L’aide est toujours bloquée, la pression monte sur Maduro

Des manifestants s’opposaient aux forces de l’ordre vénézuéliennes sur le pont Simon Bolivar, reliant Cúcuta (en Colombie) à San Antonio del Tachira (au Venezuela).
Photo: Federico Parra Agence France-Presse Des manifestants s’opposaient aux forces de l’ordre vénézuéliennes sur le pont Simon Bolivar, reliant Cúcuta (en Colombie) à San Antonio del Tachira (au Venezuela).

Quelques escarmouches ont encore opposé dimanche manifestants et forces de sécurité aux frontières du Venezuela, les premiers réclamant le passage de l’aide humanitaire toujours bloquée en Colombie, mais la pression internationale s’accroît désormais sur le régime de Nicolás Maduro, dont « les jours sont comptés », affirme Washington.

Le régime s’est félicité d’avoir bloqué les convois organisés par l’opposant Juan Guaidó samedi, au prix de violents affrontements qui ont fait au moins 2 morts et près de 300 blessés : « Pas une camionnette n’est passée, » a lâché, ravi, le président de l’Assemblée constituante, Diosdado Cabello.

Un cargo d’aide en provenance de Porto Rico a également dû rebrousser chemin sous la menace de la marine vénézuélienne et est arrivé dans la baie de Curaçao dimanche.

Pour le président Maduro, cette aide qui provient principalement des États-Unis masque une tentative d’intervention militaire de leur part.

Sur CNN, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a qualifié le président socialiste de « pire du pire des tyrans » et s’est dit « certain que, grâce aux Vénézuéliens, les jours de Maduro sont comptés ».

Le Groupe de Lima, créé en 2017 et composé de 14 pays du continent majoritairement hostiles à Nicolás Maduro, se réunira lundi à Bogotá en présence du vice-président américain Mike Pence. Juan Guaidó, président vénézuélien autoproclamé avec le soutien d’une cinquantaine de pays y fera officiellement son entrée.

Pour le député d’opposition Julio Borges qui le représentait jusqu’à présent, il « sollicitera un renforcement des pressions diplomatiques et l’usage de la force contre Maduro ».

La Haute-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a condamné dimanche « le recours excessif à la force contre des manifestants désarmés ». Également « choqué », et face aux risques d’escalade, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé « au calme » et insisté sur la nécessité d’éviter le recours « à la force létale, quelles que soient les circonstances ».

« On a besoin de tout »

Dimanche à la frontière avec la Colombie, dans les rues d’Urena, de petits groupes de manifestants tentaient de forcer le passage des ponts fermés par la garde nationale sur ordre de la présidence.

« Il nous faut des vivres, des médicaments, on a besoin de tout. J’espère qu’on va continuer à faire pression pour que les militaires comprennent. Eux aussi, ils ont une famille », s’indignait José López, 28 ans, sur le pont reliant Urena à Cúcuta, en Colombie, théâtre la veille de violents incidents.

Mais face aux lacrymogènes et aux balles en plastique des forces armées, et surtout face aux milices du pouvoir, les redoutés « colectivos », tous se sont repliés.

« Je demande [à Guaidó] de faire preuve de fermeté parce que, nous, on fait tout ce qu’on peut », affirmait Jeffrey Vicuña, 20 ans.

Des dizaines de Vénézuéliens sont bloqués côté colombien par la fermeture des ponts tandis que ceux qui traversent d’ordinaire pour aller travailler en Colombie ou y acheter les produits de première nécessité pour les revendre ont perdu leur gagne-pain.

Le président colombien, Ivan Duque, ferme soutien de M. Guaidó, s’est rendu dimanche matin à Cúcuta sur les ponts Francisco de Paula Santander et Simón Bolívar pour constater les dégâts de la veille. Il a salué à cette occasion l’arrivée de M. Guaidó au sein du « groupe de Lima ».

Ulcéré par l’implication de M. Duque, Nicolás Maduro a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec « le gouvernement fasciste de Colombie » et prévenu : « Je ne m’inclinerai jamais, je n’abandonnerai jamais. »

En fin de journée dimanche, l’AFP a vu le consul colombien dans la ville de Valencia traverser le pont Simon Bolivar avec ses employés pour quitter le pays.

Après l’échec de son opération humanitaire et alors qu’une centaine seulement de membres des forces armées ont fait défection, M. Guaidó a appelé la communauté internationale à « envisager toutes les éventualités ». L’opposant s’est rendu vendredi en Colombie malgré son interdiction de sortir du Venezuela.

Mike Pompeo a pour sa part averti dès samedi soir que « les États-Unis vont passer aux actes contre ceux qui s’opposent à la restauration pacifique de la démocratie au #Venezuela ». « Maintenant, le temps est venu d’agir pour soutenir les besoins du peuple vénézuélien désespéré », a ajouté M. Pompeo sur Twitter, qualifiant de « brutes » les forces de sécurité vénézuéliennes.

L’Union européenne s’est dite prête à accroître son aide humanitaire, condamnant la violence et le recours à des groupes armés irréguliers.

Mais pour l’heure l’aide humanitaire reste bloquée aux portes du Venezuela et la population subit de plein fouet de graves pénuries de produits élémentaires en plus d’une hyperinflation qui devrait atteindre 10 000 000 % en 2019 selon le FMI.

Depuis 2015, au moins 2,7 millions de Vénézuéliens ont fui vers les autres pays de la région.

Une centaine de militaires et policiers ont déserté

Cúcuta — Un peu plus d’une centaine de membres des forces de sécurité du Venezuela ont déserté depuis samedi et sont passés en Colombie, a annoncé le service des migrations colombien. « Jusqu’à présent, le service des migrations de Colombie a reçu un peu plus de cent membres des forces armées du Venezuela, qui sont sortis de leur pays, fuyant la dictature de (Nicolas) Maduro », a indiqué ce service dimanche dans un communiqué. Ces militaires et policiers, dont le rang n’a pas été précisé, sont pour la plupart passés en Colombie au niveau du département Norte de Santander, dont Cucuta est le chef-lieu, frontalier de l’État vénézuélien de Tachira. L’opposant Juan Guaidó, qu’une cinquantaine de pays ont reconnu comme président par intérim, a promis une amnistie aux membres des forces de sécurité qui rompraient avec le gouvernement Maduro, dont l’armée est le principal pilier.