Les États-Unis resserrent l’étau autour de Maduro

Des Vénézuéliens font la queue en attendant l’autobus, mardi. Les États-Unis ont décidé, lundi, d’imposer des sanctions à la compagnie pétrolière nationale PDVSA, dont ils ont gelé les avoirs à l’étranger, entre autres.
Photo: Luis Robayo Agence France-Presse Des Vénézuéliens font la queue en attendant l’autobus, mardi. Les États-Unis ont décidé, lundi, d’imposer des sanctions à la compagnie pétrolière nationale PDVSA, dont ils ont gelé les avoirs à l’étranger, entre autres.

Le président Nicolás Maduro était confronté mardi à une pression croissante des États-Unis, qui ont brandi la menace de « sanctions supplémentaires » et donné de nouveaux gages à son opposant, Juan Guaidó, auquel le régime vénézuélien veut interdire de quitter le pays.

« Nous recherchons toujours des sanctions supplémentaires […] afin de nous assurer que nous protégeons les actifs du pays pour le peuple du Venezuela », a affirmé le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin. « Il n’y a pas de doute que nous essayons de couper les fonds au régime », a-t-il reconnu.

Lundi, les États-Unis avaient déjà serré la vis sur le pétrole vénézuélien en visant la compagnie pétrolière PDVSA, à laquelle ils ont interdit de faire du commerce avec des entités américaines et dont ils ont gelé les avoirs à l’étranger.

« La stratégie des États-Unis est de provoquer l’effondrement du système économique du Venezuela pour forcer la sortie » de Maduro, estime pour l’AFP l’économiste Luis Vicente Leon.

Il n’y a pas de doute que nous essayons de couper les fonds au régime 

Le département d’État américain a en outre annoncé mardi que les États-Unis avaient formellement donné à l’opposant vénézuélien Juan Guaidó, autoproclamé président et dont ils ont reconnu l’autorité, le contrôle des comptes bancaires de son pays sur leur territoire.

Furieux des sanctions américaines, Nicolás Maduro a réagi en lançant : « Le sang qui peut couler au Venezuela sera sur vos mains, Donald Trump. »

Impuissant face au géant américain, le régime de Maduro a choisi de s’attaquer à Juan Guaidó. Le procureur général Tarek William Saab a ainsi annoncé l’ouverture d’« une enquête préliminaire » et demandé l’application de « mesures de précaution » contre M. Guaidó, dont « l’interdiction de sortir du pays » et « le blocage de ses comptes ».

Déterminé à provoquer le départ de Maduro, le Parlement vénézuélien, dirigé par Juan Guaidó, 35 ans, se réunit mardi pour débattre d’un « plan de sauvetage du pays » et de la possibilité d’« élections libres et transparentes ».

Des tensions étaient perceptibles peu avant le début de la session, alors que des militants chavistes s’étaient réunis face au parlement.

Pressions internationales

Juan Guaidó appelle en outre à manifester mercredi puis samedi, alors que tous les regards sont tournés vers son pays, en plein naufrage économique.

La communauté internationale redoute une catastrophe humanitaire au Venezuela, qui se débat entre hyperinflation (10 000 000 % en 2019 selon le FMI) et graves pénuries de nourriture et de médicaments.

Malgré la situation, le groupe de Lima s’est déclaré, mardi soir, contre toute intervention militaire dans le pays.

Dans le camp des partisans de Maduro, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a fustigé les sanctions « illégales » de Washington. La Russie a investi des milliards de dollars dans les hydrocarbures et les armes au Venezuela.

Principal créancier de Caracas, la Chine s’est elle aussi dite « opposée » à ces sanctions qui « vont mener à une détérioration dans la vie de la population au Venezuela ».

Outre Pékin et Moscou, Nicolás Maduro reste soutenu par la Corée du Nord, la Turquie et Cuba.

Mais de plus en plus de voix se rallient à Juan Guaidó, notamment en Europe où six pays (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Portugal, Pays-Bas) ont donné jusqu’à dimanche au président socialiste pour convoquer des élections, faute de quoi ils reconnaîtront son adversaire.

Les manifestations d’opposants ont fait plus de 40 morts en une semaine, a affirmé l’ONU mardi. L’ONG vénézuélienne Provea a fait état d’au moins 35 morts, mais a aussi évoqué huit « exécutions illégales » lors d’opérations policières.

Prise de contrôle

Juan Guaidó a affirmé avoir « discuté avec le président » Trump, commencé à prendre le contrôle des actifs du Venezuela à l’étranger et entamé « le processus de nomination des comités de direction de PDVSA et Citgo », filiale de raffineries aux États-Unis.

Caracas dispose des plus importantes réserves de brut au monde, même si sa production a fondu par manque d’entretien des installations.

Le deuxième angle d’attaque de l’opposition et de Washington est l’armée, l’autre pilier qui maintient au pouvoir le chef de l’État depuis 2013 mais où des dissensions ont commencé à apparaître.

John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, a exhorté l’armée à accepter une transition « pacifique, démocratique et constitutionnelle » du pouvoir.

Et Juan Guaidó a offert l’amnistie aux fonctionnaires et militaires acceptant de le soutenir.