Non à une présidentielle, tranche Maduro

Le président Nicolás Maduro a livré un discours dimanche aux troupes de la base navale de Turiamo, dans l’État d’Aragua.
Photo: Marcelo Garcia / Présidence vénézuélienne / Agence France-Presse Le président Nicolás Maduro a livré un discours dimanche aux troupes de la base navale de Turiamo, dans l’État d’Aragua.

Le chef de l’État vénézuélien, Nicolás Maduro, a rejeté dimanche l’ultimatum de sept pays européens en vue de l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle, qui expirait en fin de journée.

M. Maduro a déclaré dans un entretien télévisé qu’il ne ferait pas preuve de « lâcheté face aux pressions » de ceux qui réclament son départ et soutiennent son opposant, Juan Guaidó. Jusqu’à présent, il a seulement proposé de tenir des élections législatives anticipées pour mettre fin à la crise politique qui secoue son pays.

L’Autriche a rejoint dimanche six autres pays de l’Union européenne (Allemagne, Espagne, France, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni), qui avaient donné à M. Maduro huit jours pour convoquer une nouvelle présidentielle, faute de quoi ils reconnaîtraient son opposant Juan Guaidó comme président.

« Si Maduro ne répond pas à l’appel de l’UE à organiser une élection présidentielle libre et juste, nous reconnaîtrons et soutiendrons Juan Guaidó en tant que président par intérim du Venezuela », a tweeté le chancelier Sebastian Kurz.

La ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a quant à elle rappelé que « l’ultimatum » arrivait à son terme : « si, d’ici ce soir, M. Maduro ne s’engage pas à organiser des élections présidentielles, nous considérerons que M. Guaidó est légitime pour les organiser à sa place et nous le considérerons comme le président par intérim jusqu’à des élections légitimes », a-t-elle prévenu.

« Ce que répond jusqu’à présent M. Maduro, c’est “je vais organiser des élections législatives”, sous-entendu “je veux me débarrasser du président du Parlement [où l’opposition est actuellement majoritaire], M. Guaidó”, qui est justement soutenu par les manifestants. Là encore, cette réponse est une farce, une farce tragique. »

Jeudi, le Parlement européen a reconnu l’autorité de M. Guaidó et a appelé l’ensemble des pays de l’Union européenne à faire de même. Les États-Unis, le Canada et de nombreux pays d’Amérique latine, dont la Colombie et le Brésil, ont déjà reconnu Juan Guaidó.

Bain de foule pour Maduro

Donald Trump a de son côté réaffirmé que le recours à l’armée américaine au Venezuela était « une option », dans un entretien avec la chaîne de télévision américaine CBS diffusé dimanche.

Soutenu par la Russie, la Chine, la Corée du Nord, la Turquie et Cuba, notamment, M. Maduro, 56 ans, accuse les États-Unis d’orchestrer un coup d’État.

Réapparu en public pour la première fois en six mois, Nicolás Maduro a rassemblé samedi plusieurs milliers de ses partisans à Caracas. Ignorant la demande des Européens, il a relancé l’idée de législatives anticipées dans le courant de l’année, pour remplacer un Parlement qui a été dépouillé de l’essentiel de ses prérogatives au profit d’une Assemblée constituante qui lui est acquise.

Un groupe de contact international constitué par l’UE pour favoriser l’organisation d’une élection présidentielle « libre, transparente et crédible » doit se réunir le 7 février à Montevideo, ont annoncé dimanche la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, et le président uruguayen, Tabare Vazquez.

L’UE et huit de ses États membres (Allemagne, Espagne, France, Italie, Portugal, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) en font partie, ainsi que la Bolivie, le Costa Rica, l’Équateur et l’Uruguay.

Devant la représentation de l’Union européenne à Caracas, où ses partisans se sont regroupés samedi, Juan Guaidó a prédit un mois de février « déterminant » et a appelé ses partisans à une nouvelle manifestation le 12 février. Il a également annoncé l’arrivée dans les prochains jours d’une aide humanitaire.

Selon lui, des centres de collecte doivent être installés de l’autre côté de la frontière, en Colombie et au Brésil, et sur une « île des Caraïbes ».

Les États-Unis ont de leur côté fait savoir, via un message sur Twitter du conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, qu’à la demande du chef de l’opposition, ils préparaient déjà et « transportaient de l’aide humanitaire » destinée au Venezuela.

Parallèlement, sur le même réseau social, le président colombien, Iván Duque, a annoncé l’ouverture dans son pays de trois centres de collecte d’aide humanitaire.

« Nous n’avons pas été et ne serons pas un pays de mendiants », a rétorqué samedi Nicolás Maduro.

Les habitants du Venezuela, pays pétrolier et autrefois le plus riche d’Amérique latine, sont désormais confrontés à de graves pénuries de vivres et de médicaments, ainsi qu’à une inflation galopante. Depuis 2015, quelque 2,3 millions d’entre eux ont choisi de s’exiler, sur une population totale de 31 millions d’habitants.

Samedi, Nicolás Maduro a par ailleurs annoncé devant ses partisans une augmentation du nombre des soldats.

L’armée est un pilier du régime en place. Jusqu’ici, seuls l’attaché militaire aux États-Unis et un général de l’armée de l’air ont fait allégeance à Juan Guaidó. Un premier ambassadeur vénézuélien, Jonathan Velasco, en poste en Irak, a également rallié l’opposition.

Le Groupe de Lima se réunit à Ottawa

Le cabinet de Justin Trudeau a indiqué dimanche que le premier ministre a parlé avec l’opposant vénézuélien Juan Guaidó de l’importance pour la communauté internationale d’envoyer un message clair concernant « l’illégitimité du régime Maduro ». La conversation téléphonique entre les deux hommes survient à la veille de la rencontre du Groupe de Lima, à Ottawa. La rencontre réunira plus d’une dizaine de délégations de pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Le programme n’était pas encore définitif, dimanche, en raison de l’évolution rapide de la crise vénézuélienne.

M. Trudeau a dit à M. Guaidó que la rencontre « portera sur la façon dont la communauté internationale peut appuyer davantage la population du Venezuela, y compris au moyen d’une aide humanitaire immédiate ». Le Canada a déjà fourni 2,2 millions de dollars en aide humanitaire. La crise actuelle a provoqué l’exode de trois millions de personnes.