Des pannes de courant sans fin au Venezuela?

La centrale hydroélectrique de Guri, dans le sud du pays, alimente 80% du pays.
Photo: Présidence vénézuélienne / Agence France-Presse La centrale hydroélectrique de Guri, dans le sud du pays, alimente 80% du pays.

Le mauvais état des infrastructures électriques, en cruel manque d’investissements et d’entretien, menace de prolonger indéfiniment les coupures de courant géantes au Venezuela, désorganisant encore davantage un pays déjà durement frappé par une profonde crise économique.

Déjà éprouvés par des pénuries de nourriture et de médicaments, les habitants du pays pétrolier, jadis le plus prospère d’Amérique du Sud, sont désormais régulièrement privés d’eau, de métro, de téléphone, d’Internet, en raison de pannes électriques massives qui pourraient se poursuivre pendant des mois, voire des années, estiment plusieurs analystes.

« La situation est gravissime. On s’attend à d’autres coupures et rationnements […] Sur l’ensemble du réseau, à peine 5500 à 6000 mégawatts sont produits pour une capacité de 34 000 mégawatts », explique à l’AFP Winton Cabas, président de l’Association vénézuélienne d’ingénierie électrique et mécanique.

En cause, selon lui, le manque de « main-d’oeuvre qualifiée » après le départ de quelque 25 000 travailleurs du secteur, en exil comme 2,7 millions d’autres Vénézuéliens depuis 2015.

De graves problèmes d’entretien

Le président, Nicolás Maduro, rejette la responsabilité des coupures sur l’opposition, qu’il accuse d’orchestrer des sabotages. Mais le réseau électrique montrait déjà des signes de faiblesse en 2010. Le président Hugo Chávez (1999-2013) avait alors annoncé un rationnement dans les régions de l’intérieur du pays, affirmant qu’une grave sécheresse avait fait baisser les réserves du barrage de Guri (sud) à des niveaux critiques.

La situation est gravissime. […] Sur l’ensemble du réseau, à peine 5500 à 6000 mégawatts sont produits pour une capacité de 34 000 mégawatts.

Cette centrale hydroélectrique, la deuxième plus grande d’Amérique latine, fournit 80 % de l’électricité du Venezuela. Or, à l’origine, 60 % de l’électricité devaient être fournis par les centrales hydroélectriques et 40 % par les centrales thermiques, ce qui explique la vulnérabilité du réseau, selon José Aguilar, consultant basé aux États-Unis.

« Au cours des vingt dernières années, il y a eu une surexploitation de l’infrastructure », souligne-t-il, sans compter « le manque d’entretien et de report de programmes » de développement. À cela s’ajoute une « politisation » du secteur, accentuée par la nationalisation décidée par Hugo Chávez en 2007, qui a fait baisser le niveau de professionnalisation.

Les coupures de courant ne sont pas un phénomène récent au Venezuela, en particulier dans l’État pétrolier de Zulia (ouest), frontalier avec la Colombie. Mais le pays n’avait jamais connu de méga-panne comme celles qui l’ont paralysé du 7 au 14, puis du 25 au 28 mars.

Les impacts de ces pannes sur la production de pétrole accentuent les difficultés, alors que celle-ci représente 96 % des revenus du pays. Sous couvert d’anonymat, des travailleurs du secteur ont confié à l’AFP que les coupures ont mis totalement à l’arrêt la production dans certaines zones de l’État de Zulia.

Sept ou huit ans

Pour l’analyste Felix Seijas, la gravité des coupures ne sera pas sans conséquences sur les deux camps.

« Dans quelle mesure le gouvernement parviendra-t-il à semer le doute sur la participation de l’opposition dans cette crise ? Et jusqu’à quel point peut-il convaincre qu’il est assez fort pour en sortir à court terme ? » D’autre part, dans quelle mesure Juan Guaidó « peut-il continuer à mobiliser les foules et à donner l’impression qu’il garde le leadership » pour combattre le gouvernement ?

Dimanche, les autorités ont décrété un rationnement de l’électricité pour 30 jours, ainsi que la suspension des cours dans les écoles et la réduction de la journée de travail pour une durée encore indéterminée.

Mais même si le « gouvernement s’en va, il faudra sept ou huit ans pour reconstruire le système électrique », estime Winton Cabas. « Et il sera encore plus difficile de le reconstruire avec la profonde crise économique, qui devrait encore s’aggraver lorsque les sanctions économiques américaines [prévoyant un embargo sur le pétrole vénézuélien] entreront en vigueur le 28 avril », ajoute-t-il.

L’immunité parlementaire de Juan Guaidó en péril

La Cour suprême vénézuélienne a demandé lundi à l’Assemblée constituante, composée exclusivement de partisans du président Nicolás Maduro, de lever l’immunité parlementaire du chef de file de l’opposition, Juan Guaidó, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays.

Il est reproché à M. Guaidó de ne pas avoir respecté une interdiction de sortie du territoire. L’opposant de 35 ans a bravé une interdiction de sortie du territoire pour une mini-tournée dans la Colombie voisine, au Brésil, au Paraguay, en Argentine et en Équateur de fin février à début mars.