Venezuela: Maduro suspend le dialogue avec l’opposition après les sanctions américaines

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro
Photo: Francisco Batista / Présidence vénézuélienne / Agence France-Presse Le président vénézuélien, Nicolas Maduro

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a suspendu mercredi le dialogue qu’il a engagé avec l’opposition en vue d’une sortie de crise, en réponse aux nouvelles sanctions économiques prises par les États-Unis contre Caracas.

« Bien que la délégation de l’opposition désignée par le député Juan Guaidó se trouve déjà à La Barbade pour la session de discussions prévue pour cette semaine, le président Nicolas Maduro a décidé de ne pas envoyer la délégation vénézuélienne à cette occasion, en raison l’agression grave et brutale perpétrée de manière continuelle et retorse par l’administration Trump contre le Venezuela », annonce un communiqué officiel.

Le gouvernement affirme néanmoins qu’il ne quitte pas la table des négociations : « Le Venezuela se prépare à revoir les mécanismes de ce processus afin qu’ils s’accordent avec les intérêts de notre peuple ».

Après des contacts exploratoires et une première rencontre à la mi-mai à Oslo, les discussions entre les deux camps avaient repris à La Barbade le 8 juillet. Les délégations devaient se retrouver sur l’île caribéenne pour de nouveaux pourparlers jeudi et vendredi, toujours sous l’égide de la Norvège.

« Nous sommes en contact avec [les parties] concernant des rencontres à venir », a commenté Dag Nylander, chef de l’équipe de « facilitateurs ». Les efforts norvégiens « continuent aussi longtemps que le souhaitent les parties et qu’il y a des perspectives réalistes d’une solution au profit du peuple vénézuélien », a indiqué le diplomate dans un courriel à l’AFP.

La décision du dirigeant socialiste intervient au surlendemain de l’annonce par la Maison-Blanche que le président Donald Trump avait ordonné un gel total des biens aux États-Unis du gouvernement vénézuélien de Nicolas Maduro, que Washington souhaite voir quitter le pouvoir.

La Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Michelle Bachelet s’est dite jeudi « profondément préoccupée » de l’impact « potentiellement sévère » de ses « sanctions unilatérales ».

« Les sanctions sont extrêmement larges et ne contiennent pas suffisamment de mesures pour atténuer leur impact sur les couches les plus vulnérables de la population », a-t-elle affirmé dans un communiqué.

« Stratégie »

Dans un entretien téléphonique mercredi avec la chaîne de télévision publique VTV, le président vénézuélien, soulignant que l’opposition avait applaudi les nouvelles sanctions américaines, a conclu ne pas pouvoir négocier dans ces conditions.

Le chef de l’opposition Juan Guaidó, qui s’est déclaré président par intérim du Venezuela en janvier et a été reconnu par plus d’une cinquantaine de pays, dont les États-Unis, s’est félicité mardi du gel décidé par Washington à l’encontre des biens du gouvernement.

Il a estimé sur Twitter que la mesure visait à « protéger les Vénézuéliens » et a une nouvelle fois accusé M. Maduro d’usurper le pouvoir, rappelant que l’opposition considère comme entachée de fraude l’élection qui lui a offert un nouveau mandat.

Mercredi, il a assuré que les sanctions allaient frapper les dirigeants chavistes et non pas les citoyens. « Elles sont dirigées contre le régime, contre Maduro », a-t-il déclaré. « Il y a une stratégie nationale et internationale, dirigée par le Venezuela, pour mettre fin à la souffrance de notre peuple ».

Au lendemain de l’annonce du gel de ses biens aux États-Unis, dernière en date d’une série de sanctions américaines qui inclut un embargo pétrolier, Caracas avait accusé Washington de « terrorisme économique » et de chercher à provoquer une rupture du dialogue avec l’opposition.

Mercredi, au moment où des milliers de partisans de Nicolas Maduro défilaient à Caracas pour dénoncer les sanctions américaines, le ministre vénézuélien de la Défense, le général Vladimir Padrino demandait que la justice punisse les partisans des mesures prises par l’administration Trump.

« L’impunité, ça suffit ! », a écrit le ministre sur Twitter. « Ceux qui ont commencé le ‘jeu’de demander des sanctions contre la nation […] avec des buts politiques minables doivent être punis par la loi ».

Depuis La Barbade, où elle est arrivée, la délégation de l’opposition a répété qu’elle souhaitait la tenue d’élections libres et « la fin de la corruption, de la pauvreté et des violations des droits humains » au Venezuela.

Sous la présidence de M. Maduro, héritier du président Hugo Chavez (1999-2013), le Venezuela s’est enfoncé dans la plus grave crise économique, sociale et politique de son histoire moderne. Quelque 3,3 millions de Vénézuéliens se sont exilés depuis 2015, selon l’ONU.