Les Vénézuéliens guettent une lueur d’espoir

Depuis le début de la panne, cette habitante de Caracas, Elvia Helena Lozano, éclaire sa maison à l’aide d’une lampe au kérosène.
Photo: Cristian Hernandez Agence France-Presse Depuis le début de la panne, cette habitante de Caracas, Elvia Helena Lozano, éclaire sa maison à l’aide d’une lampe au kérosène.

Au troisième jour de la gigantesque panne qui paralyse le Venezuela, l’opposant et président autoproclamé, Juan Guaidó, a demandé dimanche au Parlement de décréter « l’état d’urgence » pour permettre l’entrée de l’aide humanitaire dans le pays.

Il a également enjoint à la population de descendre dans les rues « parce que ce régime laisse mourir les Vénézuéliens », en plus d’appeler les forces armées à cesser « de couvrir le dictateur » Nicolás Maduro, le chef de l’État. Depuis jeudi après-midi, les Vénézuéliens sont privés de lumière, d’eau, de moyens de transport et de communication, et éprouvent de plus en plus de difficultés à se ravitailler. Et ce, alors que le pays est déjà en proie à une hyperinflation et à de graves pénuries de nourriture et de médicaments.

Photo: Matias Delacroix Agence France-Presse Le chef de l’opposition, Juan Guaidó, lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale dimanche

« Je vais demander lundi à l’Assemblée nationale de décréter l’état d’urgence pour permettre l’entrée de l’aide humanitaire » dans le pays, ce qui permettra aussi de « solliciter l’aide internationale », a annoncé dimanche Juan Guaidó, président de l’Assemblée nationale, autoproclamé « président par intérim » du pays et reconnu par une cinquantaine de pays, dont le Canada et les États-Unis. « Cette catastrophe, nous devons nous en occuper maintenant », a-t-il martelé.

Au moins 250 tonnes d’aide humanitaire, vivres et médicaments, principalement envoyées par Washington, sont stationnées aux frontières du pays avec la Colombie et le Brésil. Le gouvernement s’est opposé le 23 février à leur entrée dans le pays en suspectant une tentative d’intervention armée déguisée des États-Unis.

Selon les ONG et l'opposition, la panne a déjà tué au moins 15 patients dans les hôpitaux — dont très peu sont équipés de génératrices fonctionnelles —, mais en l’absence de bilan officiel et de moyens de communication, il est impossible de connaître la situation exacte à travers le pays. M. Guaidó a assuré que 17 personnes étaient mortes jusqu’à présent dans les hôpitaux, sans préciser la source de ce bilan, ni s’il intégrait les 15 morts déjà annoncés. Un bilan nié par le gouvernement vénézuélien.

« C’était horrible, tout était noir. Il n’y avait que quelques services ouverts grâce à une génératrice que quelqu’un a apportée parce que celles de l’hôpital ne marchent pas », a rapporté à l’AFP Sol Dos Santos, 22 ans, dont la fillette est hospitalisée à Caracas.

Dimanche matin, la compagnie publique d’électricité Copelec a affirmé que la capitale était désormais desservie à 40 %. Ce qui laisse 60 % dans le noir.

Problèmes criants

Alors que la panne franchissait un cap symbolique de 72 heures, le gouvernement a imposé une nouvelle journée chômée lundi aux fonctionnaires et aux écoliers. « Sur ordre du président Nicolás Maduro, les activités scolaires et le travail resteront suspendus demain lundi 11 mars », a annoncé le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez, qui a également appelé « au calme », lors d’une allocution à la télévision publique.

La centrale hydroélectrique de Gurri, sise dans l’État de Bolivar et qui dessert environ les trois quarts du pays, est responsable de la panne. Le président Maduro a dénoncé une nouvelle « attaque cybernétique » dans la « guerre électrique » menée, selon lui, par les États-Unis. Le gouvernement socialiste a affirmé qu’il fournirait à l’ONU « des preuves » de ces accusations.

Un scénario « hollywoodien », a jugé M. Guaidó. Pour lui, et nombre d’observateurs, le manque de maintenance et d’investissements est la cause de cette panne qui paralyse tout le pays.

Depuis jeudi 16 h 50, cette panne, inédite par son ampleur et sa durée dans ce pays de 30 millions d’habitants, qui dispose des premières réserves mondiales de pétrole, met le Venezuela à l’arrêt.

Dans la capitale, les rares commerces ouverts n’acceptent que les dollars en espèces. Du fait de l’inflation, les billets locaux en circulation sont trop rares pour payer un litre de lait dix mille bolivars. D’ordinaire, pour s’adapter à cette hyperinflation, les paiements électroniques se sont généralisés. Et ceux-ci sont bien sûr suspendus. Sur les étals du marché de Chacao, faute de chambres froides ou même de glace, les marchandises se perdent dans la touffeur tropicale. Devant les stations-service, les files de voitures s’allongent, ont constaté les journalistes de l’AFP.

Des centaines de passagers sont bloqués à l’aéroport international de Maiquetia, leurs vols annulés.

L’obscurité à la nuit tombée ajoute à l’angoisse dans cette métropole de 5 millions d’habitants, considérée comme l’une des plus dangereuses du monde. « On s’impose un couvre-feu à partir de 17 h. On essaie de sortir tôt pour acheter ce qu’on peut et on rentre vite », confie Yadira Delgado, 49 ans, qui vit avec sa mère de 72 ans et sa fille de 16 ans.

Cette nouvelle crise fournit aussi un nouveau terrain de lutte entre les deux présidents qui se disputent le pouvoir. MM. Guaidó et Maduro ont organisé samedi des rassemblements rivaux à Caracas. M. Guaidó, qui a appelé à une marche nationale dans la capitale pour pousser vers la sortie M. Maduro, a répété qu’il était prêt à autoriser une intervention militaire étrangère.