Venezuela: peinant à mobiliser la rue, Guaidó se rapproche de l’armée américaine

L’opposant Juan Guaidó, reconnu président par intérim du Venezuela par une cinquantaine de pays dont les États-Unis, a demandé à son représentant à Washington Carlos Vecchio de prendre contact avec le commandement américain pour l’Amérique du Sud.
Photo: Martin Mejia Associated Press L’opposant Juan Guaidó, reconnu président par intérim du Venezuela par une cinquantaine de pays dont les États-Unis, a demandé à son représentant à Washington Carlos Vecchio de prendre contact avec le commandement américain pour l’Amérique du Sud.

Peinant à mobiliser la rue après le soulèvement manqué, l’opposition vénézuélienne se rapproche de l’armée américaine, faute d’avoir pu entamer le soutien des militaires au président Nicolas Maduro. L’opposant Juan Guaidó, reconnu président par intérim du Venezuela par une cinquantaine de pays dont les États-Unis, a demandé à son représentant à Washington Carlos Vecchio de prendre contact avec le commandement américain pour l’Amérique du Sud (Southcom).

Carlos Vecchio a écrit samedi à l’amiral Craig Faller, qui dirige le Southcom, pour mettre en place une « coopération stratégique et opérationnelle afin d’en finir avec la souffrance de notre peuple et restaurer la démocratie », selon un gazouillis publié lundi qui reproduit ce courrier.

Le Southcom avait affirmé jeudi être « prêt » à discuter du « soutien » qu’il pourrait apporter aux responsables de la Marine vénézuélienne « qui ont fait le bon choix ».

Selon l’entourage de Carlos Vecchio, la rencontre pourrait avoir lieu dans les prochains jours.

C’est la première fois qu’un rapprochement entre le camp de Guaidó et l’armée américaine est rendu public. Washington, qui n’a de cesse de renforcer ses sanctions contre Caracas, n’écarte pas une intervention militaire au Venezuela.

Caracas a vivement réagi lundi par la voix de la vice-présidente Delcy Rodriguez. « Nous avons lu et nous rejetons une chose répugnante, un courrier envoyé par un des putschistes qui se cache à Washington, où il demande une intervention militaire au Venezuela », a-t-elle déclaré à la télévision, au côté du général Vladimir Padrino, son ministre de la Défense.

L’armée : un acteur central

Au Venezuela, où Nicolas Maduro et Juan Guaidó sont engagés dans un bras de fer depuis trois mois et demi, l’armée est un acteur central du pouvoir : elle contrôle le secteur du pétrole, poumon économique du pays, et plusieurs ministères.

Depuis qu’il s’est déclaré président par intérim le 23 janvier, Juan Guaidó n’a eu de cesse d’appeler les militaires à rompre le rang et à tourner le dos au chef de l’État socialiste. Il comptait pour cela sur le soutien de dizaines de milliers de personnes, qui descendaient dans la rue à chacun de ses appels à manifester.

Mais depuis le soulèvement manqué du 30 avril et l’offensive du pouvoir contre les « traîtres » à l’origine de la tentative de rébellion, le vent semble avoir tourné dans la rue. Samedi, ils n’étaient qu’entre 1500 et 2000 sur la place Alfredo-Sadel dans un quartier de l’est de Caracas majoritairement acquis à l’opposition, selon des journalistes de l’AFP.

Au contraire de précédentes manifestations anti-Maduro, qui ont rassemblé des foules beaucoup plus importantes, celle-ci n’a pas quitté la place pour sillonner les rues de la capitale.

Le pouvoir de mobilisation de Guaidó a subi une « érosion » qui est « naturelle », a expliqué à l’AFP Félix Seijas, directeur de l’institut de sondages Delphos, qui situe à 59 % le niveau de confiance des Vénézuéliens en Guaidó, contre 63 % lorsqu’il était au plus haut. « Guaidó a vendu l’idée que le soutien à Nicolas Maduro au sein de l’armée n’était pas si important », mais il a été démenti par les faits et « a désormais moins de pouvoir de négociation », selon le cabinet Eurasia Group.

Un général contre Maduro

En parallèle à ce rapprochement entre l’opposition vénézuélienne et l’armée américaine, un général vénézuélien considéré comme proche du pouvoir a appelé les forces armées de son pays à se soulever contre Nicolas Maduro dans une vidéo diffusée sur Internet. « Le temps est venu de nous soulever, de lutter […], il est temps que les forces armées nationales prennent conscience » de la situation, a déclaré Ramon Rangel, qui se présente comme général de division de l’armée de l’air vénézuélienne, dans une vidéo postée dimanche sur YouTube.

Selon la spécialiste des questions militaires et présidente de l’ONG Control Ciudadano Rocio San Miguel, la déclaration de Rangel est « très importante », car elle montre que « le chavisme militaire est en rupture avec Maduro », a-t-elle écrit sur Twitter.