Venezuela: nouvelles manifestation anti-Maduro en forme de test pour le camp Guaidó

Des partisans du leader de l'opposition vénézuélienne et président autoproclamé par intérim, Juan Guaidó, manifestent lors d'un rassemblement à Caracas le 11 mai 2019.
Photo: Marvin Recinos Agence France-Presse Des partisans du leader de l'opposition vénézuélienne et président autoproclamé par intérim, Juan Guaidó, manifestent lors d'un rassemblement à Caracas le 11 mai 2019.

Les partisans de Juan Guaidó commençaient à se rassembler samedi dans tout le Venezuela pour protester contre le président Nicolas Maduro, des manifestations à valeur de test sur le degré d’adhésion au chef de file de l’opposition, onze jours après le soulèvement manqué.

Dans la matinée, ils étaient quelques centaines à se réunir sur la place Alfredo-Sadel dans le quartier de Las Mercedes, une zone de l’est de Caracas majoritairement acquise à l’opposition, a constaté un journaliste de l’AFP. Selon son équipe, Juan Guaidó devait se rendre dans la journée sur cette place pour prononcer un discours.

« Seul, Guaidó ne peut pas y arriver, tout le monde doit sortir pour protester », a déclaré Daisy Montilla, 69 ans.

Ces manifestations devraient permettre de mesurer l’ampleur de l’adhésion populaire à l’opposant, après son appel au soulèvement le 30 avril. Juan Guaidó s’est proclamé président par intérim il y a plus de trois mois et demi, qualifiant Nicolas Maduro d’« usurpateur ».

Les deux rassemblements auxquels il a appelé le week-end dernier — l’un pour inciter les soldats à le rejoindre, l’autre en hommage aux personnes tuées pendant les manifestations — ont été marqués par une participation en baisse à Caracas.

L’opposant a placé les manifestations de samedi sous le signe de la « défense de l’Assemblée nationale », qu’il préside.

Dominé par l’opposition, le Parlement monocaméral est en effet dans le viseur du pouvoir chaviste depuis le soulèvement manqué. Cette semaine, la justice, que l’opposition accuse de ne répondre qu’au gouvernement de Nicolas Maduro, a inculpé dix députés pour « haute trahison » et « complot » pour leur participation « active » à cette tentative de sédition.

Edgar Zambrano, vice-président de l’Assemblée nationale et bras droit de Juan Guaidó, a été arrêté puis placé en détention provisoire dans la prison de la police militaire de Fuerte-Tiuna, le plus grand complexe militaire de Caracas. Trois députés se sont réfugiés dans des résidences diplomatiques et un autre a annoncé avoir quitté le Venezuela pour se mettre « à l’abri » des poursuites, en Colombie.

« L’Assemblée nationale a été élue par le vote populaire. Il [le pouvoir] ne peut pas la dissoudre en persécutant nos députés comme il est en train de le faire », s’est insurgé Alexander Mendoza, un manifestant rencontré à Caracas.

« Taupe de la CIA »

Outre l’Assemblée nationale, le pouvoir, qui se réclame de l’héritage politique d’Hugo Chavez (1999-2013), poursuit ses attaques contre les « traîtres » à l’origine de la tentative de soulèvement auquel Juan Guaidó avait appelé, flanqué de soldats entrés en rébellion et de Leopoldo Lopez, un autre opposant.

Nicolas Maduro a accusé vendredi son ancien chef du renseignement d’avoir « coordonné le coup d’État » manqué, en tant que « taupe de la CIA ».

« Nous avons réussi à prouver » que Cristopher Figuera avait « été recruté par la CIA il y a plus d’un an et qu’il travaillait comme traître, comme taupe, comme infiltré » au sommet du Sebin, le service du renseignement vénézuélien, a tonné M. Maduro dans une allocution, sans toutefois fournir de preuves.

Depuis, le général Figuera a fait défection, selon le vice-président américain Mike Pence.

En tout, 55 militaires ont été expulsés des rangs de l’armée par décret présidentiel pour leur rôle dans le soulèvement avorté.

Au plan international, le gouvernement vénézuélien a, entre autres, le soutien de la Russie, de l’Iran et de Cuba, son plus proche allié dans la région.

Juan Guaidó est reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays dont les États-Unis, et il n’écarte toujours pas l’option militaire pour déloger Nicolas Maduro du pouvoir. Mais une intervention étrangère ne pourra avoir lieu que « lorsque nos alliés seront disposés à nous apporter ce genre d’aide et que cela sera la toute dernière option ou la seule qui reste aux Vénézueliens », a-t-il déclaré à RTP, la télévision portugaise publique.

Nicolas Maduro n’a, lui, cesse de railler « l’empire » américain qui a pris de nombreuses sanctions à son encontre et de hauts responsables civils et militaires. La plus significative est un embargo sur le pétrole vénézuélien, poumon économique du pays.

À la crise politique que traverse le Venezuela s’ajoute la pire crise économique de l’histoire récente du pays. L’inflation devrait atteindre 10 000 000 % cette année, selon le Fonds monétaire international, et les pénuries se multiplient, tout comme les coupures de courant.