Theresa et Donald Dardar: francophones et Autochtones

Theresa et Donald Dardar font partie des rares adultes de Louisiane à parler constamment français entre eux. Membres de la petite communauté autochtone de Pointe-aux-Chiens, dans le sud de la Louisiane, ils ont appris le français avec leurs parents. Dans les faits, les Autochtones louisianais sont ceux qui ont le mieux préservé leur francophonie à travers les siècles. Une langue devenue un signe distinctif pour des communautés ayant presque complètement perdu leurs langues autochtones originelles.

La communauté de Pointe-aux-Chiens regroupe environ 680 membres d’ascendance autochtone mixte, acolapissa, biloxi et atakapa. En raison des politiques de l’État de la Louisiane et du gouvernement américain, ses membres se sont fait refuser l’accès à l’école secondaire jusqu’à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

« On a appris le français avec notre mom et notre pop, raconte Theresa Dardar. J’ai appris l’anglais quand je suis allée à l’école. On ne pouvait pas parler français à l’école. Après, j’ai appris l’anglais. J’avais trois frères et une soeur. Après être allés à l’école, ils ont commencé à parler juste en anglais. Puis, j’ai rencontré mon mari, et j’ai dû apprendre back mon français. Il y a toujours des mots que je ne dis pas bien. On parle français ensemble. On n’a pas d’enfants, mais on a des chiens et nos chiens parlent français. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

« Ici, tout le monde parlait français : à l’Isle de Jean Charles, à Montegut, poursuit Donald Dardar. Presque tout le monde parlait français, avant d’aller à l’école. Asteure, dans le jeune monde, il y en a bien peu qui parlent français. »

« Les moms et les pops n’ont pas montré le français à leurs enfants, ajoute Theresa Dardar. Ma soeur a oublié son français parce qu’elle ne le parle pas. Et elle ne l’a jamais montré à ses enfants. Alors c’est une langue qui est en train de crever. On aimerait qu’elle revienne. Il faudrait essayer avec les écoles, l’immersion française. Il faudrait que j’aille à la commission scolaire pour leur en parler. Il faut qu’il y ait une bonne quantité d’enfants pour faire ça. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

D’une langue à l’autre

Le groupe le plus important des Autochtones louisianais francophones est celui des Houmas. Il abriterait quelque 17 000 membres, dont 40 % parlent toujours le français. Ce sont eux qui auraient accueilli l’explorateur français Cavelier de La Salle en Louisiane autour de 1680. Proches alliés des Français, les Autochtones houmas auraient aussi adopté leur langue, au détriment de la leur, qui aurait graduellement disparu au XIXe siècle.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

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