Maduro poursuit son blocage de l’aide américaine au Venezuela

Les premiers camions d’aide humanitaire sont arrivés dans la ville frontalière de Cúcuta, où se concentre désormais l’attention de la crise vénézuélienne.
Photo: Raul Arboleda Agence France-Presse Les premiers camions d’aide humanitaire sont arrivés dans la ville frontalière de Cúcuta, où se concentre désormais l’attention de la crise vénézuélienne.

L’aide humanitaire américaine destinée au Venezuela s’est accumulée vendredi dans des entrepôts en Colombie, à la frontière du pays pétrolier, accentuant la pression sur le président Nicolás Maduro, qui a promis d’y faire barrage.

« USAID, de la part du peuple des États-Unis » : le message de l’agence américaine pour le développement s’affiche en lettres rouges et bleues sur fond blanc devant le hangar où la nourriture et les médicaments attendent d’être distribués aux Vénézuéliens.

« Le Venezuela ne va pas tolérer le spectacle de la prétendue aide humanitaire, car nous ne sommes les mendiants de personne », a prévenu le président Maduro lors d’une conférence de presse vendredi. La veille, les premiers camions d’aide humanitaire sont arrivés dans la ville frontalière de Cúcuta, où se concentre désormais l’attention de la crise vénézuélienne.

Cette aide afflue en réponse à l’appel à l’aide du chef du Parlement, l’opposant Juan Guaidó, qui s’est autoproclamé président par intérim du Venezuela. M. Guaidó est reconnu comme tel par une quarantaine de pays, dont les États-Unis et le Canada.

« Ce sont les premières gouttes », a expliqué lors d’une conférence de presse devant l’entrepôt Lester Toledo, député vénézuélien d’opposition et représentant du président par intérim. Il a promis « un tsunami d’aide humanitaire ».

« Que le début »

En Colombie, le chargement a été réceptionné par l’Unité nationale de gestion des risques de catastrophes (UNGRD), l’organisme officiel colombien chargé des secours, qui a précisé dans un communiqué qu’il se limitait à recevoir l’aide et à l’entreposer à Cúcuta.

Au cours des « prochains jours », a ajouté l’UNGRD, arriveront d’autres chargements. À ceux-ci doivent s’ajouter ceux qui seront stockés au Brésil et sur une île des Caraïbes à déterminer, selon Juan Guaidó.

La manière dont cette aide humanitaire traversera la frontière et sera distribuée reste un mystère. Car on ignore quelle sera la réaction de l’armée vénézuélienne.

Dans son bras de fer avec le pouvoir chaviste, M. Guaidó est déterminé à faire entrer ces vivres et ces médicaments au Venezuela. Mercredi, il a exhorté l’armée à laisser passer l’aide, après le blocage du pont de Tienditas, à la frontière avec la Colombie, par des militaires vénézuéliens.

« Ce n’est que le début, d’autres centres de collecte vont voir le jour au Brésil. Une fois que tous les centres seront en place, va s’ouvrir la seconde phase, celle de l’entrée » de l’aide humanitaire au Venezuela, a expliqué de son côté Juan Guaidó dans un « message aux Vénézuéliens » aux allures d’allocution présidentielle publié vendredi sur YouTube. L’opposant est boycotté par les médias officiels, qui diffusent in extenso les conférences de presse du dirigeant socialiste Nicolás Maduro.

Guaidó n’exclut pas d’autoriser une intervention militaire des États-Unis si nécessaire

L’opposant Juan Guaidó, qui s’est autoproclamé président par intérim du Venezuela, s’est dit prêt vendredi dans un entretien avec l’AFP à autoriser si nécessaire une intervention militaire américaine pour forcer le chef de l’État Nicolás Maduro à quitter le pouvoir et mettre fin à la crise humanitaire dans son pays.

À la question de savoir si sa « main ne tremblerait pas devant la possibilité d’autoriser une intervention militaire des États-Unis », l’opposant a déclaré : « Nous ferons tout ce qui est nécessaire, tout ce que nous devons faire pour sauver des vies humaines, pour que des enfants cessent de mourir. »

« Nous ferons tout ce qui est possible. C’est une question évidemment très polémique, mais en faisant usage de notre souveraineté, en exerçant nos prérogatives, nous ferons le nécessaire », a ajouté M. Guaidó, reconnu comme président par intérim par une quarantaine de pays, États-Unis en tête.

Il répondait à la question de savoir s’il utiliserait les compétences qui sont les siennes en tant que président du Parlement et président par intérim pour autoriser une éventuelle intervention militaire étrangère.

« Ici, au Venezuela, chaque jour qui passe se compte en vies humaines », a déclaré l’opposant.

La grave crise économique qui frappe ce pays pétrolier a entraîné de graves pénuries de nourriture et de médicaments. Plus de deux millions de Vénézuéliens ont fui leur pays depuis 2015, selon l’ONU.

« Nous ferons tout ce que nous devons faire de manière souveraine, autonome, pour parvenir à ce que cesse l’usurpation » du pouvoir par Nicolás Maduro, a-t-il encore dit.

Le président américain, Donald Trump, qui a immédiatement reconnu Juan Guaidó comme président par intérim, a réaffirmé dimanche que le recours à l’armée américaine au Venezuela était « une option » envisagée face à la crise politique qui secoue ce pays.