Bras de fer musical pour l’entrée de l’aide humanitaire au Venezuela

Quelque 250 000 spectateurs étaient attendus au concert «Venezuela Aid Live».
Photo: Fernando Vergara Associated Press Quelque 250 000 spectateurs étaient attendus au concert «Venezuela Aid Live».

Le duel entre opposition et chavisme au Venezuela s’est illustré en musique à la frontière avec la Colombie vendredi, à la veille du jour fixé par l’opposant Juan Guaidó pour faire entrer l’aide humanitaire américaine malgré le refus du président Nicolás Maduro.

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté au concert géant organisé à Cúcuta, du côté colombien, en faveur du Venezuela. Mais un contre-concert, pro-Maduro celui-là, a été monté de l’autre côté de la frontière, à seulement quelques centaines de mètres.

Le bras de fer entre Nicolás Maduro, dont la réélection est jugée frauduleuse, et Juan Guaidó, reconnu comme président intérimaire par une cinquantaine de pays, a ainsi pris la forme insolite d’un duel musical, de part et d’autre du pont international de Tienditas, reliant Cúcuta à la localité vénézuélienne d’Ureña.

Le concert « Venezuela Aid Live » a été organisé par le milliardaire britannique Richard Branson, qui y attendait 250 000 spectateurs.

Aux cris de « Liberté ! » ou « Le gouvernement va tomber », les premiers, vêtus de blanc et brandissant des drapeaux vénézuéliens, s’étaient massés devant la scène dès les premières heures de la matinée.

Le fondateur de Virgin espère récolter 100 millions de dollars de dons via Internet pour la population du pays aux énormes réserves pétrolières, aux prises avec la pire crise de son histoire et qu’ont fui 2,7 millions de migrants depuis 2015, selon l’ONU.

« C’est incroyable de voir ces milliers de personnes venir au concert, s’est félicité Richard Branson. Cela va être un jour magique […] pour construire des ponts d’espérance », a-t-il ajouté, aux côtés du chanteur vénézuélien Carlos Baute, invité avec une trentaine d’artistes, dont les Espagnols Alejandro Sanz et Miguel Bosé, le Dominicain Juan Luis Guerra, les Colombiens Carlos Vives et Juanes, ainsi que le Portoricain Luis Fonsi.

Le « juste côté de l’histoire »

« Nous ne sommes pas ici seulement pour ouvrir un corridor humanitaire, mais parce que demain nous serons libres », a déclaré le chanteur installé en Espagne, en référence à la promesse de Juan Guaidó de faire entrer samedi l’aide envoyée des États-Unis et stockée à Cúcuta, mais que Nicolás Maduro voit comme un préalable à une intervention militaire de Washington pour l’évincer du pouvoir.

Une version reprise par la Russie, soutien de Maduro, qui a accusé vendredi les États-Unis de se servir de l’aide humanitaire comme « prétexte pour une action militaire ».

Plusieurs responsables politiques, dont le président colombien, Ivan Duque, et ses homologues chilien, Sebastián Piñera, ainsi que paraguayen, Mario Abdo, se sont rendus au concert de Cúcuta, où 1500 policiers et militaires ont été déployés.

À l’autre extrémité du pont, barré de conteneurs par l’armée, le contre-concert intitulé « Hands off Venezuela » (Pas touche au Venezuela), organisé par le gouvernement de Maduro, a lui aussi débuté.

Les têtes d’affiche de cet événement, prévu sur trois jours par le gouvernement chaviste, n’ont pas encore été annoncées et les lieux étaient fortement surveillés par les forces de sécurité.


Deux morts dans des heurts avec l’armée à la frontière brésilienne

Caracas — Deux personnes ont été tuées et quinze autres blessées vendredi dans des heurts avec l’armée dans le sud-est du Venezuela, à la frontière avec le Brésil, alors qu’elles tentaient d’empêcher des militaires de bloquer une route pour faire barrage à l’entrée de l’aide humanitaire. « Une femme amérindienne et son mari sont morts, et au moins quinze autres personnes de la communauté amérindienne Pemón de la municipalité de Gran Sabana ont été blessées lors d’une attaque par un convoi de la Garde nationale », a indiqué l’ONG Kapé Kapé. La municipalité de Gran Sabana se trouve dans l’État de Bolivar , à la frontière avec le nord du Brésil, où est en train d’être stockée de l’aide humanitaire.