Les soutiens de l’opposant Juan Guaidó réunis à Lima

Le désenchantement gagne les partisans de Juan Guaidó (en blanc), autoproclamé président du Venezuela par intérim le 23 janvier. 
Photo: Leonardo Alvarez Agence France-Presse Le désenchantement gagne les partisans de Juan Guaidó (en blanc), autoproclamé président du Venezuela par intérim le 23 janvier. 

Une soixantaine de pays étaient réunis mardi à Lima pour soutenir l'opposant vénézuélien Juan Guaidó dans son bras de fer avec le président Nicolas Maduro, au moment où Washington accentue la pression sur Caracas.

Ces nouvelles initiatives interviennent alors que les mesures prises depuis le début de l'année pour soutenir les adversaires de Nicolas Maduro n'ont pas eu de résultat décisif. Dans le même temps, le désenchantement gagne les partisans de Juan Guaidó, autoproclamé président par intérim le 23 janvier. 

Les États-Unis, suivis par une cinquantaine de pays, ont été les premiers à reconnaître le chef de file de l'opposition. Washington et l'Union européenne ont multiplié depuis les sanctions contre les dirigeants vénézuéliens. 

«Je vous invite à renouveler notre soutien au président Juan Guaidó», a déclaré le chef de la diplomatie péruvienne Néstor Popolizio en ouverture de cette conférence convoquée par le Groupe de Lima, composé d'une douzaine de pays latino-américains et du Canada.

Outre la délégation américaine de haut rang, menée par le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, et le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, participent à la réunion des délégués du Vatican, de France, d'Allemagne, du Royaume-Uni, d'Australie, de Corée du Sud, d'Israël, des Émirats arabes unis, d'Afrique du Sud et de 18 pays latino-américains.

En revanche, les soutiens de Nicolas Maduro, de la Chine à la Russie, en passant par Cuba et la Turquie, ont décliné l'invitation.

Washington hausse le ton

Cette conférence se déroule au lendemain d'un net durcissement des sanctions américaines contre Caracas. 

Donald Trump a ordonné un gel total des biens aux États-Unis du gouvernement vénézuélien, a fait savoir lundi soir la Maison-Blanche, qui a indiqué que toute transaction avec les autorités vénézuéliennes était également interdite. 

Ces mesures « autorisent le gouvernement américain à identifier, à cibler et à imposer des sanctions à toute personne qui continue à soutenir le régime illégitime de Nicolas Maduro », a souligné John Bolton lors de son discours à Lima, faisant allusion notamment à Moscou et à Pékin. 

« C'est la première fois en 30 ans que nous imposons un gel des avoirs contre un gouvernement dans cet hémisphère », a-t-il ajouté, expliquant que le Venezuela était désormais au même niveau que des pays comme la Corée du Nord, l'Iran, la Syrie et Cuba.

Quasiment au même moment, la Maison-Blanche annonçait dans un communiqué que les États-Unis utiliseraient « tous les outils adaptés » pour mettre fin à la « dictature » de Nicolas Maduro au Venezuela.

En réaction, Caracas a accusé Washington de « terrorisme économique » et de chercher à provoquer une rupture du dialogue entre représentants du gouvernement et de l'opposition, qui se déroule depuis début juillet à La Barbade sous médiation de la Norvège. 

Devant la presse lundi à Lima, John Bolton avait exprimé son scepticisme sur l'issue de ces négociations.

Mais le gouvernement de Nicolas Maduro « ne permettra pas que cette escalade tendancieuse d'agressions affecte » les pourparlers qui se tiennent sur l'île caribéenne, a-t-il annoncé. Juan Guaidó a confirmé que le dialogue « continuait ».

Selon le gouvernement norvégien, les délégués des deux camps se sont engagés à trouver une solution « constitutionnelle » à la crise vénézuélienne. La plateforme de dialogue travaille « de manière continue», indique le dernier communiqué d'Oslo daté de vendredi, sans préciser la date de la prochaine réunion. 

« Terrorisme économique »

De son côté, la diplomatie russe, citée par l'agence de presse Ria Novosti, a également dénoncé mardi le « terrorisme économique » que représente le gel des avoirs vénézuéliens aux États-Unis, qui n'a « aucune base légale ».

« Le gouvernement des États-Unis, frustré par le courage et la résistance de la révolution bolivarienne, a désormais recours, de manière lâche, à un gel des avoirs vénézuéliens. C'est un vol et un acharnement que nous ne pouvons pas tolérer. Nous sommes solidaires avec Nicolas Maduro et le peuple vénézuélien», a réagi le président cubain, Miguel Diaz-Canel, sur Twitter.

Sous la présidence de M. Maduro, héritier du président Hugo Chavez (1999-2013), le Venezuela s'est enfoncé dans la plus grave crise économique, sociale et politique de son histoire moderne. Quelque 3,3 millions de Vénézuéliens se sont exilés depuis 2015, selon l'ONU.