Les élèves coincés en Haïti rentrent au bercail

Depuis le 7 février, les manifestations se sont multipliées à travers les principales villes du pays, surtout à Port-au-Prince.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse Depuis le 7 février, les manifestations se sont multipliées à travers les principales villes du pays, surtout à Port-au-Prince.

Une vingtaine d’élèves québécois, bloqués en Haïti par de violentes manifestations antigouvernementales, sont arrivés à Montréal dimanche soir, au lendemain de l’évacuation d’une centaine de touristes du Québec.

« On est dans l’avion » de retour vers Montréal, avait confirmé en milieu d’après-midi dans un message à l’AFP l’un des accompagnateurs. Le voyagiste Transat avait également fait savoir que le groupe scolaire, parti pour un voyage humanitaire, était à bord d’un avion qui a décollé vers 16h de Port-au-Prince.

Outre les élèves, des employés de l’ambassade du Canada en Haïti — fermée depuis jeudi — ont aussi pris place à bord de cet avion pour être rapatriés vers la métropole québécoise.

La vingtaine d’élèves québécois, provenant des écoles secondaires Le tandem et Le Boisé situées à Victoriaville, étaient partis le 10 février en Haïti, mais face à la rapide détérioration de la situation, avaient rapidement cherché à écourter leur séjour.

Le Canada a appelé vendredi ses ressortissants à éviter tout voyage dans ce pays, étant donné les violences. Depuis le 7 février, les manifestations se sont multipliées à travers les principales villes d’Haïti, qui ont subi d’importants dégâts matériels. Issus en majorité des quartiers les plus pauvres, les contestataires ont réclamé la démission du président, Jovenel Moïse, et de meilleures conditions de vie.

Par ailleurs, un petit groupe montréalais de la Fondation des missions La Bible parle, coincé dans un village situé à environ 200 kilomètres à l’ouest de Port-au-Prince, est aussi parvenu à quitter Haïti. Le vice-président de la fondation, Michel Bougie, a indiqué que le groupe de 26 personnes avait dû se résoudre à noliser un avion auprès d’une entreprise américaine pour amener le groupe vers l’aéroport Toussaint-Louverture de Port-au-Prince. Selon M. Bougie, tous les membres du groupe se portent bien.

Les missionnaires devaient quitter Haïti mercredi, mais ils n’ont pu le faire à cause de la situation prévalant dans le pays. Ils avaient tenté en vain de joindre de différentes façons les gouvernements pour les mettre au courant de leur situation. « On n’a pas réussi à avoir une communication qui nous permettait d’avoir une solution », a souligné M. Bougie.

Touristes rapatriés

Samedi, 113 touristes québécois ont été évacués depuis leur hôtel — où ils étaient bloqués depuis une semaine — par des hélicoptères spécialement affrétés par Air Transat pour contourner les multiples barrages sur la route. Ils ont ensuite pu regagner Montréal.

Un Québécois d’origine haïtienne, qui ne faisait pas partie des vacanciers qui séjournaient dans un complexe touristique, a déclaré lors de son arrivée à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, samedi, qu’il avait bravé les rues de Port-au-Prince pour se rendre à l’aéroport.

« C’était chaotique, extrêmement difficile », a déclaré l’homme, dont le prénom est Pierre. « Ma soeur était avec moi et j’ai pris une moto, ce n’était pas si facile. » Il a dit que s’il était soulagé d’être à la maison, il s’inquiétait toutefois pour sa mère et sa soeur, demeurées en Haïti. « J’espère que les choses vont bien se passer, mais je ne sais pas quand la situation sera réglée. »

Mesures d’urgence

Le premier ministre haïtien, Jean-Henry Céant, a annoncé samedi soir des mesures économiques d’urgence, comme la rigueur pour les administrations et la lutte contre la contrebande et la corruption, après dix jours de crise paralysant le pays.

« La première décision est de couper le budget de la primature de 30 %, en suggérant à la présidence et au Parlement d’en faire autant », a déclaré Jean-Henry Céant. « Aussi il faut retirer tous les privilèges non nécessaires aux hauts fonctionnaires de l’État, comme les frais d’essence, de téléphone, les voyages inutiles à l’étranger et les quantités de consultants », a-t-il ajouté lors d’une allocution diffusée à la télévision d’État samedi soir.

Dans son discours d’une vingtaine de minutes en créole, le chef du gouvernement a également indiqué que l’accent serait mis dans la lutte contre la corruption et la contrebande frontalière. Des rencontres avec le secteur privé sont annoncées pour envisager une hausse du salaire minimum.

Avec La Presse canadienne