Venezuela: Maduro contre-attaque à l’international

«Nous allons continuer à demander des comptes à l’ensemble du régime Maduro jusqu’à ce que la “libertad” soit rétablie au Venezuela», a martelé le vice-président Mike Pence.
Photo: Federico Parra Agence France-Presse «Nous allons continuer à demander des comptes à l’ensemble du régime Maduro jusqu’à ce que la “libertad” soit rétablie au Venezuela», a martelé le vice-président Mike Pence.

Le régime de Nicolás Maduro, soumis à la pression de la communauté internationale en faveur de l’opposant Juan Guaidó, a contre-attaqué mercredi en expulsant l’ambassadeur d’Allemagne à Caracas pour « ingérence ». Une décision immédiatement condamnée par Berlin, qui la juge « incompréhensible » et estime qu’elle « aggrave la situation et ne contribue pas à la détente ».

« Notre soutien, le soutien de l’Europe, à Juan Guaidó reste intact », ajoute le ministère allemand des Affaires étrangères en félicitant « l’ambassadeur Kriener [qui] a fait de l’excellent travail à Caracas, en particulier ces derniers jours ».

La crispation du gouvernement vénézuélien s’accompagne également de nouvelles sanctions annoncées par Washington, qui a révoqué les visas de 77 responsables du régime et de leurs proches, en plus des dizaines d’annulations déjà annoncées, et menacé les « institutions financières étrangères impliquées » dans l’aide « à Nicolás Maduro et à son réseau corrompu ».

« Nous allons continuer à demander des comptes à l’ensemble du régime Maduro jusqu’à ce que la libertad soit rétablie au Venezuela », a déclaré le vice-président, Mike Pence.

Accusé « d’ingérence dans les affaires intérieures » du pays, l’ambassadeur allemand Daniel Kriener a été déclaré persona non grata et prié de quitter le pays « dans les 48 heures », a annoncé la vice-présidence vénézuélienne.

Le diplomate allemand s’était rendu lundi à l’aéroport international de Caracas en compagnie d’une douzaine de diplomates occidentaux et latino-américains pour y accueillir Juan Guaidó, président de l’Assemblée nationale et président par intérim autoproclamé, que soutiennent une cinquantaine de pays.

M. Guaidó, qui avait bravé une interdiction de quitter le pays pour se rendre en Colombie et dans quatre pays du continent, avait annoncé son retour « malgré les menaces », M. Maduro ayant averti qu’il devrait s’expliquer devant la justice pour avoir bravé une interdiction de sortie du territoire. L’opposant fait depuis l’objet d’une enquête pour « usurpation ».

Pour Juan Guaidó, qui présidait mercredi une réunion de l’Assemblée nationale, l’expulsion de M. Kriener est « une menace contre le monde libre ». « Il semble que le régime de Maduro ne pardonne pas à ceux qui souhaitent aider le Venezuela », a-t-il déclaré.

« Le régime n’a d’autres moyens de riposte que la répression, c’est bien son drame », a commenté pour l’AFP le politologue Luis Salamanca.

À ce stade, seul l’ambassadeur allemand a fait l’objet d’une mesure d’expulsion.

Douze autres représentants occidentaux et latino-américains étaient venus lundi accueillir M. Guaidó à l’aéroport, « comme témoins de la démocratie et de la liberté, afin que le président Guaidó puisse rentrer », selon les mots de l’ambassadeur de France à Caracas, Romain Nadal.

Les États-Unis avaient aussi menacé de représailles en cas d’atteintes portées à l’opposant.

Dans un message posté le soir même sur Twitter, M. Guaidó avait « remercié » les représentants « qui ont accompagné notre retour au Venezuela, témoignant du ferme engagement du monde envers notre démocratie ».

Outre l’Allemagne, il avait cité les ambassadeurs de France, d’Espagne, du Portugal, des Pays-Bas, de Roumanie, du Canada, du Chili, d’Argentine, du Brésil, du Pérou et des représentants de l’Équateur et des États-Unis.

Photo: Federico Parra Agence France-Presse Daniel Kriener

Journaliste arrêté

Simultanément, un journaliste américain, Cody Weddle, correspondant de divers médias basés aux États-Unis, dont la chaîne ABC et le quotidien The Miami Herald, a été arrêté mercredi matin à son domicile à Caracas et emmené en un lieu inconnu.

« La Direction des renseignements militaires s’est présentée à son domicile pour lui poser des questions sur sa couverture à la frontière » le 23 février, a rapporté à l’AFP Caros Corres, de l’ONG Espacio Público.

M. Corres cherchait à la mi-journée à « localiser » le journaliste, résidant à Caracas depuis plusieurs années.

Le 23 février, les forces armées vénézuéliennes s’étaient violemment opposées à l’entrée de l’aide humanitaire organisée par l’opposition avec l’aide des États-Unis et bloquée aux frontières avec le Brésil et la Colombie. C’est à cette occasion que Juan Guaidó s’était rendu clandestinement en Colombie.

Les incidents avaient fait sept morts et plus de 300 blessés.