Michelle Bachelet accueillie par des appels à l’aide des Vénézuéliens

Quelque 300 manifestants étaient rassemblés devant l’antenne vénézuélienne du Programme des Nations unies pour le développement, où Mme Bachelet s’est rendue dans la matinée, pour faire entendre leur cause.
Photo: Cristian Hernandez Agence France-Presse Quelque 300 manifestants étaient rassemblés devant l’antenne vénézuélienne du Programme des Nations unies pour le développement, où Mme Bachelet s’est rendue dans la matinée, pour faire entendre leur cause.

Plusieurs centaines de Vénézuéliens manifestaient jeudi à Caracas pour attirer l’attention de la haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, sur la situation de l’économie et des droits de la personne, au deuxième jour de sa visite dans un Venezuela sinistré par la crise.

L’ancienne présidente du Chili, arrivée mercredi à Caracas, n’a fait pour l’heure aucune déclaration publique, si ce n’est un tweet dans lequel elle affirme vouloir « travailler avec tous les acteurs pour promouvoir et protéger tous les droits de la personne pour tous les Vénézuéliens ».

Michelle Bachelet se trouve dans un pays embourbé dans la pire récession de son histoire récente, doublée d’une impasse politique qui met aux prises le président socialiste Nicolás Maduro et Juan Guaidó, qu’une cinquantaine de pays reconnaissent comme président par intérim.

Accusant Nicolás Maduro de « violations des droits de l’homme », l’opposant de centre droit et les défenseurs des droits de la personne attendent beaucoup de la visite de Michelle Bachelet.

À l’image des 300 manifestants rassemblés devant l’antenne vénézuélienne du Programme des Nations unies pour le développement, où Mme Bachelet s’est rendue dans la matinée.

700
Il s’agit du nombre de personnes emprisonnées sont pour des «motifs politiques» au Venezuela, selon l’ONG Foro Penal.

« Liberté ! Liberté ! » ont-ils scandé pour dénoncer « les abus et les violations des droits de la personne » dont le gouvernement vénézuélien est coupable, selon eux.

« J’espère que cette visite sera une chance pour les prisonniers politiques. Mon fils s’est battu pour que le pays change », a déclaré à l’AFP Laudelina Romero, dont le fils Gabriel est détenu pour avoir participé à l’assaut raté d’une caserne en 2017.

Le pouvoir vénézuélien, qui se réclame de l’ancien président Hugo Chavez (1999-2013), nie l’existence de prisonniers politiques. Mais l’ONG Foro Penal estime que près de 700 personnes sont emprisonnées pour des « motifs politiques ».

Le président de Foro Penal, Alfredo Romero, a indiqué à des journalistes qu’il devait s’entretenir avec Mme Bachelet jeudi et qu’il serait accompagné de proches et de victimes de violations des droits de la personne.

« Aller mieux »

Nicolás Maduro a dit mercredi soir espérer que les « recommandations » de Michelle Bachelet, qui prépare un rapport sur le Venezuela, permettraient au Venezuela d’« aller mieux ».

Son ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, a affirmé la volonté du gouvernement de travailler avec elle pour « corriger ce qui doit être corrigé [...] afin de préserver les droits de la personne des Vénézuéliens ».

Juan Guaidó a, lui, appelé à une manifestation vendredi dans Caracas pour « donner de la visibilité » aux problèmes des Vénézuéliens.

Dans la matinée de jeudi, la haute-commissaire a eu des entretiens avec le général Vladimir Padrino, ministre de la Défense, signe du poids prépondérant de l’armée dans l’équilibre du pouvoir au Venezuela, pays qui traverse la pire crise de son histoire récente.

L’hyperinflation devrait atteindre 10 000 000 % cette année, selon le FMI. L’ONU estime qu’un quart de la population, soit sept millions de personnes, a besoin d’une aide humanitaire d’urgence.

Appels à l’aide

Profitant de la présence de Michelle Bachelet, des employés d’hôpitaux publics ont aussi battu le pavé.

« Les hôpitaux ont besoin d’aide humanitaire. La situation est critique », a déclaré à des journalistes Silvia Bolivar, déléguée syndicale d’une maternité, qui manifestait avec une dizaine d’autres employés.

« Nous n’avons même pas de quoi faire le ménage ou assurer la qualité de vie des patients », a-t-elle ajouté.

Plus loin, face au siège de la vice-présidence vénézuélienne, quelque 300 anciens employés de la compagnie pétrolière publique PDVSA ont donné de la voix pour exiger le paiement de leurs salaires en retard.

Le gouvernement « nous laisse mourir dans l’indifférence. On mange ce qu’on trouve dans la rue. On prend ce qu’on trouve dans les poubelles pour survivre », a expliqué l’un d’eux, José Gregorio May, à l’AFPTV.

Le pétrole fournit 96 % des revenus du Venezuela, mais les infrastructures manquent cruellement de maintenance et les États-Unis ont décrété un embargo sur le brut vénézuélien depuis fin avril. Depuis plus d’un mois, de nombreuses régions font face à une très grave pénurie d’essence.