Au Brésil, «les prémices d’une apocalypse»

Les peuples autochtones dénoncent depuis de nombreuses années la déforestation.
Photo: Carl de Souza Agence France-Presse Les peuples autochtones dénoncent depuis de nombreuses années la déforestation.

Treize représentants de peuples autochtones de différents continents, membres de « l’Alliance des gardiens de mère Nature », ont vivement dénoncé mercredi les « agressions » du président Jair Bolsonaro contre la nature et les peuples du Brésil « mettant en danger leur vie » et l’écosystème, affirment-ils.

Dans une tribune parue dans le quotidien français Le Monde daté de jeudi, ces représentants, dont trois du Brésil, en appellent à la communauté internationale pour faire échec aux projets du chef de l’État brésilien, qui a pris ses fonctions début janvier.

« Depuis cent jours, nous vivons les prémices d’une apocalypse, dont les peuples autochtones sont les premières victimes », écrivent-ils. Transfert au ministère de l’Agriculture « qui défend l’agrobusiness » de compétences foncières jusqu’alors dévolues à la Fondation nationale de l’Indien, autorisation de 86 nouveaux pesticides en deux mois, menaces d’expulsion pesant sur les organisations soutenant les autochtones, décret pour « livrer les terres autochtones à l’industrie minière qui ne laisse que mort et destruction sur son passage »… Les signataires énumèrent, dans une « liste non exhaustive », « les agressions que les peuples autochtones du Brésil ont eu à subir pendant ces cent terribles premiers jours, marqués par une augmentation significative de la déforestation ».

« Ce gouvernement veut accaparer toute l’Amazonie, la saigner encore davantage en construisant de nouvelles routes et des voies ferroviaires », écrivent-ils, soulignant combien l’Amazonie est vitale pour l’humanité. Les caciques brésiliens et leurs pairs du Chili, du Mexique, d’Afrique, du Pacifique ou d’Asie appellent à « sanctuariser les forêts primaires » et à passer à « une énergie 100 % propre et renouvelable ». Ils « exigent » l’interdiction de « toute nouvelle exploration et exploitation de pétrole, sables bitumineux, gaz et pétrole de schiste (notamment par fracturation hydraulique), de charbon, d’uranium, de gaz naturel ». L’Alliance qui, depuis son assemblée constituante en 2015 à Paris, appelle à « ne pas considérer la nature comme une propriété mais comme un sujet de droit », juge « urgent que le monde adopte une déclaration universelle des droits de la Terre mère », mais aussi que les États appliquent la convention 169 de l’Organisation internationale du travail qui « garantit à tous les peuples autochtones une consultation libre » sur les sujets les concernant.

Les signataires pressent aussi l’Union européenne, deuxième partenaire commercial du Brésil, de « mettre en place une traçabilité irréprochable » des produits importés qui ne soient pas liés à des destructions de forêts, des accaparements de terres, des violations des droits des peuples autochtones, des droits de la personne, ni « des droits de la Terre mère ». Ils s’adressent enfin aux citoyens européens pour les encourager à « une exigence sans faille sur leur consommation » et à une « opposition de principe » à un accord de libre-échange entre l’UE et le MERCOSUR, le marché commun sud-américain (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay).

Les peuples autochtones comptent plus de 370 millions de personnes réparties dans plus de 70 pays, selon l’Alliance.