Les Vénézuéliens à nouveau dans la rue contre les coupures de courant

La capitale Caracas et 20 États sur 23 ont été de nouveau plongés dans le noir vendredi soir et de nombreuses régions sont restées sans courant samedi. 
Photo: Yuri Cortez Agence France-Presse La capitale Caracas et 20 États sur 23 ont été de nouveau plongés dans le noir vendredi soir et de nombreuses régions sont restées sans courant samedi. 
Les partisans du président Nicolas Maduro et ceux de l'opposant Juan Guaido ont de nouveau manifesté samedi dans les rues au Venezuela, alors que les deux dirigeants rivaux se rejettent la responsabilité des coupures d'électricité massives qui affectent le pays depuis début mars.

Dans un bref moment de tension, les forces de l'ordre ont dispersé à coups de gaz lacrymogène des partisans de l'opposition qui cherchaient à se rassembler dans plusieurs points de l'ouest de Caracas, un bastion du gouvernement, ont constaté des journalistes de l'AFP

Le chef du Parlement, Juan Guaido, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, avait appelé ses partisans à « transformer l'indignation en mobilisation ». Dans l'après-midi, il a participé à plusieurs rassemblements dans l'État de Miranda, au sud-ouest de Caracas. 

« Ne laissons pas le régime se moquer de nous en nous soumettant aux ténèbres, à l'anormalité. Avec force, avec courage, je vous demande [...] de vous préparer pour la cessation définitive de l'usurpation » du pouvoir par Nicolas Maduro, a-t-il lancé devant des centaines de sympathisants.

La capitale Caracas et 20 États sur 23 ont été de nouveau plongés dans le noir vendredi soir et de nombreuses régions sont restées sans courant samedi. 

« Cela fait plus de douze jours sans électricité au mois de mars à Caracas, sans parler du reste du pays », s'indigne Andrea, une opposante, dans l'ouest de Caracas. « Je refuse de quitter le Venezuela parce que je suis sûre qu'il faut encore lutter », ajoute-t-elle. 

Cette coupure, comme celles qui ont paralysé le pays du 7 au 14 mars, puis du 25 au 28 mars, prive de nouveau les habitants d'approvisionnement en eau, de transports publics, de téléphone, d'internet. 

« La lumière s'en va à tout moment. Ici le service de distribution d'eau ne marche pas bien depuis un an, mais avec ces coupures, cela s'est considérablement aggravé », témoigne une habitante de la capitale qui a retrouvé des voisins dans son quartier pour protester dans un concert de casseroles. 

Dans le reste du pays, des citoyens exprimaient aussi leur désarroi. « Cela fait déjà 15 heures sans lumière [...] les files d'attente pour obtenir de l'essence sont immenses et les rares supermarchés ouverts sont pris d'assaut », a déclaré à l'AFP Mariana Pirela, une habitante de Maracaibo, une grande ville du nord-ouest. 

« Appel à la paix »
Le président Maduro, qui accuse l'opposition d'orchestrer des « attaques » contre la principale centrale électrique du pays avec le soutien des États-Unis, avait pour sa part appelé à une « grande mobilisation » samedi pour « dire non au terrorisme impérial ». 

« Ils appellent à la haine, nous nous appelons à l'amour, ils incitent à la guerre, nous nous lançons des appels quotidiens à la paix », a déclaré à l'AFP Jesus Camargo au milieu de partisans du gouvernement rassemblés dans la capitale.

« Le peuple chaviste sera dans la rue à chaque fois que ce sera nécessaire », a déclaré Diosdado Cabello, président de l'Assemblée constituante contrôlée par le pouvoir, devant plusieurs milliers de personnes vêtues de rouge, la couleur du chavisme.

« Nous allons défendre la patrie, nous allons défendre la liberté, nous allons défendre l'indépendance, nous allons défendre Nicolas Maduro », a lancé M. Cabello.

Les pannes de courant sont habituelles au Venezuela depuis une décennie, mais la capitale avait été jusque-là relativement épargnée par des coupures massives. L'opposition et des experts du secteur estiment qu'elles sont dues au manque d'investissements dans les infrastructures. 

Outre les coupures d'électricité, le Venezuela souffre de graves pénuries de toutes sortes. Vendredi, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé une distribution d'aide d'urgence dans « 15 jours » à destination de 650 000 personnes. 

Le président Maduro rejette la responsabilité des pénuries que connaît le Venezuela sur les sanctions financières imposées par Washington.

Selon l'ONU, près d'un quart des 30 millions de Vénézuéliens ont besoin d'une aide « urgente ».

Le 23 février, les adversaires de Nicolas Maduro avaient essayé de faire entrer au Venezuela de l'aide humanitaire, envoyée essentiellement depuis les États-Unis à la demande de Juan Guaido. 

Mais les camions chargés de ces produits de première nécessité ont finalement dû rebrousser chemin face au blocage frontalier ordonné par le gouvernement qui y voyait un prélude à une intervention militaire. Des heurts à la frontière ont fait sept morts et plusieurs centaines de blessés.

Les États-Unis ont immédiatement «salué» l'annonce du CICR et se sont dit prêts à envoyer de l'assistance par le biais de l'organisation internationale. 

Parallèlement, un avion en provenance de Chine chargé de médicaments et de matériel médical est arrivé vendredi à Caracas. 

La Chine fait partie des alliés du pouvoir chaviste avec la Russie, qui a envoyé une mission militaire à Caracas.

Washington a qualifié l'arrivée de cette mission russe de « provocation », mais Moscou a une nouvelle fois « recommandé » samedi aux États-unis de cesser de « menacer » le Venezuela.