Élections américaines de 2016: les Russes voulaient surtout fragiliser la présidence

Un bureau de vote au Connecticut lors de l'élection présidentielle américaine de 2016
Photo: Spencer Platt Getty Images / AFP Un bureau de vote au Connecticut lors de l'élection présidentielle américaine de 2016

L’ingérence russe dans le processus électoral américain n’a pas été le fait de simples agitateurs mal intentionnés, mais bien de « professionnels de la communication », « parfaitement organisés ». Ces mains étrangères n’ont d’ailleurs pas cherché à soutenir un camp plus qu’un autre, mais ont surtout entretenu, par « une campagne de longue haleine », les divisions entre les camps démocrate et républicain en ciblant les internautes les plus vulnérables, indique une analyse des archives numériques de cette campagne réalisée par la firme de sécurité informatique Symantec.

« L’objectif principal de la campagne visait à semer la discorde en cherchant à enflammer les opinions des deux côtés du spectre politique », résume Gillian Cleary dans une analyse dévoilée mercredi sur le blogue de la compagnie. La découverte remet en question l’idée que la Russie ait favorisé le camp républicain aux dépens des démocrates.

Qui plus est, l’interférence ne s’est pas jouée qu’en ligne d’ailleurs. « Plusieurs comptes ont été utilisés pour organiser des rassemblements politiques aux États-Unis, avec l’appui des comptes les plus influents utilisés pour faire la promotion de ces événements au plus grand nombre d’internautes possible. »

« Quatre ans après cette campagne, les Américains continuent de découvrir ce qui leur est arrivé, résume à l’autre bout du fil Alexis Rapin, coordonnateur de l’Observatoire sur les conflits multidimensionnels de l’UQAM.

Quatre ans après cette campagne, les Américains continuent de découvrir ce qui leur est arrivé

« Cette étude montre qu’il y a eu un effort global pour pourrir le débat et radicaliser les opinions des deux bords. L’ingérence ne cherchait à faire élire un candidat, mais plutôt à encourager son élection dans une position fragile pour susciter et entretenir un climat de méfiance par la suite. »

Campagne de désinformation

Au total, plus de 10 millions de tweets produits par 4000 comptes Twitter liés à l’Internet Research Agency (IRA), cette usine à trolls relevant du Kremlin, ont été passés au crible par Symantec. L’IRA s’est retrouvée au coeur de l’enquête Mueller.

Des accusations ont été portées contre une douzaine de Russes liés à cette organisation. Ces comptes jouissaient d’un bassin de 6,4 millions d’abonnés et étaient abonnés à 3,2 millions d’autres comptes.

L’opération a été planifiée plusieurs mois à l’avance, avec la création de comptes consacrés à cette campagne de désinformation, bien avant le début de la campagne, observe Symantec.

« La plupart des comptes étaient automatisés, mais ils montraient aussi des signes d’intervention manuelle, avec la publication de contenu original ou de légères modifications du contenu republié, pour tenter de les rendre plus authentiques et réduire le risque de suppression », peut-on lire dans l’analyse.

Ironiquement, Symantec note qu’une douzaine de comptes ont profité de cette campagne de désinformation pour générer des revenus par l’entremise de réducteurs d’URL pour partager des liens. Un million de dollars ont ainsi été perçus par un seul compte.

Pour Symantec, le risque de voir apparaître une telle campagne de désinformation en 2020 reste élevé.

Une menace qui existe également au Canada où, en avril dernier, le Centre de la sécurité des télécommunications a mis en garde les électeurs et la classe politique contre l’ingérence étrangère « très probable » lors des élections fédérales de cet automne.

« Les réseaux sociaux ont amélioré leur arsenal de contre-mesures pour déjouer les actions suspectes et les faux comptes, dit M. Rapin. La vulnérabilité est moins élevée qu’en 2016 aux États-Unis, même si les stratégies de contournement des pirates s’améliorent sans cesse. »

Selon lui, le Canada présente toutefois un « degré de polarisation partisane plus faible » qu’aux États-Unis.

« Cela fait moins de boutons sur lesquels appuyer pour semer la discorde », assure-t-il.