Venezuela: la panne s’atténue, les hostilités s’accentuent

Le président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaidó
Photo: Fernando Llano Asssociated Press Le président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaidó

Au sixième jour de la crise qui prive le Venezuela des services de base, le chef de l’opposition, Juan Guaidó, a promis devant une foule compacte à Caracas de « sortir le [pays] de la pénombre, très vite ».

Le rassemblement populaire de mardi soir dans les rues du pays était le deuxième convoqué par le président par intérim autoproclamé depuis le début de la panne d’électricité géante qui afflige le Venezuela, jeudi dernier.

Tandis que les communications revenaient dans la métropole, le gouvernement a affirmé en journée que le courant était rétabli dans la plupart des États, à l’exception du grand ouest et de certains États du centre.

Mais au moment où ces lignes étaient écrites, il demeurait difficile de joindre les autres villes. Et la population était éreintée par la course aux vivres frais et surtout à l’eau, sommée de payer le moindre achat en dollars.

Dans la capitale, Juan Guaidó a marqué plusieurs étapes, sans incident, jusqu’au final dans le plus grand quartier populaire de Caracas, Petare. Au premier arrêt, Santa Monica, où réside la classe moyenne, il a juré de s’occuper bientôt du pays : « J’ai besoin d’un bureau pour ça, il se trouve à Miraflores ! » — le palais présidentiel.

Lundi soir, le chef de l’État, Nicolás Maduro, avait lancé un appel à la « résistance active » de ses partisans face à une crise énergétique dont il accuse les États-Unis d’être responsables. Il avait nommément cité les « colectivos », des groupes citoyens dont certains, de sinistre réputation, agissent en véritables milices, circulant par paires, à moto.

« Il nous menace ! C’est tout ce qui lui reste », lui a lancé Guaidó.

Le face-à-face entre les deux « présidents » du pays s’est encore durci mardi avec une enquête ouverte par le procureur du Venezuela contre l’opposant « pour son implication présumée dans le sabotage du système électrique ».

Maduro accuse Washington

Pour M. Maduro, les attaques « cybernétique » et « électromagnétique » contre la centrale de Gurri, dans le sud, sont organisées par les États-Unis pour « désespérer » la population, afin de justifier une intervention militaire.

« Le désespoir et l’obscurité, c’est la dictature qui les provoque ! » a répété Guaidó au cours de sa tournée dans Caracas.

Face à la gravité de la situation, Juan Guaidó avait fait voter lundi par les députés l’état d’alerte — un prélude à l’état d’urgence — et convoqué les Vénézuéliens « dans les rues » pour protester contre cette gigantesque panne.

Signe de fébrilité du pouvoir, un journaliste et défenseur des droits de la personne, Luis Carlos Díaz, a été arrêté pendant plus de 24 heures avant d’être libéré mardi soir. Entre-temps, son domicile a fait l’objet d’une perquisition. Emmené par les services de renseignement, il est accusé d’être lié aux attentats contre le système électrique, selon sa famille et le Syndicat national des membres de la presse (SNTP) qui ont organisé une manifestation de soutien.

Mais aucune charge n’a été publiquement reconnue contre lui.

Le Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, dont une mission technique se trouve actuellement à Caracas, avait réclamé « l’accès immédiat » au journaliste, par l’entremise de sa responsable, l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet.