Venezuela: des milliers d’opposants appellent l’armée à se rebeller contre Maduro

Un opposant au régime de Maduro défile dans les rues de Caracas à l’appel du président autoproclamé Juan Guaidó.
Photo: Federico Parra Agence France-Presse Un opposant au régime de Maduro défile dans les rues de Caracas à l’appel du président autoproclamé Juan Guaidó.

Des milliers d’opposants vénézuéliens, menés par le président autoproclamé Juan Guaidó, ont manifesté mercredi pour convaincre l’armée de tourner le dos au président Nicolás Maduro, qui tente de serrer les rangs.

« Ne tirez pas sur un peuple qui se bat aussi pour sa famille. C’est un ordre, soldats de la patrie […] : ça suffit ! » a lancé Juan Guaidó, député de 35 ans et chef du Parlement contrôlé par l’opposition, lors d’un rassemblement à l’Université centrale de Caracas.

Entouré d’une foule de journalistes et de militants, Guaidó, portant une blouse médicale qu’on lui a offerte, a défilé au côté de patients et d’infirmiers. « Nous avons retrouvé une majorité puissante qui peut changer le pays », en plein naufrage économique, s’est-il félicité.

« Guaidó est arrivé et l’espoir est revenu », scandaient ses partisans, tapant sur des casseroles, faisant sonner des cornes de brume et brandissant des pancartes avec comme slogans « Forces armées, retrouvez votre dignité » ou encore « Maduro usurpateur ».

Peu avant cette mobilisation, Juan Guaidó a reçu les encouragements par téléphone du président américain, Donald Trump. Selon la Maison-Blanche, les deux hommes « se sont mis d’accord pour rester en contact régulier afin de soutenir le retour vers la stabilité du Venezuela». « Le combat pour la liberté a commencé ! », a tweeté le président américain.

De quoi prêter le flanc aux accusations de Nicolás Maduro, qui crie au coup d’État orchestré par Washington.

Marionnette

Supervisant des manoeuvres militaires à Caracas, le dirigeant socialiste a appelé l’armée à l’unité face aux appels à la rébellion des États-Unis et de Juan Guaidó, qui leur a promis l’amnistie.

« Vous voulez qu’une marionnette des gringos gouverne au Venezuela ? » a-t-il lancé ensuite dans un rassemblement face à des jeunes vénézuéliens, qui lui ont répondu en choeur : « Nooooooon ! »

La pression diplomatique des États-Unis se fait chaque jour plus insistante : premiers à accepter Juan Guaidó comme président, ils martèlent que « toutes les options sont sur la table », y compris une intervention militaire. Washington se dit aussi prêt à livrer 20 millions de dollars en aliments et médicaments, frappés de pénuries dans le pays pétrolier, mais cela passe par le feu vert de l’armée.

Que les militaires « laissent entrer l’aide humanitaire et se mettent du côté du peuple », plaidait auprès de l’AFP Jaime Regalado, venu avec un drapeau vénézuélien à la place Altamira, à Caracas.

« Nous travaillons pour qu’arrive le plus tôt possible l’aide humanitaire, une coalition internationale va être constituée pour gérer l’urgence », a annoncé Juan Guaidó lors de la manifestation, mais Nicolás Maduro redoute que cela soit le premier pas vers une intervention militaire américaine.

Appels pour des élections

Juan Guaidó exige la mise en place d’un gouvernement de transition, puis des élections générales libres, soutenu en ce sens par les États-Unis ainsi qu’une grande partie de l’Amérique latine et de l’Europe.

Nicolás Maduro a rétorqué à l’agence publique russe RIA Novosti que la dernière présidentielle a eu lieu « il y a dix mois » et que si les « impérialistes » en veulent une nouvelle, « ils n’ont qu’à attendre 2025 », soit la fin de son mandat.

Mais « ce serait très bien d’organiser des élections législatives plus tôt », a-t-il déclaré, alors que le Parlement est justement la seule institution contrôlée par l’opposition.

Il se dit aussi « prêt à discuter avec Donald Trump » et à « s’asseoir à la table des négociations avec l’opposition ». Juan Guaidó a dit mercredi y être ouvert, seulement si cela permet « la fin de l’usurpation » du pouvoir par le socialiste.

Dans un entretien au quotidien allemand Bild mercredi, l’opposant, désormais frappé par une interdiction de sortie du pays, réclame « plus de sanctions » de la part de l’Union européenne contre la « dictature » de Maduro.

L’UE a déclaré samedi qu’elle « prendrait des mesures » si des élections n’étaient pas convoquées « dans les prochains jours », y compris concernant « la reconnaissance du leadership » dans le pays.

Six pays européens (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Portugal) ont même donné jusqu’à dimanche à Nicolás Maduro pour le faire, faute de quoi ils reconnaîtront son adversaire.

Des législatives anticipées ne répondent pas à la demande européenne, a jugé mercredi le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réuniront jeudi « pour vérifier les suites à donner à la non-réponse du président Maduro ».

Soucieux de trouver une solution pacifique, l’Uruguay et le Mexique ont annoncé l’organisation d’une conférence des pays « neutres » à Montevideo le 7 février.

De son côté, la Colombie, en pointe de la pression diplomatique, a interdit l’entrée à plus de 200 personnes, qualifiées de collaborateurs de la « dictature » de Nicolás Maduro.

Le risque de troubles civils est élevé dans ce pays pétrolier de 32 millions d’habitants, un des plus violents au monde. Neuf jours de mobilisations se sont soldés par une quarantaine de morts et plus de 850 arrestations, selon l’ONU.

Si Washington veut la « guerre, ce qui va arriver, ce sont des morts, la misère et la faim », avertit Marlene Vargas, chaviste convaincue de 52 ans, promettant de « défendre bec et ongles » son président.

Dans cette ambiance tendue, deux journalistes français étaient mercredi en détention depuis vingt-quatre heures tandis que deux reporters chiliens étaient sur le point d’être expulsés après quatorze heures de détention.

De nouvelles manifestations sont prévues samedi, tant dans l’opposition que dans le camp du gouvernement : « Nous allons nous échauffer dans la défense de la patrie, pour nous préparer à de nouvelles batailles et à de nouvelles victoires », a clamé le numéro deux du chavisme, Diosdado Cabello.

Soutenu par Pékin et Moscou, ses alliés et créanciers, Nicolás Maduro a rappelé mercredi que le Venezuela reçoit « chaque mois » de l’armement russe, « le plus moderne au monde ».