Semaine cruciale autour de l’entrée de l’aide humanitaire au Venezuela

Le président autoproclamé du Venezuela, Juan Juan Guaidó s’attachait lundi à organiser les manifestations annoncées pour soutenir les volontaires qui se rendront en «caravanes» samedi aux frontières.
Photo: Federico Parra Agence France-Presse Le président autoproclamé du Venezuela, Juan Juan Guaidó s’attachait lundi à organiser les manifestations annoncées pour soutenir les volontaires qui se rendront en «caravanes» samedi aux frontières.

Le Venezuela entre lundi dans une semaine sous haute tension, l’opposant Juan Guaido assurant que l’aide humanitaire américaine sera acheminée coûte que coûte samedi dans le pays, malgré le refus catégorique du président Nicolas Maduro.

Reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays, l’opposant s’attachait lundi à organiser les manifestations annoncées pour soutenir les volontaires qui se rendront en « caravanes » samedi aux frontières.

M. Guaido a donné rendez-vous à ses partisans pour convoyer l’aide humanitaire stockée aux portes du pays. Il a promis que l’aide entrerait à cette date « quoi qu’il arrive », au risque d’une épreuve de force avec l’armée loyale à Nicolas Maduro, qui y voit un prétexte pour une intervention militaire des États-Unis.

Plusieurs dizaines de tonnes de vivres et de médicaments arrivés par avion des États-Unis sont stockés dans des entrepôts dans la ville colombienne de Cucuta, près du pont frontalier de Tienditas, bloqué par les autorités vénézuéliennes.

Un deuxième centre de stokage, avec de l’aide uniquement brésilienne, doit entrer en service lundi au Brésil, dans l’État frontalier de Roraima. Un avion en provenance de Miami avec de l’aide américaine est attendu mardi sur l’île néerlandaise de Curaçao.

À l’approche de samedi, Juan Guaido, président du Parlement, contrôlé par l’opposition, n’a de cesse d’appeler l’armée à laisser entrer l’aide d’urgence. « Ce 23 février, vous allez avoir l’opportunité de sauver la vie de centaines de milliers de Vénézuéliens », a-t-il répété dimanche soir.

L’arrivée de l’aide est une question sensible dans le pays, en proie à la pire crise économique de son histoire récente, avec une population démunie face aux pénuries de nourriture et de médicaments, et une hyperinflation record.
 

«Nous mourrons de faim»

Juan Guaido, qui a choisi la date symbolique du 23 février pour l’entrée de l’aide, un mois tout juste après son autoproclamation comme président par intérim, n’a donné aucun détail sur la tactique qu’il compte mettre en oeuvre pour forcer le blocus militaire du gouvernement.

Mais il assure qu’une « avalanche humanitaire » va se déverser sur le pays et espère que le nombre de volontaires, qui s’élève pour l’heure, selon lui, à 600.000, atteindra le million.

« Que l’aide arrive d’où que ce soit [...] Nous mourrons de faim et du manque de médicaments », explique à l’AFP Rómulo Chinchilla, 64 ans, dans un des centres d’assistance médicale installés par des volontaires.

Vendredi, un concert avec des artistes internationaux aura lieu à Cucuta, organisé par le milliardaire britannique Richard Branson afin de recueillir des dons, qui s’ajouteront aux 110 millions d’aide déjà réunis selon Juan Guaido.

Le pouvoir chaviste a répliqué lundi en annonçant l’organisation au même moment, du côté vénézuélien, d’un autre concert « pour dénoncer l’agression brutale à laquelle on tente de soumettre le peuple vénézuélien ».

L’opposition a par ailleurs accusé la compagnie de communication publique CANTV, le plus gros fournisseur d’accès au Venezuela, de bloquer l’accès au site internet où peuvent s’inscrire les bénévoles. L’AFP a constaté que le site n’était pas accessible sur CANTV, mais fonctionnait avec d’autres fournisseurs privés.

Nicolas Maduro rejette la responsabilité des pénuries sur les sanctions américaines, qui ont fait perdre 30 milliards de dollars à l’économie, selon Caracas.

« Au moment où le régime ferme la porte à l’aide humanitaire, il la ferme à une issue pacifique à la situation politique du pays. Espérons que le bon sens prévaudra», estime l’analyste Benigno Alarcón.

Le bras de fer autour de la distribution de l’aide est au centre de l’échiquier diplomatique. Russie, Chine, Turquie, Iran et Cuba, soutiens de Nicolas Maduro, condamnent « l’ingérence » des États-Unis et d’autres gouvernements.

 
L'« amnistie » ou l'« absence de sortie »

Le président américain, Donald Trump, a prononcé un discours à Miami en fin de journée, lundi. Il a appelé lundi les chefs militaires du Venezuela à se rallier à l’opposant et président autoproclamé Juan Guaido, et à laisser entrer l’aide humanitaire dans leur pays, faute de quoi ils courraient à leur « perte ».
 

« Les yeux de monde entier sont braqués sur vous aujourd’hui », a averti M. Trump. « Vous pouvez choisir d’accepter l’offre généreuse d’amnistie du président Guaido et vivre en paix auprès des vôtres [...]. Sinon vous pouvez choisir la seconde voie : continuer à soutenir Maduro. Dans ce cas vous n’aurez aucun endroit où vous réfugier, pas de sortie possible. Vous perdrez tout », a lancé le président.

Dimanche, cinq députés conservateurs européens, qui souhaitaient s’entretenir avec Juan Guaido, ont été refoulés à leur arrivée à Caracas. Ils ont annoncé lundi qu’ils tenteraient d’entrer samedi depuis la Colombie avec l’aide humanitaire.

L’Union européenne, qui a mis en garde lundi contre les dangers d’une escalade militaire, et l’Uruguay ont prévu d’envoyer dans les prochains jours à Caracas une « mission technique » concernant les élections et la distribution humanitaire.