Trump critique le Danemark, qui joue l’apaisement après son refus de vendre le Groenland

En fin de semaine dernière, la presse américaine avait révélé que Donald Trump s’était renseigné sur la possibilité pour les États-Unis d’acheter le Groenland, qu'il considère comme «grosse transaction immobilière», «stratégiquement intéressante».
Photo: Alex Brandon Associated Press En fin de semaine dernière, la presse américaine avait révélé que Donald Trump s’était renseigné sur la possibilité pour les États-Unis d’acheter le Groenland, qu'il considère comme «grosse transaction immobilière», «stratégiquement intéressante».

Si le Danemark a joué l’apaisement mercredi, Donald Trump, visiblement vexé, a justifié l’annulation de sa visite dans le pays scandinave par le ton « méchant » des propos de la première ministre danoise et le refus de Copenhague de vendre le Groenland aux États-Unis.

« La déclaration de la première [ministre] selon laquelle c’était une idée absurde » d’acheter le Groenland « était méchante » (« nasty »), a tonné le président américain, interrogé par les journalistes, alors que Mette Frederiksen avait assuré plus tôt qu’il n’y avait « pas de crise » entre Copenhague et Washington.

« Tout ce qu’elle avait à faire était de dire “non, nous ne serons pas intéressés” » par l’idée de vendre le Groenland, a poursuivi l’ancien homme d’affaires new-yorkais.

« Elle ne s’adresse pas à moi, elle s’adresse aux États-Unis d’Amérique. On ne parle pas de cette façon aux États-Unis », a averti M. Trump, rappelant que le président Truman, au milieu de 20e siècle, s’était intéressé également à cette immense île de l’Arctique.

En déplacement au Groenland, territoire autonome rattaché au Danemark, la première ministre danoise Mette Frederiksen avait qualifié d’« absurde » la proposition d’achat du président américain. Copenhague, avait-elle rappelé en substance, n’a pas même le pouvoir de vendre cette entité bénéficiant d’une large autonomie.

Le milliardaire républicain avait annoncé dans une salve de tweets mardi soir l’annulation de sa rencontre avec la première ministre danoise et de sa visite dans le pays, visiblement vexé par le manque d’intérêt de Mette Frederiksen pour discuter du sujet.

« Le Danemark est un pays très spécial avec des gens incroyables, mais étant donné les commentaires de la première ministre Mette Frederiksen, selon lesquels elle n’aurait aucun intérêt à discuter de l’achat du Groenland, je vais remettre notre rencontre prévue dans deux semaines à un autre moment », a tweeté M. Trump.

   

Cette annonce intervient dans une séquence diplomatique importante pour le dirigeant américain qui doit bientôt s’envoler pour la France, où il assistera au sommet du G7 à Biarritz, du 24 au 26 août.

Aux côtés des autres leaders des grandes puissances mondiales, il pourrait encore jouer les trouble-fêtes, tant les sujets de discorde se multiplient entre les États-Unis et leurs alliés traditionnels.

Stupéfaction à Copenhague

À Copenhague, la reine Margrethe, à l’origine de l’invitation, a exprimé sa « surprise », dans un commentaire écrit transmis à la chaîne de télévision publique DR.

Et l’ensemble de la classe politique du pays scandinave a exprimé sa stupéfaction.

« La réalité transcende la fiction [...], cet homme est imprévisible », a tweeté Morten Østergaard, chef de la gauche radicale et membre de la majorité parlementaire.

En fin de semaine dernière, la presse américaine avait révélé que Donald Trump s’était renseigné sur la possibilité pour les États-Unis d’acheter le Groenland, immense territoire de quelque 56 000 habitants.

M. Trump avait ensuite confirmé son intérêt pour l’île glacée de l’Arctique, déclenchant une salve de réactions mi-indignées mi-amusées au Groenland et au Danemark.

Mais l’annulation impromptue de sa visite au Danemark prévue les 2 et 3 septembre montre, une nouvelle fois, la capacité du 45e président américain à casser les codes de la diplomatie traditionnelle.

Pour le politologue Marc Jacobsen, spécialiste du Groenland à l’université de Copenhague, Donald Trump se comporte en « maître colonial ignorant ».

« L’idée de Donald Trump d’acheter le Groenland est absurde et l’annulation de sa visite d’État au Danemark est tout aussi absurde alors qu’il sait qu’il n’y a aucune chance que le Groenland devienne le 51e État américain », a-t-il dit à l’AFP.

Importance géopolitique

Le week-end dernier, Donald Trump avait qualifié ce potentiel achat de « grosse transaction immobilière », qui serait « stratégiquement intéressante ».

Le Groenland est une gigantesque île arctique. Ses ressources naturelles (pétrole, gaz, or, diamant, uranium, zinc, plomb) et le réchauffement climatique qui ouvre de nouvelles voies maritimes entre Pacifique et Atlantique et entre Europe et Asie attisent les convoitises, notamment des États-Unis, de la Chine et de la Russie.

Dans ce contexte, « l’objectif ultime de Trump n’est pas d’acquérir le Groenland, mais au moins de nouveaux territoires, ou parcelles de territoire » dans l’Arctique, analyse Mikaa Mered, professeur de géopolitique des pôles à l’Institut libre des relations internationales (ILERI) de Paris.

Face aux ambitions de Pékin dans la région, Washington pourrait par exemple « avoir jeté son dévolu » sur la base navale de Grønnedal, dans le sud du Groenland, base que les Danois avaient renoncé à vendre fin 2017 parce que les seuls acheteurs déclarés étaient chinois, selon le chercheur.