Au Venezuela, les deux «présidents» bataillent pour l’armée

Dimanche, Juan Guaidó rencontrait ses partisans alors que le président du Venezuela, Nicolás Maduro, supervisait des exercices militaires.
Photo: Luis Robayo et Marcelo Garcia Agence France-Presse Dimanche, Juan Guaidó rencontrait ses partisans alors que le président du Venezuela, Nicolás Maduro, supervisait des exercices militaires.

Les partisans du président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaidó, distribuaient dimanche sa loi d’amnistie aux soldats pour les convaincre de se rallier à lui, tandis que le président élu, Nicolás Maduro, les a mis en garde : « Traîtres jamais, loyaux toujours ! »

Encouragé par un soutien international croissant et la désertion d’un colonel vénézuélien à l’étranger, le chef du Parlement offre l’amnistie aux fonctionnaires et aux militaires acceptant de le soutenir. « Aujourd’hui, nous sommes allés tendre la main […] Soldat du Venezuela, nous plaçons nos espoirs en toi et en ton engagement envers notre Constitution », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas le moment d’avoir peur. »

L’Australie a d’ailleurs reconnu dimanche soir le jeune politicien de 35 ans comme président par intérim du Venezuela jusqu’à ce que des élections aient lieu. Cette reconnaissance s’ajoute à celles des États-Unis, du Canada et de plusieurs pays d’Amérique latine, qui considèrent comme illégitime le second mandat présidentiel pour lequel Nicolás Maduro a été investi le 10 janvier dernier.

Ce dernier supervisait dimanche des exercices militaires au Fort Paramacay, dans le nord du pays. « Genou à terre pour combattre le coup d’État, je le dis à toutes les forces armées bolivariennes : union maximale, discipline maximale, cohésion maximale », a-t-il lancé aux troupes.

Brandissant des drapeaux vénézuéliens, des groupes d’opposants ont distribué aux portes de Fort Tiuna — premier complexe militaire du pays — et d’autres garnisons la loi d’amnistie, qui offre « toutes les garanties constitutionnelles » aux militaires et aux civils qui « collaborent à la restitution de la démocratie ». Certains soldats ont brûlé ou déchiré le document sous les yeux des opposants.

« L’armée est avec notre commandant en chef, Nicolás Maduro », a déclaré l’un des militaires.

Un colonel se détourne

L’objectif de Juan Guaidó ? Fissurer la loyauté de l’armée, principal soutien de Nicolás Maduro depuis son arrivée au pouvoir en 2013.

Ce dernier l’a bien compris et a lancé une mise en garde aux soldats : « Êtes-vous des putschistes ou respectez-vous la Constitution ? […] Traîtres jamais, loyaux toujours ! »

Des dissensions commencent toutefois à apparaître. Attaché militaire du Venezuela à Washington, le colonel José Luis Silva a dit ne plus reconnaître Nicolás Maduro comme président légitime et exhorté ses « frères militaires » à faire de même.

Guaidó a appelé tard dimanche soir à deux nouvelles manifestations mercredi et samedi, qui visent à « parvenir à la fin de l’usurpation, à un gouvernement de transition et à des élections libres », après une semaine de mobilisations qui s’est soldée par 29 morts et plus de 350 arrestations.

« Soldat du Venezuela, je te donne un ordre : ne réprime pas les manifestations pacifiques […], ne tire pas sur le peuple », a-t-il lancé.

Le chef de l’État inflexible

Dimanche, Nicolás Maduro a rejeté l’ultimatum lancé par plusieurs pays européens exigeant des élections : « Personne ne peut nous donner d’ultimatum », a-t-il affirmé à une chaîne de télévision. Six pays européens (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Portugal, Pays-Bas) lui ont donné samedi huit jours pour convoquer des élections, faute de quoi ils reconnaîtront Juan Guaidó comme président.

Guaidó, qui a salué ce geste « fort » de l’Europe, a également applaudi comme « une grande victoire » la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU samedi, consacrée à la crise vénézuélienne. Lors de cette réunion, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a demandé à tous les pays d’« être aux côtés des forces de liberté ».

Dimanche, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, a averti que « toute violence et intimidation » contre l’opposition et le personnel diplomatique américain sur place entraînerait une « réponse significative ».

La liste des soutiens internationaux de Guaidó ne cesse de s’allonger : dernier à s’y joindre, le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a annoncé que son pays reconnaissait le « nouveau pouvoir » au Venezuela.

Mais Caracas garde des amis à l’étranger, notamment la Russie, qui a exigé « la fin » d’« une ingérence cynique et non dissimulée dans les affaires d’un État souverain ». Dans son camp se trouvent aussi la Chine, la Corée du Nord, la Turquie, le Nicaragua et Cuba, notamment.

Nicolás Maduro continue d’accuser Washington d’agir en coulisses de ce qu’il considère comme un coup d’État et a rompu les relations diplomatiques. Mais il veut garder un minimum de relations et négocie avec les États-Unis l’ouverture de « sections d’intérêts » dans chaque pays, a-t-il annoncé alors qu’expirait le délai de 72 heures qu’il avait donné au personnel de l’ambassade américaine pour quitter le Venezuela.

Interrogé par l’AFP, le département d’État américain n’a pas confirmé ces discussions, mais a précisé qu’il « ne prévoit pas de fermer l’ambassade », car « le président par intérim Guaidó a invité la mission américaine à rester au Venezuela ».