur l’Amazonie était une question ouverte », a dit l’ex-capitaine de l’armée et climatosceptique notoire pour qui la souveraineté du Brésil sur ses 60 % d’Amazonie n’est pas négociable.

Les gouverneurs ont soutenu mardi le président sur la question de la souveraineté, mais ont réclamé l’aide internationale pour l’Amazonie.

« En matière environnementale, il est très compliqué de dépasser la souveraineté des États, y compris dans des situations d’urgence, dit Mme Parizeau. L’intervention du G7 est perçue par le Brésil comme une ingérence, sans doute avec raison, puisque le droit d’ingérence environnemental n’existe pas dans le droit international. Il serait d’ailleurs très compliqué à mettre en place. » Selon elle, les membres du G7 auraient pu éviter ces flambées verbales et ces échanges non diplomatiques en passant par les instances habituelles, comme les Nations unies, pour offrir leur aide au Brésil, évitant ainsi les accusations de « colonialisme » que M. Bolsonaro a jeté lundi au visage du président français.

Sur Twitter, le chef de l’État brésilien s’est voulu par ailleurs rassurant en martelant que son pays combattait « les feux de forêt avec beaucoup de succès ». « Le Brésil est et sera toujours une référence internationale en matière de développement durable. La campagne de désinformation à l’encontre de notre souveraineté ne va pas fonctionner », a-t-il écrit en réponse à un message d’appui adressé par Donald Trump. « [M. Bolsonaro] travaille très dur sur les feux en Amazonie et, à tous les égards, fait un très bon boulot pour le peuple brésilien », a assuré le président américain sur le même réseau.

Mardi, près de 2500 hommes et une quinzaine d’avions, dont deux bombardiers d’eau C-130 Hercules, étaient toujours mobilisés pour combattre l’ensemble des foyers d’incendie en Amazonie. Même si le Québec s’est dit prêt à offrir son aide au Brésil dans ce combat contre le feu, par l’entremise de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), actuellement aucune demande officielle du Brésil n’a été adressée au Canada, a indiqué au Devoir la direction du Centre interservices des feux de forêt du Canada, par qui cette demande doit obligatoirement passer.

Depuis les sept premiers mois, les incendies ont détruit 18 600 km2 de forêt amazonienne au Brésil, selon l’INPE.

L’aide d’urgence du G7 a été saluée mardi par le président bolivien, Evo Morales, qui a toutefois qualifié la contribution de « toute petite ». « Ce n’est pas de l’aide, cela fait partie d’une coresponsabilité partagée, car tous les peuples ont l’obligation » de préserver l’environnement, a-t-il déclaré dans une entrevue accordée à la radio Panamericana. Selon lui, les pays les plus industrialisés de la planète, dont les sept principaux se sont réunis pendant deux jours en France au sommet du G7, « doivent apporter une grande contribution, et pas seulement quand il y a des incendies ».

Avec l’Agence France-Presse