Menacé de droits de douane, Mexico tente d’amadouer Washington

La veille, les autorités mexicaines avaient stoppé environ 1 200 migrants qui venaient d’entrer au Mexique depuis le Guatemala.
Photo: Pedro Pardo Agence France-Presse La veille, les autorités mexicaines avaient stoppé environ 1 200 migrants qui venaient d’entrer au Mexique depuis le Guatemala.

Tentant d’échapper à la menace américaine de droits de douane sanctionnant son laxisme présumé face aux migrants entrant aux Etats-Unis, le Mexique a annoncé jeudi déployer 6 000 hommes pour empêcher les clandestins de transiter sur son territoire. 

Cette mesure, confirmée à Washington par le chef de la diplomatie mexicaine Marcelo Ebrard, est venue s’ajouter à d’autres gestes destinés à amadouer le président américain Donald Trump. Parmi ceux-ci, les autorités mexicaines ont décrété le gel des comptes bancaires de 26 passeurs présumés de clandestins, le renvoi d’une centaine de Honduriens dans leur pays et l’arrestation de militants des droits des migrants. La veille, elles avaient stoppé environ 1 200 migrants qui venaient d’entrer au Mexique depuis le Guatemala.

M. Trump accuse Mexico de ne rien faire ou presque pour entraver le passage sur son sol des Centraméricains qui, se déplaçant en groupes importants, finissent par pénétrer clandestinement aux Etats-Unis pour y demander l’asile. M. Ebrard, dépêché dans la capitale fédérale américaine, a pour mission de faire fléchir sur les taxes douanières la Maison Blanche, qui affiche son intransigeance. Le ministre a précisé que 6.000 gardes nationaux seraient «déployés» à la frontière sud du Mexique. Dans l’Etat du Chiapas, au sud du pays, des journalistes de l’AFP ont constaté une plus grande présence policière et militaire sur les routes empruntées par les migrants.

Toutes ces mesures visent à faire fléchir la Maison Blanche, qui a affiché à plusieurs reprises son intransigeance.

« Les Mexicains n’en font pas assez » et « il semble bien qu’on s’achemine vers l’imposition de droits de douane », a encore déclaré jeudi matin la directrice de la communication de la Maison Blanche, Mercedes Schlapp, sur Fox News.

Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration clandestine une de ses priorités, menace d’appliquer lundi une taxe de 5 % sur tous les biens provenant du Mexique.

Celle-ci pourrait augmenter progressivement jusqu’à 25 % le 1er octobre si Mexico ne l’aide pas davantage à endiguer les arrivées de migrants en provenance d’Amérique centrale et en route vers l’eldorado américain. Concrètement, les États-Unis veulent que le Mexique renforce sa frontière sud avec le Guatemala et lutte davantage contre la corruption de ses agents aux postes-frontière. Mais surtout, Washington exige que Mexico, en tant que premier pays sûr sur la route des demandeurs d’asile, s’engage à les prendre en charge sur son propre sol.

Lundi, le chef de la diplomatie mexicaine Marcelo Ebrard, dépêché dans la capitale fédérale américaine, a estimé cette condition « pas acceptable ».

Jeudi, alors que les négociations se poursuivaient à Washington, il a de nouveau été interrogé sur cette option, mais a cette fois refusé de commenter. « Je pense que nous avons avancé aujourd’hui », a-t-il simplement affirmé à l’issue d’une nouvelle session de discussions au département d’État américain. « Je suis optimiste, on va arriver à un accord », a pour sa part estimé le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, qui se rendra samedi à la frontière pour défendre « la dignité du Mexique ».

Son homologue américain est, lui, en visite en Europe pour les commémorations du Débarquement. Il ne rentrera que vendredi soir à Washington et il est peu probable qu’un accord soit conclu en son absence. En attendant, les négociateurs ont, d’après le Washington Post, avancé sur plusieurs points. Selon deux sources interrogées par le quotidien, le Mexique s’est engagé à déployer 6 000 gardes nationaux à sa frontière sud, et à construire davantage de centres de rétention et de points de contrôle pour dissuader les migrants.

Les négociateurs ont également envisagé une refonte des règles d’asile sur le continent pour que les demandes soient examinées dans le premier pays où les migrants posent pied, sur le modèle pratiqué dans l’Union européenne.

Les États-Unis pourraient ainsi renvoyer les demandeurs d’asile guatémaltèques vers le Mexique, et les Honduriens et Salvadoriens vers le Guatemala.

La grande majorité des 144 000 migrants arrêtés ou refoulés en mai à la frontière sud des États-Unis étaient originaires de ces trois pays, parmi les plus pauvres et les plus violents du continent. La plupart ont déposé une demande d’asile aux États-Unis, ce qui rend impossible toute expulsion le temps de l’examen de leur dossier. À l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, seuls 20 000 migrants étaient arrêtés chaque mois à la frontière.

La hausse est due « à ce qui se passe dans les pays d’origine, mais aussi au fait que les migrants savent qu’ils ne seront pas expulsés s’ils sont avec un enfant », a estimé sur CNN une responsable des gardes-frontières américains, Carla Provost. Selon elle, 230 000 mineurs ont été appréhendés depuis le début de l’année « un chiffre sans précédent ».

Dans ce contexte de tensions commerciales, l’agence de notation Fitch a abaissé la notation du Mexique de BBB+ à BBB et Moody’s a modifié son analyse de perspective de « stable à négative ». Plus confiants sur un potentiel report des tarifs douaniers, les marchés ont terminé en hausse jeudi.